LE CENTENAIRE DE L'AVENUE DE TERVUEREN (FIN) SIRE,QU'EST VOTRE PATRIMOINE DEVENU? PALAIS EN MARBRE GRIS DE NORVEGE... 120...

Le centenaire de l'avenue de Tervueren (FIN)

SIRE, QU'EST VOTRE PATRIMOINE DEVENU ?

En dépit des rêves de grandeur du roi Léopold II et de la majesté de l'artère, l'avenue de Tervueren n'atteindra jamais le prestige de l'avenue Louise.

Des gargotes et des maisons modestes vont rapidement pousser à côté des premiers hôtels de maîtres cossus. Les promoteurs immobiliers lotissent à la chaîne et, à l'exception du palais Stoclet, aucune oeuvre architecturale d'envergure internationale ne sera construite sur cette avenue de prestige.

Le maître de l'Art nouveau Victor Horta n'a rien bâti dans le quartier du Cinquantenaire. En 1898, Paul Hankar a tout de même érigé deux petits immeubles pour le peintre Léon Bartholomé. Ils sont tombés sous les pioches des démolisseurs dans les années 70. Seules, des grilles de fer forgé ont survécu. Elles ferment aujourd'hui l'entrée du Jardin de Nicolas, un restaurant à la mode. Les créations d'Hankar avenue de Tervueren n'avaient cependant aucune commune mesure avec le palais monumental du peintre Ciamberlani, au quartier Louise.

Elève d'Horta et de Hankar, Paul Hamesse, a également oeuvré avenue de Tervueren, en élevant une des toutes premières maisons pour le lieutenant de Lannoy, au 120. Synthèse de l'héritage Art nouveau et de la sécession viennoise du futur palais Stoclet, l'édifice érigé en 1906 sera classé un peu tard par la Région bruxelloise, en 1992, et massacré par un promoteur pressé de débarrasser son chantier de ce patrimoine encombrant.

Parmi les constructions insolites, pour la plupart disparues, le manoir d'un certain M. Best, a laissé des souvenirs fantasmagoriques aux passants de la Belle Époque. Son propriétaire aimait tant l'architecture rocambolesque qu'il n'écrivait à ses amis que sur des cartes postales représentant sa demeure : le «Home Best».

Une famille d'industriels gantois, les Carels, possédait aussi une vaste maison à la façade peuplée d'étrangetés. Deux hérauts d'armes en bronze du sculpteur De Groote veillaient sur le perron. Ils n'ont pu empêcher la propriété qui s'étendait sur 2,5 hectares de faire place nette à l'ambassade de Chine. Les deux statues sont les seuls survivants de la démolition : elles trônent Grand-Place, dans la Maison du Roi !

Avant que le rond-point Montgomery ne se transforme en autoroute urbaine, le palais de Wilhelmine Aulbur figurait parmi les plus étonnantes créations architecturale de l'avenue. L'Union des Intérêts matériels du quartier de l'avenue de Tervueren, avait choisi Wilhelmine pour remettre un bouquet de fleurs à la reine Elisabeth lors du défilé militaire de mai 1914. Cela n'a pas ralenti les grues au moment de remplacer sa maison par une tour d'appartements, la «White House»...

Les propriétaires de l'avenue se sont pourtant préoccupés très tôt de la pression des promoteurs sur leur environnement urbain, comme en témoigne cette lettre anonyme adressée au souverain le 13 mars 1904 :

- Sire, quelqu'un qui a des appréhensions au sujet de l'avenir de l'avenue de Tervueren croit utile de signaler à l'attention de Votre Majesté que des maisons de rapport vont y être construites. Ceux-là à qui votre Majesté a confié la charge de mener à bonne fin cette grande artère devraient au moins comprendre que de semblables constructions déprécieront les terrains qu'ils paraissent si avides de vendre...

Prémonitoire !

Gargotes et estaminets

ont baissé les quatre bras

Aux Quatre Bras, le Café Saint-Pierre, le Chien Vert, les Trois Couleurs, A la Cascade, A la Belle Vue du Parc... ces appellations résonnent, le long de l'avenue de Tervueren, comme autant de noms de gargotes où il faisait bon déguster la kriek et taquiner le jupon ! Ces établissements Belle Epoque offraient terrasses ombragées, salles de banquets, chambres d'hôtels, etc. Aux Quatre Bras, aujourd'hui remplacé par un immeuble - tour, un hôtel - café - restaurant proposait des formules d'hébergement «à la carte». Au restaurant des Trois Couleurs, la terrasse en bordure de l'avenue convenait à merveille pour admirer les équipages et les cavaliers de l'époque. A l'arrière du même établissement, il y avait un grand jardin pour savourer le plat du jour et les enfants y faisaient la course à dos d'âne !

De ces gargotes d'antan, malheureusement, ne subsiste plus guère que l'ombre du Chien Vert, girouette dérisoire sauvée de la destruction en 1967 par une habitante de Woluwe-Saint-Pierre. L'effigie faisait la fierté de l'établissement qui avait été baptisé ainsi par allusion à un bronze de Van Heffen, exposé avec d'autres sculptures dans le parc de Woluwe en 1905. Elle orne, aujourd'hui, le porche d'entrée d'un immeuble de bureaux, à hauteur du 300.

Sur les traces des gargotes d'antan, les nostalgiques pointeront également le chalet des étangs Mellaerts. Certes, l'endroit a survécu. Mais il a perdu sa superbe d'hier. Aujourd'hui, racheté par un nouveau propriétaire et fermé provisoirement, le chalet attend de nouvelles transformations.En face, le buffet de la gare de «Woluwe - Avenue», ancienne halte de la ligne ferroviaire Bruxelles - Tervueren, va renaître à l'automne prochain. Pour une soixantaine de millions, un restaurateur de Woluwe va y transférer son établissement Le Vignoble de Margot.

- Cela fait des années que je passe devant tous les matins, confie Olivier Loeb, le restaurateur. Je trouvais dommage qu'un tel endroit soit à l'abandon. Dès que j'ai eu la possibilité d'y réaliser un projet commercial, je n'ai pas hésité. Je veux rendre vie au lieu, en préservant son cadre exceptionnel.

Cachez ce chancre du 120

que Woluwe ne saurait voir

L'avenue de Tervueren est devenu le symbole malheureux de la bruxellisation du patrimoine, un soir de l'Ascension, en 1993, quand pour la première fois dans l'histoire belge des Monuments et sites, un promoteur a renversé un bien classé, le 120.

Cet hôtel de maître était un tournant de l'art nouveau annonçant le palais Stoclet, dessiné en 1906 par l'architecte Paul Hamesse, disciple d'Horta.

Comment cette agression patrimoniale a-t-elle été perpétrée ? L'histoire commence le 23 décembre 1991. Woluwe-Saint-Pierre délivre un permis de bâtir au promoteur Van Belle pour raser l'édifice et le remplacer par un projet de bureaux et logements. La Région a ouvert une procédure de protection, mais laisse passer la décision. Le 26 mars 1992, le gouvernement régional classe pourtant la façade remarquable de Paul Hamesse et la toiture de l'immeuble. Le classement d'immeubles menacés est une habitude typiquement bruxelloise...

Le 1er mai 93, le voisin du 120 est renversé à la diable. La façade classée est ébranlée. Le 120 ferait courir des risques aux usagers de la station de métro Montgomery. Le 21 mai, un arrêté de police du bourgmestre exige du promoteur des mesures de sécurité immédiates. Il autorise le «démontage» de la façade protégée. L'opération tourne au massacre. Le 22 mai à l'aube, le 120 est retourné en poussière. Ulcéré, le secrétaire d'Etat au Patrimoine, Didier van Eyll, exige que le bâtiment soit reconstruit en son état et lieu initiaux. Jacques Vandenhaute accuse la Région d'incohérence, tout en reconnaissant les torts du promoteur. Les noms d'oiseaux fusent au-dessus des restes du 120 !

Le 8 octobre, le bourgmestre et le promoteur présentent ensemble une reconstitution de la façade d'Hamesse au dépôt communal. Les blocs de ce Lego - qui n'a jamais reçu l'aval des Monuments et Sites - s'y trouvent encore aujourd'hui. Un sort funeste qui rappelle celui des façades de la Maison du Peuple ou de l'hôtel Aubecq d'Horta. En octobre 1994, la Région obtient le gel du chantier en justice. Quatre ans plus tard, les travaux sont toujours à l'arrêt.

Depuis 1995, époque où Charles Picqué succède à van Eyll, le chancre du 120 dépare l'avenue de Tervueren. Aux dernières nouvelles, le promoteur Van Belle a revendu son bien à la société immobilière de La Sauvenière. Cette dernière négocie avec Picqué. Le ministre-président se dit favorable à un remontage de la façade «in situ». Mais il a toutefois commandé une étude de faisabilité...

Le mauvais sort va-t-il s'acharner sur l'oeuvre d'Hamesse ?

Un palais en marbre gris de Norvège et en bois de Makassar

Adolphe Stoclet est né en 1871 dans une famille de banquiers belges. Ingénieur civil des chemins de fer, sa fortune était sans limite apparente. Au début du XXe siècle, il réside à Vienne où il dirige un projet de modernisation de ligne ferroviaire. Amateur d'art éclairé, il épouse Suzanne, la fille du critique d'art parisien Arthur Stevens. Sensible à toutes les formes de création contemporaine, il croise le chemin de Joseph Hoffmann, un architecte viennois dont il partage les goûts avant-gardistes.

A l'image d'Horta à Bruxelles, Hoffmann est en révolte contre l'ordre artistique établi. En Autriche, il incarne le courant du renouveau culturel à travers le mouvement de la sécession viennoise. Hoffmann rêve d'ateliers où se réuniraient des artisans capables de construire, décorer et meubler les maisons de la cave au grenier.

LE PLUS RICHE D'EUROPE

Avec l'appui de mécènes comme Adolphe Stoclet, Hoffmann lance les Wiener Werkstätte (les ateliers viennois). Dès 1905, une centaines d'artistes y exécutent des articles de haut luxe en argent, en ivoire, en cuir. Ils vont entièrement meubler le palais Stoclet, à Bruxelles, et ce sera leur chef-d'oeuvre. Les artisans des Wiener Werkstätte créeront jusqu'aux boutons de livrée des domestiques d'Adolphe Stoclet !

Pour le bâtiment proprement dit, Hoffmann conçoit une oeuvre d'art totale. Son architecture touche à l'épure. La façade utopiste en marbre gris de Norvège, encadrée de profilés de bronze, fait éclater les canons du clacissisme. La géométrie cubiste de la conception met en valeur les oeuvres d'art qui peuplent la demeure. Une statue d'Athéna, déesse des artisans, veille sur l'entrée. Au sommet de la tour, quatre colosses de bronze défient l'univers.

L'intérieur est l'un des plus riches jamais réalisés en Europe. Dans le hall, des marbres précieux décorent les murs. Les meubles sont en bois noir de Makassar. La salle à manger est tapissée de marbre jaunâtre de Paonazzo. Deux fresques de Klimt ornent les lieux : «l'Espérance» et «le Baiser». Dans la salle de bains, les objets de toilette sont en argent. L'ensemble est d'une implacable homogénéité.

Lassée des visites et des kleptomanes, la baronne Suzanne Stoclet n'ouvre, hélas ! plus jamais sa porte aux visiteurs...

Programme des festivités

Comme en 1897, les festivités de Centenaire débuteront par une inauguration royale : celle de la fontaine Montgomery.

Visite royale : de 10 à 13 heures, une escorte de 130 gendarmes à cheval accompagnera les souverains en limousine décapotable. Le couple royal partira du Cinquantenaire.

Comédiens ambulants : de 14 à 18 heures, animations dans le petit village de toile de Bruxelles-Kermesse, autour de la fontaine du Cinquantenaire avec les déménageurs fous d'Apex Moving, les électriciens maladroits Wurre Wurre, le bébé tout terrain Charlie Encor, la fontaine vivante the Spurting Man, les touristes-acrobates d'Escarlata Circus...

Foire des artisans : de 9 à 18 heures, passage de Linthout et Galerie du Cinquantenaire, dans la rue des Tongres.

Parade musicale : à partir de 21 h 30 au carrefour de l'avenue Jules césar, plus de cent musiciens convergeront vers les podiums mobiles de la rue du Bemel, d'où sera tiré le feu d'artifice.

Expositions : Art nouveau aux Musées royaux d'art histoire du Cinquantenaire (entrée gratuite de 10 à 17 heures). L'expo rassemble les sculptures chryséléphantines commandées par Léopold II pour vanter les produits du Congo, du mobilier provenant de riches salons bourgeois de l'époque et des affiches 1900 autour du thème de la femme Belle Epoque. Tramways anciens, Léopold II, Edmond Parmentier et le vieux Woluwe, au Musée du Transport urbain bruxellois, au coin de l'avenue Parmentier (entrée gratuite, 13 h 30 à 19 heures). Panorama des arcades du Cinquantenaire et les monuments de Léopold II, au Musée royal de l'Armée du Cinquantenaire (entrée gratuite, 13 à 18 heures).

Balade en tram rétro : 40 motrices anciennes circulent sur toute l'avenue, y compris en soirée. Prix du billet : 50 F.

Feu d'artifice : vers 22 heures, dans le parc de Woluwe.