SUR LE LANCEMENT D'UNE "GENERATION ECOLOGIE" BELGE

François

Roelants

Sur le lancement d'une «Génération écologie» belge.

Vous êtes un ancien député européen d'Écolo, vous avez fondé, en 1989, «Europe Régions Environnement» (ERE), qui allait s'associer ensuite au FDF pour les élections européennes et régionales bruxelloises. On vous prête aujourd'hui l'intention de vous inspirer du succès de «Génération écologie», en France, pour lancer un nouveau mouvement en Belgique. Qu'en est-il?

- J'ai lu dans «Le Soir» du 24 mars comment M. Lannoye, d'Écolo, parlait du succès de Brice Lalonde et de Génération écologie en France. De «sa construction hâtive», «son absence de base réelle», «ses choix politiques parfois ambigus». Ces propos me semblent sectaires, empreints de cette logique du monopole qui devient finalement plus importante que la politique de l'environnement elle-même, aux yeux de certains. Il y a, pour eux, les «bons» et les «mauvais». Moi, je me classe, comme Brice Lalonde dans le camp des écologistes réalistes qui préfèrent agir plutôt que gémir. ERE a été associé à l'action de Didier Gosuin à Bruxelles où l'on a, en deux ans, fait plus pour l'environnement qu'en une décennie en Wallonie et en Flandre. Cela dérange apparemment certaines personnes, dont les membres d'Écolo.

Le modèle Lalonde vous inspire?

- Le paysage politique est en phase de recomposition. En France, Brice Lalonde tente de rassembler les bonnes volontés, tous ceux qui sont prêts à agir. Les Français ont désormais le choix entre deux voies écologistes. C'est encourageant.

Vous plaidez le compromis à tout prix?

- Je constate qu'en Région wallonne il y a quelques années, à d'autres niveaux il y a quelques semaines, Écolo était engagé dans un processus qui aurait pu le conduire au pouvoir. Il n'a pas facilité les choses. Il a, à chaque fois, placé la barre suffisamment haut pour qu'un échec soit possible. Quand le ras-le-bol gagne la société et que l'on est vierge de responsabilités, on peut certes se renforcer d'élection en élection. Mais, sauf à rêver d'une majorité absolue, le compromis est indispensable. L'exemple d'ERE est, à cet égard, encourageant.

La différence avec la France, c'est qu'Écolo a déjà vécu sa crise entre «fondamentalistes» et «réalistes», non?

- C'est vrai qu'il est le parti de référence en matière d'environnement. Ce qui ne s'est pas réalisé chez nous, c'est la possibilité d'un choix.

Vous plaidez pour une alliance entre «écolos réalos» et une autre famille politique...

- Il est sans doute trop facile de dire que l'on n'est ni de droite ni de gauche. Même si le terme peut paraître éculé, je crois donc à une majorité de progrès qui tourne le dos aux conservatismes, qui insiste sur les valeurs, l'humanisme.

Écolo dit autre chose?

- Je constate qu'à Bruxelles, en tout cas, il n'a rien à envier aux manoeuvriers, aux procéduriers de la politique. Écolo a défendu de curieuses conceptions au moment de la guerre du Golfe et il est peut-être, aujourd'hui, le vrai parti anti-européen. Dans le domaine économique, ses conceptions ont des allures doctrinaires ou mythiques.

Génération écologie sera présent aux élections de 1994? Où cela?

- Nous voulons, bien sûr, sortir du cadre bruxellois et être présents sur le terrain national et européen, mais surtout communal.

Propos recueillis par

JEAN-PIERRE STROOBANTS