Les faux jumeaux de la RTBF

Par David Bertrand. Photos Sylvain Piraux. Stylisme Nathalie Devillers.

Ces deux-là étaient faits pour se rencontrer. Benja, le Mouscronnois, et John, l'Arlonais. Aujourd'hui presque inséparables, les deux présentateurs les plus en vue du service des sports de la RTBF ont usé leurs fonds de culotte sur les mêmes bancs de l'Ihecs (Benja à la K'fet, John dans les auditoires) sans pourtant jamais s'y croiser. Aujourd'hui, chacun fait son petit bonhomme de chemin. « Studio Un », l'émission de foot du lundi soir pour Benjamin, « Le week-end sportif » et « Génies en herbe » pour Jonathan, la grande aventure de la dernière Coupe du monde côte à côte et une multitude de commentaires multisports (cyclisme, tennis, foot...) pour boucher les trous. Une saine rivalité et une tendre complicité les unissent.

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

JB : On s'est rapproché par la force des choses. Par la force de l'âge. Le premier souvenir d'un truc qu'on a fait ensemble, c'est quand Benja nous a invités, ma copine et moi, dans sa maison en Espagne. Enfin, dans une de ses nombreuses demeures en Europe. Si on s'est rapproché, c'est certainement parce qu'on a le même âge et le même humour à la con.

BD : Il fallait absolument remplir les chambres. Non, sérieusement, il passait dans le coin et je lui ai dit de passer quelques jours avec nous. Moi, par contre, j'ai un souvenir précis d'une des premières fois où je l'ai vu. Il était sur le balcon du Claridge en train d'emballer Pascale (qui est aujourd'hui sa femme NDLR)...

Vous étiez déjà des habitués de la vie nocturne bruxelloise ?

BD : Après les émissions du vendredi et du samedi, on sortait souvent tous ensemble jusqu'à 6 heures du mat. On était jeune. Maintenant, 2 h 30, c'est déjà bien.

Jonathan, quels sont les trois adjectifs qui caractérisent le mieux Benjamin ?

JB : Sûr de lui, convaincu. Et le troisième (il réfléchit), il a souvent raison en fait.

BD : Mets « brillant ! » (rires) En fait, moi, je suis un faux méchant.

JB : C'est dommage que les gens aient toujours cette impression que tu es un peu hautain.

BD : Je me méfie toujours du premier contact. Je ne suis pas hyperspontané. Je jauge d'abord puis après je vois. Au premier contact, je ne marque pas souvent des points.

Et quelles sont les trois qualités de Jonathan ?

BD : Il est consciencieux, c'est un petit comique et c'est une crème. Ouais, il est crémeux, John.

Les téléspectateurs de la RTBF vous associent souvent à différents niveaux. Alors qui copie qui ?

JB : Je trouve qu'on ne se ressemble pas du tout. À part la taille, la couleur des cheveux, l'âge. On a un ton et une manière de présenter qui ne sont pas les mêmes. Pourtant, on m'appelle souvent Benjamin.

BD : Quand j'ai commencé à la RTBF, on confondait Eric Kroll et Marc Delire alors qu'ils ne se ressemblaient pas du tout. Mais ils ont commencé à être connus en même temps.

JB : Ce qui est drôle, c'est que des collègues se trompent. Même Michel Lecomte, notre chef, se plante parfois.

Et vous le prenez comment ?

JB : Benjamin prend souvent ça comme un compliment et c'est normal !

Vous inspirez-vous l'un l'autre ?

JB : Moi, il m'inspire. Pour ça, c'était bien de travailler ensemble pendant la Coupe du monde. Parce que j'ai une image bien rangée de petit journaliste parfois un peu trop consensuel et gentil, qui hésite à rentrer dans le lard. Tandis que Benja, c'est tout à fait l'inverse. C'est un mec qui dérange, qui rentre dedans, qui a toujours le bon mot. En fait, un mélange des deux serait certainement meilleur.

Et toi Jonathan ? Heu Benjamin ?

BD : En fait, John, il a un côté consciencieux et organisé que je trouve exceptionnel. Ça m'a appris à faire les choses dans le bon ordre. Mais John, ce que le téléspectateur ne sait pas, c'est qu'il peut être comique et drôle.

Alors Benjamin, c'est un pote avant d'être un collègue ou c'est un pote parce qu'il est un collègue ?

JB : Chronologiquement, c'est d'abord un collègue. Mais sentimentalement, c'est avant tout un pote.

BD : Moi, c'est pareil. Au début, on était même un peu concurrent. C'est un métier de cons, il n'y a pas beaucoup de place. Tu sais très bien qu'à un moment donné, ce sera toi ou lui. Mais en fait, c'est depuis qu'on travaille vraiment ensemble qu'on s'entend si bien.

JB : Maintenant, il n'y a plus aucune raison que l'un jalouse l'autre puisqu'on a chacun nos affectations.

Qui reçoit le plus grand nombre de fans ?

JB : Notre toute première lettre, à Benja et à moi, venait d'un fan qui nous proposait monts et merveilles. C'est peut-être une caractéristique physique chez nous qui explique ça. Mais c'était vraiment de la drague.

Et maintenant, vous continuez à en recevoir ?

BD : Ça arrive

JB : Benja a plus le profil que moi pour en recevoir. C'est lié à son ton et à sa manière de travailler.

BD : C'est aussi parce que je suis vachement bien membré (fou rire).

Et qui reçoit le plus de courrier d'insulte ou de mécontentement ?

BD : Moi, j'en ai reçu pas mal par rapport à « Studio Un » où on donne des avis qui ne plaisent pas toujours à tout le monde. Donc forcément, ça arrive que des supporters nous écrivent.

JB : Je me souviens juste d'un édito d'un journaliste qui s'en prenait à moi en disant que j'étais beaucoup trop souriant et donc pas crédible. Finalement, ça m'a touché parce que sourire, c'est dans ma vie, c'est comme ça.

BD : Pendant la Coupe du monde, on a été fort critiqué par la presse télé alors qu'on recevait quotidiennement des centaines de mails positifs. On nous a même reproché d'être jeunes. Alors que les mêmes journalistes passent leur temps à dire que la RTBF a une image vieillotte et manque d'innovation. Quand tu mouilles ton maillot comme ça et que tu t'investis, ce n'est pas toujours agréable de lire ce genre de trucs.

John, dans quoi trouves-tu que Benja excelle le mieux ?

JB : En fait, il a une faculté de toucher à tout qui est impressionnante. Une connaissance encyclopédique du sport en général et un fameux bagage technique. Il est capable de faire du tennis un jour, du cyclisme le lendemain et si le surlendemain on acquiert les droits de la lutte gréco-romaine, il sera encore capable de le commenter. Là où il est le meilleur, c'est quand il a carte blanche, qu'on lui dit « Vas-y, lâche-toi » comme il pourrait faire autour d'une table avec une bande de potes.

Et toi Benjamin, Jonathan, tu le trouves bon dans quoi ?

BD : A la présentation du week-end sportif, il est nickel. On dirait qu'il a fait ça toute sa vie. En fait, dans sa vie professionnelle, il n'a d'ailleurs presque fait que ça. Les gens ne se rendent pas toujours compte qu'un an après être sorti de l'école, John présentait l'émission phare du service des sports de la RTBF. Ce n'est pas dû au hasard. En foot, c'est plus difficile de se démarquer parce qu'on est douze à en faire. Qui est le chouchou de Michel Lecomte ?

JB : Je ne sais pas. Si on fait un sondage dans la rédaction, à mon avis, on dira que c'est moi. Mais je ne crois pas qu'il y en ait un.

BD : Moi, je crois qu'il est plutôt évolutif. Au début, Michel était hyperimpressionné par John. Quand tu vois un mec de 22 ans qui débarque et qui a une faculté d'être hyper à l'aise, d'être irréprochable d'un point de vue journalistique, c'est rare. Tandis que moi, il se méfiait un peu de moi. Il me disait toujours « Tu es un peu trop bohème ». Il ne le dit plus maintenant. Ça me rassure. Et puis, moi, je suivais un peu la filière Marc Delire. Marc est un ami de Michel mais en avoir deux dans la rédaction... Donc, au début, il m'a un peu plus contrôlé.

John, trouves-tu que la télé gonfle l'ego de Benjamin ?

JB : A une époque, j'aurais bien dit : « Benja, fais gaffe. » À mon avis, il pourrait plus facilement que moi attraper la grosse tête. On a commenté une Coupe du monde. Il n'y a pas grand-chose qui se fait de mieux sur une télé nationale qui en a les droits, donc tu pourrais te prendre un peu plus au sérieux après ça mais ça n'a pas été le cas.

Et pourquoi toi, Jonathan, on ne t'a jamais vu en photo avec ton chien, ton chat et ta copine dans un magazine ?

JB : Je n'accepterais pas ce genre de chose.

BD : Moi, je n'ai jamais montré ma femme.

JB : Normal, elle est moche ! (fou rire). La mienne trouverait ça hautement ridicule en tout cas.

Jonathan s'est-il déjà servi du fait qu'il fasse de la télé pour en tirer un avantage quelconque ?

BD : Pour draguer les gonzesses, oui ! Je blague, j'espère franchement qu'on ne le fera jamais en tout cas. C'est quand même un bête métier qu'on fait. C'est juste qu'on parle de sport à un truc qui fait 20 cm sur 20 et que tout le monde peut voir. Mais ce n'est pas un métier difficile. Les gens qui viennent te dire que tu es formidable, je trouve ça bizarre. Non, je ne suis pas formidable. Et quand dix personnes viennent me voir sur une même soirée, ça me casse les couilles.

JB : Moi, j'ai un peu de mal avec ça. Parfois, c'est valorisant mais souvent c'est fatigant. Même si quand on vient te trouver, c'est souvent gentil. Pour ça, on a de la chance de ne pas être en France où la notion de vedettariat est différente.

BD : Moi, quand j'en ai marre, je m'enferme dans mon bunker avec ma femme...

Jonathan, où vois-tu Benjamin dans dix ans ?

JB : A la RTBF, au service des sports. Je crois qu'il va continuer sur la même voix. Et au fur et à mesure des années, il va devenir un vrai pilier. Il va aller loin.

C'est un sportif actif ou un sportif de canapé, Benjamin ?

JB : C'est un vrai sportif. Il est très fort au tennis. Il me fait un peu penser à mon frangin. Avec lui, je pouvais faire n'importe quel sport, c'était toujours lui qui gagnait. Benja est un peu dans ce trip-là. Moi, je suis vachement moins talentueux.

Vous en faites ensemble ?

JB : Non, mais on devrait essayer. Un tennis par exemple.

BD : D'accord, je sais compter jusqu'à six. Et toi jusqu'à zéro.

Benjamin, ça t'est arrivé d'être jaloux de Jonathan ?

BD : Au début, ouais. Ça remonte à cinq ans. À ce moment-là, je me disais que je ne grimpais pas assez vite par rapport à lui.

Jonathan est-il vraiment le gendre idéal qu'il donne l'impression d'être ?

BD : J'ai eu sa belle-mère au téléphone. Apparemment, non. Il laisse souvent traîner ses caleçons (éclats de rire). En fait, je pense qu'il peut être un vrai râleur. Il a l'image d'un gars sympa et gentil et c'est vrai que c'est une crème. Parfois même trop gentil.

Qui a le plus de succès avec les femmes ?

BD : Moi, j'en ai trois à la maison donc...

JB : Moi, je n'ai jamais été un mec à filles. J'ai toujours été plutôt timide, je n'ai jamais eu beaucoup de succès dans ma jeune vie mais je trouve que la télé, ça change quand même beaucoup de choses et ça, c'est drôle. Pourquoi ça vient maintenant et pas avant quand on était jeune et qu'on aurait pu en profiter ? (rires). Maintenant, c'est différent, je n'en ai plus envie. En tout cas, on m'a plus dragué depuis que je fais de la télé que dans tout le reste de ma vie.

BD : C'est clair qu'on se fait un peu draguer quand même et que les filles viennent plus facilement vers toi quand tu fais ça.

JB : Donc, on peut louer nos services pour des soirées pour celles que ça intéresse...

Cartes d'identité

Jonathan Bradfer

27 ans

Originaire d'Arlon

Vit à Bousval

Marié à Pascale

Loisirs : les voyages sac à dos (Europe, Bolivie, Pérou, Indonésie et Argentine en janvier prochain).

Benjamin Deceuninck

29 ans

Originaire de Mouscron

Vit à Schaerbeek

Marié à Virginie

Deux filles : Célia (3 ans et demi) et Louise (1 an).

Loisirs : sa famille, le football, le mini-foot et le tennis.

Exercices de style

Pour la première tenue, nous avons demandé à Jonathan et à Benjamin de choisir, pour l'autre, une tenue que celui-ci porterait bien tous les jours. Réactions.

Jonathan : J'aime beaucoup. Il a bien tapé. Un peu moins le gilet quand même. Je pourrais facilement aller travailler comme ça tous les jours. Je donne 7/10 (et 8/10 sans le gilet).

Benjamin : J'aime bien. En plus, c'est agréable à porter. Bien vu pour la casquette. J'en portais souvent avant. Je donne 8/10.

Pour la seconde tenue, il s'agissait de choisir une tenue qu'ils aimeraient bien voir l'autre porter.

Jonathan : Je n'aurais jamais choisi ça moi-même. En fait, j'ai beaucoup de mal à trouver des vêtements à ma taille. Je devrais peut-être choisir des pantalons trop grands mais faits exprès. Comme ça, je donne une image plus détendue qui me correspond en fait un peu plus. Je devrais tenter plus de choses dans ma façon de m'habiller. Je donne 8/10.

Benjamin : Une tenue à la Al Pacino. C'est bizarre comme on entre vite dans un personnage rien que par l'intermédiaire d'un costard. En regardant l'ensemble, je n'aurais pas imaginé que ça puisse m'aller. Un costume, j'aime qu'il soit classe et sobre. Je donne 8/10.

Photo I

Benjamin

Polo à col chemise bleu marine, Filippa K, 44 $.

Casquette indigo foncée rayée ton sur ton, IKKS, 40 $.

Jonathan

Polo jaune, blanc et brun, Ben Cherman chez Kusje, 60 $.

Sweat capuche gris clair, H & M, 24,90 $.

Jean brut, Carhartt chez Pax, 69 $.

Photo II

Benjamin

Costume noir rayé ton sur ton, Mexx, pantalon, 89,95 $ et veste, 189 $.

Chemise à fleurs, Mexx, 45 $.

Ceinture, H& M, 5,90 $.

Chaussures en cuir noir, NDC, 320 $.

Jonathan

Polo brun à fines rayures blanches et ciel, Criminal Damage chez Pax, 48 $.

Sweat à capuche kaki, Mexx, 49,95 $.

Pantalon à poches zippées, IKKS, 147,50 $.

Infos

Filippa K, tél. 02.232.67.48.

H & M, tél. 02.210.00.00.

IKKS, tél. 050.79.22.31.

Kusje, tél. 02.514.71.56.

Mexx, tél. 01.478.30.80.

NDC, tél. 09.224.29.79.

Pax, tél. 02.502.52.31.