POINT DE VUE: LE BONHEUR ETAIT DANS LE PARK...

POINT DE VUE

Le bonheur était dans le Park...

Si l'on dit généralement qu'il n'est pas facile d'atteindre le plus haut niveau du sport professionnel, on ajoute volontiers qu'il est encore plus difficile de s'y maintenir. Le champion est soumis à une pression de tous les instants face au public et face aux médias. Il faut des nerfs d'acier pour y résister. Les exemples sont aujourd'hui de plus en plus nombreux de ces météores qui ne laissent au firmament de la gloire sportive que d'éphémères sillages. Pour reprendre une expression consacrée, la roche Tarpéienne est souvent proche du Capitole...

Que dire alors de ceux qui retrouvent les sommets après une longue traversée du désert ? Nous sommes assez tentés de placer leurs exploits au-dessus de tous les autres parce qu'ils ont exigé plus de force morale encore. Il a fallu repartir de zéro, se vaincre soi-même d'abord, réprimer ses doutes et surmonter son désenchantement, avant de battre ses adversaires. Un parcours miné de pièges de toutes sortes...

La victoire de Monica Seles à Flinders Park, de même que celle de Boris Becker d'ailleurs, appartient à ce genre de performances où l'on admire autant le caractère que le talent. Tout a été dit sur le long chemin de croix de la joueuse américaine depuis ce coup de poignard qui se voulait assassin jusqu'à son retour à la compétition deux ans plus tard. Mais il manquait cette consécration qui, en tennis, reste impossible en dehors du Grand Chelem.

On nous dira que le niveau du circuit féminin n'est plus ce qu'il était, que Steffi Graf avait renoncé à ces Internationaux australiens et que les rondeurs de la nouvelle Seles ne permettent pas d'affirmer qu'elle est vraiment redevenue la grande joueuse d'autrefois.

Mais qu'importe si elle a réussi ce retour que Bjorn Borg, lui-même, manqua, en d'autres circonstances bien évidemment. Car le génial Suédois avait épuisé toutes les joies du tennis, mais il s'ennuyait dans la vie...

JACQUES HERENG