«L'or des anges», un film de Philippe Reypens, sur La Deux A la fleur du chant, avant qu'il ne se fane

«L'or des anges», un film de Philippe Reypens, sur La DeuxA la fleur du chant, avant qu'il ne se fane

La double histoire des choeurs d'enfants et de ses anges: un film belge délicat et musical.

D'abord, le chant de voix enfantines parfaitement policées dans le «Stabat mater» de Pergolèse, tandis que l'oeil glisse sur les anges musiciens du très beau relief de la cathédrale de Florence...

Ainsi entre-t-on délicatement dans ce documentaire-fiction d'une tonalité feutrée un peu mélancolique, où l'enfant chantant est le point focal de l'histoire et de l'image.

Anges revêtus d'or, de pourpre et d'hyacinthe, disait Baudelaire. La hyacinthe serait l'étoffe de l'ange. C'est aussi le nom d'une fleur, la jacinthe. Légère, fragile, vous lui donnerez la paume de votre main pour la protéger des vents. Je porte moi-même le nom de l'une et l'autre : l'étoffe et la fleur. Ma voix ressemble à la fleur. A peine éclose elle se fane.

Une voix off, aux jeunes in -flexions androgynes, commence ainsi à vous guider dans ce double parcours à la fois historique et humain: se tissent alors le cheminement d'un petit garçon à la voix d'ange depuis l'audition qui lui permettra d'intégrer l'un des choeurs européens renommés, jusqu'à la mue qui se profile à l'horizon du renoncement à l'enfance et une excellente analyse synthétique, qui recompose l'évolution des maîtrises depuis Charlemagne, en contrepoint de l'histoire musicale du répertoire vocal.

C'est là un tour de force de mêler le tout, en subtilité, avec le regard intérieur des choeurs parmi les plus célèbres (le Worcester Cathedral Choir, le Knabenchor de Hanovre, Les Petits Chanteurs de Vienne, ceux de la Croix de Bois, les Rossignols de Pologne...).

SUR LES SCÈNES

ET EN COULISSE

L'on s'attarde aux auditions individuelles autour du piano, au travail de ces voix fragiles le temps de capter la beauté et l'étrange harmonie grave de ces visages qui ont visiblement ensorcelé les caméras, l'on assiste à la troublante cérémonie de la remise presque initiatique de l'uniforme viennois, mais aussi aux jeux de ceux qui restent des gamins avec un amusant cricket en surplis religieux sur le gazon anglais!

De scène publique en coulisse privée, des stalles d'une église au plateau d'opéra, le voyage géographique et chronologique pointe les étapes plus didactiques (sans lourdeur, avec une iconographie adéquate), avec de brefs inserts sur les crises de la Réforme, de la Révolution française, de la disparition des castrats.

Et toujours, la voix hors champ vous guide, sans que le documentaire ne s'alourdisse d'interviews. Par contre, de larges plages musicales (répertoriées au générique final) rythment l'ensemble: Purcell, Pergolèse, Schubert (un «An die Musik» à vous donner le frisson, par un petit viennois), Bach, d'autres encore parmi lesquelles Rossini et son «Duo des Chats», Mozart avec «Bastien Bastienne», en représentation (très belle séquence dans la loge des petits acteurs).

Avec cette extrême sensibilité un peu nostalgique (et parfaitement musicale) qui trame son film, le jeune réalisateur belge Philippe Reypens clôt en boucle la métaphore de la jacinthe, cette fleur, symbole d'androgynie qui jaillit du sang du prince adolescent Hyacinthe, blessé par Zéphir jaloux de l'attention d'Appolon. Dans un monde désenchanté je me sens un peu orphelin... dit encore l'adolescent.

Cette production King's Group de Laurent Perrault qui a sué sang et eau pour convaincre nos instances médiatiques en amont du projet, est finalement coproduite par la RTBF, la télévision autrichienne, Arte et Peter Willimas (Grande-Bretgane) , plus prompts à réagir .

MICHELE FRICHE

«L'or des anges», La Deux, 21 h 25. Aussi sur Arte, ce dimanche, à 23 heures dans le cadre d'une «Théma: Voix de Cristal».