TEST-ACHATS SE DEMULTIPLIE PETITE ASBL DEVENUE MULTINATIONALE

Test-Achats se démultiplie

Multinationale

gourmande, l'organisation belge tente d'investir le marché français.

Test-Achats a les dents longues. Après l'Espagne, l'Italie et le Portugal, l'organisation belge s'attaque à la France, où elle va publier des versions adaptées de ses revues «Budget Droits» et «Test santé», en collaboration avec une petite association du cru, la Confédération syndicale du cadre de vie (CSCV). A cet effet, les deux partenaires ont créé une société commerciale d'édition (Editions scientifiques et techniques des consommateurs - France), dans laquelle l'organisation belge est majoritaire, via le holding luxembourgeois Conseur.

Test-Achats, qui prévoit d'écouler dès cette année quelque 40.000 exemplaires de chacune des deux nouvelles revues, n'a pas choisi le marché français au hasard. Au sud de l'Europe, les associations de consommateurs sont souvent nombreuses, mais de petite taille en regard de leur marché potentiel. Ainsi, en France, la principale association, l'Union fédérale des consommateurs, compte 200.000 abonnés à sa revue «Que choisir ?» - une diffusion semblable à celle (non révélée) de «60 millions de consommateurs», édité par l'Institut national de la consommation, établissement public. La pénétration du marché est donc très inférieure à ce qu'elle est en Allemagne, aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne... ou en Belgique.

LE PRIX À PAYER...

Bien loin de constituer une «première», l'initiative, dévoilée mercredi, n'est rien d'autre que la poursuite du développement européen de Test-Achats (lire ci-contre). Avec quelque 300.000 membres belges, Test-Achats ne peut plus espérer une croissance importante, explique Armand De Wasch, le patron de l'organisation. Or, poursuit-il, il est vital, pour une association de consommateurs, d'atteindre une certaine taille critique : Beaucoup préfèrent concentrer leurs efforts sur un mouvement associatif et le lobbying, au détriment de l'édition. C'est une erreur. Nous en avons fait l'expérience en Belgique : quand vous êtes petit, votre action n'a guère d'impact. Et s'il faut, pour croître, adopter les pratiques commerciales d'un vendeur de savonnettes, eh bien, soit ! C'est le prix à payer pour financer le service aux membres et le lobbying, sans sacrifier son indépendance sur l'autel des subventions ou de la publicité, dit-il.

Réalisant un chiffre d'affaires de 2,85 milliards FB, dont 1,25 milliard en Belgique, Test-Achats et ses partenaires occupent près de 500 personnes. Ensemble, ils publient 23 périodiques dans cinq pays, comptent 1,1 million d'abonnés à au moins une publication et peuvent ainsi amortir plus aisément leurs frais, notamment les coûts des tests.

Faut-il une autre preuve de l'efficacité de notre modèle ?, demande Armand De Wasch, en rappelant que l'Union fédérale des consommateurs n'est pas parvenue à lancer une revue similaire à «Test santé». En cause : la diffusion de 65.000 exemplaires ne permettait pas de couvrir les coûts.

Mais attention, dit-il, notre multinationale - je n'aime pas ce terme, mais c'est le bon - n'a pas pour objectif de faire des profits. Aucun dividende n'est distribué, et les boni éventuels sont réinjectés pour assurer de nouvelles activités et accroître notre taille au niveau européen.

DOMINIQUE BERNS

Petite ASBL devenue multinationale

Association sans but lucratif (ASBL) de défense des consommateurs fondée en 1957, Test-Achats est devenue une multinationale, dont les pratiques rappellent celles d'une société commerciale. Constituée sur le modèle des associations américaines, Test-Achats a toujours refusé le militantisme, choisissant comme vocation première l'information. Ainsi, dès 1959, elle diffuse « Test-Achats Magazine». Suivront dans les années septante, «Test-Budget » et «Test-Droits» (dont la fusion donnera naissance en 1985 à l'hebdomadaire «Budgets Droits»), en 1981 «Budget-Hebdo», en 1994 «Test-Santé» et, plus récemment, le mensuel «Fonds et Sicavs».

En Belgique, les activités d'édition sont gérées par la société coopérative «Association de consommateurs Test-Achats», alors que l'ASBL «Association belge des consommateurs» s'occupe du service aux membres et du lobbying.

Dopée par un marketing agressif, la diffusion des diverses publications a atteint un niveau proche de la saturation. Et, vers la fin des années 80, Test-Achats a opté pour l'expansion européenne, en prenant garde de ne pas rééditer l'échec français du début des années septante.

En 1969, à la demande de l'Union fédérale des consommateurs (UFC), nous avons créé conjointement un «pool» de moyens. En cinq ans, les abonnés à «Que choisir ?» sont passés de 5.000 à 300.000. Puis, l'UFC nous a remerciés. Ingratitude ? Non, réplique l'UFC : Il n'était pas question de céder notre revue au partenaire belge. Nous voulions conserver notre indépendance, explique sa présidente Marie-José Nicoli, qui rappelle que l'UFC, outre ses 200.000 abonnés, compte également 65.000 membres, qui peuvent disposer d'une véritable assistance juridique.

LES BELGES À LA BARRE

Echaudé, Test-Achats se replie sur son «camp de base» pour plus de dix ans. Mais l'organisation belge a retenu la leçon. Et, interpellée en 1986 par l'association espagnole OCU (Organizacion de Consumidores y Usuarios), elle ne se lance dans l'aventure qu'en échange du contrôle d'une «joint venture» d'édition.

Test-Achats utilisera le même «montage» en Italie en 1989 (avec Comitato Altro Consumo), au Portugal en 1991 (avec l'Associaçao para a Defesa do Consumidor) et aujourd'hui en France.

Au départ, la société coopérative Test-Achats détenait la majorité du capital des sociétés d'éditions étrangères. Pour éviter d'être taxés de «colonialistes belges», nous avons fondé, il y a trois ans, Conseur (Consommateurs européens), un holding luxembourgeois, auquel nous avons transféré nos participations. Conseurest ainsi actionnaire majoritaire (75 % du capital en moyenne) des sociétés d'édition belge, italienne, espagnole, portugaise et française.

Bel exemple de participations croisées, le holding Conseur est lui-même aux mains de la société coopérative Test-Achats, actionnaire de référence avec 45 % du capital, et des sociétés d'éditions-soeur. Les gestionnaires de Conseur en sont issus. Formellement, ceux-ci ne détiennent pas le pouvoir : une fondation, International Consumer Interests, chapeaute en effet l'ensemble. Dans les faits, ce sont pourtant eux, toujours majoritairement Belges, qui mènent la barque...

D. B.