Le domaine de Faulx tombe en faillite

Le domaine de Faulx tombe en faillite

mais Etterbeek ne vend pas le château

Etterbeek possède un vaste domaine médiéval à Faulx-les-Tombes dans le Namurois, racheté en 1972 lors de la faillite du promoteur Etrimo. La commune bruxelloise voulait faire du château un centre modèle de tourisme social. Un restaurant de 144 couverts, un hôtel de 23 chambres et un manège avaient été aménagés dans le respect de l'architecture existante. La nuit en pension complète était offerte au prix imbattable de 700 F.

En 1985, Etterbeek doit adopter un plan d'assainissement financier et le Fonds Nothomb suggère de revendre la propriété dont les charges coûtent de 3 à 6 millions par an à la commune. Le bourgmestre Léon Defosset transige en cédant le manège à un particulier et en privatisant la gestion du château. Une privatisation toute relative d'ailleurs, car la S.P.R.L. fondée pour la circonstance est dirigée par Michel Timmermanns, frère de l'échevin de l'Action sociale et candidat aux élections sur la liste du bourgmestre...

Une nouvelle joute se déroule en décembre 1988: la S.P.R.L. «Château de Faulx» tombe en faillite. Le domaine est provisoirement fermé. Etterbeek cherche un nouveau gestionnaire, «plus solvable et plus convenable».

Le château de Faulx-les-Tombes se situe dans la vallée du Samson, à 15 km au sud-est de Namur, juché sur un promontoire rocheux. Faulx vient de «Fals», un mot d'origine germanique signifiant «rocher». Ses pierres de légende sont bien connues des jeunes et des vieux Etterbeekois, grâce aux classes vertes et aux voyages organisés pour le troisième âge.

L'endroit est prestigieux. Les assises du castel actuel reposent sur celles de l'ancien bourg féodal du Xe siècle. La façade ouest de style Renaissance remonte à 1563. Au milieu du XIXe siècle, l'architecte Henri Beyaert a entièrement restauré la propriété sur base des plans primitifs. Aux alentours, le bois du Croquet offre aux naturalistes 25 hectares de faune et de flore à l'état presque sauvage.

La vie de château

En 1972, Etterbeek a racheté tout ce patrimoine historique pour 19 petits millions. Le château a été aménagé en hôtel. Près de 50 personnes peuvent trouver place dans les 23 chambres dotées de tout le confort moderne en plus des charmes traditionnels. La vie de château n'est pas ruineuse, le but premier de la commune étant de la rendre accessible à tous. Les Etterbeekois ont même droit à une remise supplémentaire de 10 % sur les 700 F demandés aux touristes.

Les écuries ont été reconverties en classes de plein-air pour les élèves des écoles communales. Ils passent chaque année une quinzaine de jours à Faulx. Le centre de vacances comprend trois classes de 25 élèves, une salle d'animation équipée d'appareils de projection, des salles de jeux, des dortoirs et des sanitaires. D'autres communes ont également accès au centre, en fonction du taux d'occupation.

Enfin, un restaurant a été érigé à proximité du château. Il est ouvert à tous les touristes de passage. Inauguré en 1976, il peut contenir près de 150 personnes. Un manège permet aussi aux amateurs de sport équestre de galoper sur la propriété.

Millions aux oubliettes

Après l'adoption du plan d'assainissement en 1985, le manège est vendu pour 6,2 millions à son exploitant. Dans le même temps, l'ensemble des activités de loisir, d'hôtellerie et de restauration sont confiées à la S.P.R.L. «Château de Faulx», créée par Michel Timmermanns, en échange d'une redevance mensuelle de 50.000 F. La faillite du domaine est prononcée deux ans plus tard, en décembre 1988.

Selon des sources bien informées, la S.P.R.L. «Château de Faulx» serait actuellement redevable de 1,2 million d'arriérés de loyers, ceux-ci n'ayant pas été versés depuis décembre 1986. A cela s'ajoutent encore les retards accumulés envers la T.V.A. et les contributions, ainsi que les préavis de l'équipe des ouvriers. Les causes réelles de la faillite ne sont pas encore connues. La comptabilité était, paraît-il, en ordre. Le montant exact des millions passés aux oubliettes sera révélé par le curateur dans une dizaine de jours.

Pas question de vendre

En dépit de ces événements, Léon Defosset est formel: la faillite n'aura aucune incidence pour la commune et le château n'est pas à vendre.

- En commun accord avec le curateur, nous avons décidé de chercher un autre gestionnaire. Cette aventure sera donc sans conséquences pour la propriété de la commune. Nous n'avons toujours pas l'intention de vendre Faulx-les-Tombes. Il ne s'agit d'ailleurs pas d'une faillite frauduleuse. La S.P.R.L. en question doit seulement quelques mois de loyer à la commune d'Etterbeek. Michel Timmermanns n'a tout simplement pas su faire face aux charges d'entretien. Elles étaient selon lui trop importantes en regard des bénéfices escomptés.

Le fonctionnement de la S.P.R.L. «Château de Faulx» reste cependant nimbé d'un certain mystère. En effet, Michel Timmermanns en était à la fois gestionnaire, créateur et employé. Il aurait d'ailleurs réclamé le versement intégral de son préavis dès l'annonce de la faillite!

Réouverture

au printemps?

- En ce qui concerne les voyages pour le troisième âge, les classes de plein-air et le restaurant, nous espérons confier rapidement l'exploitation à une autre société pour permettre la réouverture du domaine au printemps, ajoute le maïeur. Plusieurs propositions sont déjà à l'étude. Mais nous serons plus exigeants que la dernière fois. Le prochain exploitant devra au moins être solvable et convenable. Pour le manège, il n'y a rien de changé puisque nous l'avions déjà vendu. Le propriétaire n'est pas concerné par la faillite.

Sur le plan politique, Léon Defosset n'a pas fait de commentaires à propos de la présence de Michel Timmermanns sur sa liste du bourgmestre aux dernières élections communales. Quant à l'échevin de l'Action sociale, Xavier- Timmermanns, il rappelle qu'il a toujours délibérément refusé de participer aux réunions du collège échevinal quand il était question de Faulx-les-Tombes, par simple prudence...

DANIEL COUVREUR.