Histoire Un numéro de «Toudi» qui unit le meilleur et le pire La boue, l'or et le sang de la dynastie

Histoire Un numéro de «Toudi» qui unit le meilleur et le pire La boue, l'or et le sang de la dynastie CHRISTIAN LAPORTE

Dans le cas présent, il serait malvenu de parler de complot flamand, même si la thèse d'une alliance objective avec les autonomistes nordistes peut se défendre... Voici de nombreux mois, José Fontaine et «Toudi» décidaient de marquer à leur manière l'heureux événement attendu à la cour de Belgique en ouvrant les colonnes de leur périodique à un ensemble d'analyses critiques de l'institution dynastique. L'enfant vient de naître sous la forme d'un numéro spécial où le sérieux côtoie d'anciennes thèses plus politiques que scientifiques.

Précision liminaire: c'est de la dynastie que Fontaine veut, cette fois, révéler les faces cachées. Car si la monarchie est le pouvoir royal vu de manière synchronique , la dynastie reflète son inscription dans la longue durée. Ce qui n'est pas sans importance pour les républicains wallons qui veulent démontrer, a contrario, l'artificialité de la Belgique...

Qu'est ce qu'on peut encore bien écrire de neuf sur la dynastie quand on n'est pas historien de profession? Bien plus qu'on ne pourrait le penser puisque «Toudi» propose une douzaine d'articles dont les auteurs ne cachent pas leur parti pris, à savoir que lassés de voir l'histoire de la monarchie belge transformée en conte édifiant ,ils ont pris l'initiative de montrer la boue, l'or et la sang, paraphrasant Emile Vandervelde à propos du Congo de Léopold II.

Une citation à dessein: si le fondateur de la dynastie est blâmé pour être devenu «gratuitement» riche en montant sur le trône de Belgique, c'est surtout son fils qui trouble Fontaine. Au point que celui-ci en vient même à demander que l'on enlève toutes les statues du deuxième roi du paysage national! Epousant totalement les thèses d'Adam Hochschild et de Jules Marchal, le philosophe de Graty va plus loin en parlant de crime contre l'humanité. Un point de vue qu'il relie par-delà les décennies à l'assassinat de Lumumba.

Mais c'est surtout Léopold III qui se (re)trouve dans le collimateur. Le roi y est, à juste titre, décrit comme un homme autoritaire mais les auteurs vont trop loin en le présentant comme un collabo qui aurait admiré Hitler. Des études historiques récentes et sérieuses ont battu en brèche ce cliché de la presse antiléopoldiste des années quarante mais les républicains wallons enfoncent encore ce clou rouillé.

C'est dommage car cela déforce l'ensemble du dossier. D'autant plus qu'on y trouve aussi l'approche de la Question royale d'un nouveau venu, le frais émoulu licencié de l'UCL, Manu Dolhet qui a pu avoir accès aux archives de la gendarmerie à propos de juillet 50. Une approche originale où l'on apprend qu'il n'y eut pas que les morts de Grâce-Berleur: il y eut au moins trois autres victimes. Dont un militant royaliste et un chauffeur de bus qui ne voulait pas se joindre à la grève insurrectionnelle... Mais l'apaisement national était intervenu. Et raviver la braise eût fait le lit du communisme ou d'une aventure d'extrême droite dont la Belgique n'avait nullement besoin...

«Toudi», numéro spécial en librairie, 100 FB ou 2,48 euros