Tragédie en mer du Nord

À 6 heures du matin, le 22 septembre 1914, trois croiseurs de la Royal Navy – le HMS Aboukir et ses deux sister-ships, le Hogue et le Cressy – sont en patrouille en mer du Nord. Leur mission, comme celle de tous les membres du 7e escadron, est de servir de support aux destroyers et sous-marins de la Harwich Force, déployés pour empêcher toute incursion allemande dans la Manche. Le temps est calme, après la tempête de la veille. Le U-9 allemand a reçu l’ordre d’attaquer les navires de transport britanniques à Ostende mais a dû plonger pour se mettre à l’abri. En refaisant surface, il repère les trois croiseurs…

L’attaque

À 6 heures 20, le sous-marin tire une torpille en direction du bateau le plus proche, à une distance de 500 mètres. C’est le HMS Aboukir qui est touché à tribord. La salle des machines est inondée et les moteurs stoppés immédiatement. Aucun sous-marin n’ayant été signalé, le capitaine Drummond, commandant le navire, suppose tout d’abord que celui-ci a touché une mine. Il demande aux deux autres croiseurs de se rapprocher afin de lui apporter de l’aide. Après 25 minutes, l’Aboukir chavire et coule. L’explosion ayant endommagé les treuils, une seule et unique chaloupe a pu être mise à l’eau.

Le U-9 ayant fait surface, son équipage observe la manœuvre de sauvetage engagée par les deux croiseurs britanniques pour sauver les hommes de l’Aboukir. Son commandant, Otto Weddigen, ordonne alors de tirer deux torpilles supplémentaires en direction d’une seconde cible ; le HMS Hogue. Alors que les torpilles sont éjectées, la proue du U-9 fait surface. Le repérant, le HMS Hogue ouvre le feu.

Les deux torpilles frappent le Hogue. Au bout de 5 minutes, le capitaine Nickolson ordonne d’abandonner le navire, lequel chavire et coule à son tour. Il est 7 heures 15.

À 7 heures 20, le sous-marin tire deux nouvelles torpilles. L’une d’elles manque sa cible. Le U-9 se retourne alors pour tirer la dernière torpille restante vers le Cressy. Le Cressy ayant déjà repéré l’assaillant ouvre le feu à son tour. Sans succès.

Les torpilles frappent le navire de plein fouet. Celui-ci chavire côté tribord et flotte, à l’envers, pendant une trentaine de minutes. Deux chalutiers hollandais passant à proximité refusent de porter secours au navire par peur des mines. De rage, les marins britanniques ouvrent le feu sur eux.

Les secours s’organisent

Des appels de détresse sont interceptés par le commodore Tyrwhitt, qui fait demi-tour avec son escadron de destroyers. À 8 heures 30, le vapeur hollandais Flora, ayant été témoin des naufrages, arrive sur la scène du drame et parvient à secourir 286 hommes. Un second vapeur – le Titan – en sauve 147 de plus. D’autres hommes encore sont récupérés par les équipages de deux chalutiers, le Coriander et le J.G.C., avant que les destroyers n’arrivent. 837 hommes sont sauvés tandis que 1.397 hommes d’équipage et 62 officiers – principalement des réservistes de la Royal Navy – perdent la vie.

Les destroyers tentent en vain de retrouver le sous-marin, lequel retourne tranquillement à son port d’attache le jour suivant.

Une vague d’indignation

Trois croiseurs obsolètes coulés, 1.450 marins – essentiellement réservistes – tués, un escadron considéré comme un « appât vivant »… : la tragédie choque l’opinion publique britannique et ternit la réputation internationale de la Royal Navy. Les croiseurs « survivants » sont retirés du service, l’amiral Christian réprimandé et le capitaine Drummond – bien que n’ayant pas survécu à l’attaque – critiqué pour n’avoir pas suffisamment pris de mesures « anti-sous-marins », contrairement aux recommandations de l’amirauté. Heureusement, son comportement pendant l’attaque proprement dite est, lui, encensé. Les 28 officiers et 258 hommes d’équipage secourus par le Flora sont débarqués à Ymuiden et rapatriés le 26 septembre.

À l’opposé, Weddigen et son équipage sont bien évidemment accueillis en héros. Weddigen lui-même reçoit la Croix de Fer, 1ère Classe, tandis que les membres de son équipage se voient récompensés de la même médaille, mais de 2ème Classe.

La réputation du sous-marin comme arme de guerre efficace est maintenant définitivement établie.