Sécurité sociale - Le modèle néo-zélandais fait fantasmer la classe politique flamande Les médicaments à la sauce kiwi ?

Sécurité sociale - Le modèle néo-zélandais fait fantasmer la classe politique flamande

Les médicaments à la sauce kiwi ?

* Casser les prix des médicaments via des adjudications publiques. Faut-il emprunter la piste néo-zélandaise ? Le ministre calme le jeu, le secteur s'étonne.

DIRK VANOVERBEKE

Et si l'on s'inspirait de la Nouvelle-Zélande pour combler le trou de la Sécurité sociale ? L'idée, lancée par Dirk Van Duppen, médecin auprès de « Médecine pour le Peuple » et publiée dans une Carte blanche par « Le Soir » (nos éditions du 24 novembre), est aujourd'hui au coeur du débat politique.

Van Duppen l'a présentée lundi, invitant nos politiques sur la piste néo-zélandaise : cette petite île de 4 millions d'âmes a introduit le système d'adjudications publiques. En faisant jouer la concurrence, accordant le marché à la firme pharmaceutique qui propose le prix le moins élevé, les pouvoirs publics gagneraient à tous les coups.

Van Duppen a calculé que les prix des médicaments chuteraient entre 50 et 70 %, selon qu'ils sont encore protégés par un brevet ou non. Il évalue les économies générées à 1,49 milliard d'euros. Sans compter que le patient y trouverait son compte. En un an, les consommateurs paieraient la bagatelle de 0,7 milliard de moins pour leurs médicaments.

Une vraie manne céleste, donc, pour le ministre des Affaires sociales. Rudy Demotte (PS) qui vient de décider, avec l'aval du conseil des ministres, d'une cure sévère du système afin d'enrayer le déficit de l'assurance maladie. Cette purge porte, pour le seul secteur des médicaments, sur 115,3 millions d'euros.

Le médecin anversois ajoute que le modèle des « Kiwis » offre en outre l'avantage de comprimer les frais de marketing des firmes pharmaceutiques et de simplifier la vie des médecins, dispensés de mémoriser la longue liste de médicaments aux propriétés identiques et celle des pharmaciens qui récupéreraient de l'espace utile dans leurs rayons.

Van Duppen s'est étendu sur le cas de la simvastatine, substance active du réducteur de cholestérol Zocor, commercialisée par 9 firmes et dont le prix varie entre 55 euros dans sa forme générique et 123,55 euros pour la marque originale. Soit une différence de près de 69 euros, que débourse la Sécu pour chaque boîte de Zocor prescrite à 90 % par les médecins, s'insurge Van Duppen qui précise qu'en Nouvelle-Zélande, il n'en coûte que 47,20 euros pour le même médicament. La liste est loin d'être exhaustive (lire tableau).

Dans le landernau politique, sa petite idée a été saisie au vol par Steve Stevaert, le président des socialistes flamands, d'emblée conquis par cette offensive contre le prix trop élevé des médicaments. Dans la foulée, Jo Vandeurzen et Bart Somers, présidents du CD&V et du VLD, ont aussi plébiscité l'idée. Une panacée, vraiment ? Au cabinet Demotte qui, avant Noël, bouclera le projet de loi recensant toutes les mesures d'économies, on ne nie pas que l'idée est sur la table. Mais on y met des bémols. Le cabinet n'a pas attendu Van Duppen pour découvrir la recette. Une étude évaluant les compatibilités de la mesure avec le droit européen a été commandée en avril dernier. L'idée est examinée, la possibilité d'envisager de mieux rembourser certains médicaments dont les prix auraient baissé après appel d'offres aussi. Mais avec des balises : l'appel d'offres « à la néo-zélandaise » n'est pas applicable aux médicaments innovants et ne résout rien à la surconsommation des médicaments (en hausse de 5 % par an).

Chez GlaxoSmithKline (GSK), on a fait d'autres comptes et comparé les prix de ses spécialités (hors marges de distribution et hors TVA). Si GSK appliquait les prix néo-zélandais pour son portefeuille en Belgique, son chiffre d'affaires belge augmenterait de 6 %. Pourquoi ? Simplement parce que l'exercice réalisé par Van Duppen ne porte pas sur la globalité des produits mais sur des médicaments hors brevets, forcément moins chers. Les experts de GSK ont aussi constaté que certaines de ses spécialités (vaccins contre l'hépatite A et B, médicaments anti-malaria) n'étaient pas disponibles en Nouvelle-Zélande. Conclusion : le modèle kiwi ne mène pas forcément au paradis de la Sécu...·