NIKIFOROV,LE CHAMPION VENU D'AILLEURS: LE BULGARE DU CROSSING DE SCHAERBEEK POURRAIT ENFIN TERRASSER PATRICK CLAES CE SAMEDI

Le Bulgare du Crossing de Schaerbeek pourrait enfin terrasser Patrick Claes ce samedi

Nikiforov, le champion venu d'ailleurs

Un Bulgare champion de Belgique? Avec la forme que détient actuellement Nikolay Nikiforov, ce n'est pas impossible!

S'il parvient à empêcher Patrick Claes de décrocher son huitième titre national - son sixième consécutif - chez les moins de 95 kg demain, Nikolay Nikiforov ferait bien de savourer sa victoire avec onctuosité. Il y a fort à parier, en effet, qu'il devra attendre longtemps avant de remonter sur la plus haute marche du podium. Une proposition de la Commission des organisations sportives de la Ligue flamande visant à interdire, à partir de 1995, les étrangers à se produire lors du «national», est, en effet, sur le point d'être entérinée.

C'est dommage et triste à la fois, lance le Bulgare du Crossing de Schaerbeek. Pour moi, plus on autorise de judokas à prendre part à la compétition, plus celle-ci est d'un niveau élevé. Et donc, tout le monde en profite...

Nikiforov pourrait contourner le problème en optant, quand il en aura la possibilité, pour la nationalité belge, comme l'envisage très sérieusement Ermano Agostini, le petit Italien de l'Inter Gembloux-Wavre, éternel abonné au titre en moins de 60 kg. Mais, s'il n'exclut pas cette possibilité, Nikolay voudrait bien, avant de prendre la moindre initiative, avoir l'une ou l'autre garantie de la part des instances fédérales.

En fait, je n'y ai jamais vraiment pensé, dit-il. Mais, si je me rends compte qu'il y a un avenir pour moi, pourquoi pas? Ce n'est pas à moi de bouger; la Fédération me connaît. Il faudra d'abord, de toute façon, que je prouve que je suis meilleur que les autres. Claes, l'an dernier, m'avait battu parce que j'étais trop stressé. J'ai eu une seconde d'inattention et il a entré une clé de bras à laquelle je n'ai pas su résister. Je crois que mentalement et tactiquement, je suis plus fort qu'il y a douze mois.

Tous ceux qui ont assisté à son triomphe au cours des championnats de la Ligue francophone, il y a trois semaines, ne pourront que confirmer le point de vue de ce judoka qui est arrivé il y a un peu plus de trois ans dans notre pays, et qui, depuis lors, n'a cessé de se bonifier pour devenir aujourd'hui le meilleur représentant de la LFJ dans sa catégorie. Son passé, il est vrai, parlait pour lui.

J'ai commencé le judo à 11 ans et j'ai rapidement été repris dans le noyau de l'équipe nationale bulgare, affirme-t-il. Je faisais partie du club de l'armée, le CSKA Sofia, et j'ai remporté quelques médailles internationales, dans des tournois en Allemagne et en Tchécoslovaquie, j'ai été sacré deux fois champion des pays socialistes, à l'issue d'une compétition qui regroupait les nations de l'ancien bloc de l'Est, j'ai terminé septième aux championnats d'Europe juniors, en 1987 à Wroclaw, et j'ai également pris part aux championnats du monde de Belgrade, en 1989, et aux championnats d'Europe de Franc-fort, en 1990.

Cette impressionnante carte de visite ne laissa pas indifférent les dirigeants du Crossing de Schaerbeek lorsqu'il débarqua dans notre pays, en 1991, à la recherche de son eldorado.

Mon cousin habitait à Evere. Je me suis renseigné sur les clubs qui existaient dans son quartier et, quand j'ai débarqué au Crossing, j'ai tout de suite vu que c'était un club de premier plan. D'ailleurs, le niveau général est largement supérieur ici à celui que l'on trouve aujourd'hui en Bulgarie. Comme dans la plupart des pays de l'Est, le sport ne fait plus partie des priorités et l'argent ne suit plus.

Tout heureux de voir arriver un renfort de ce gabarit dans son club, Alain De Greef, le patron du club bruxellois, se chargea à la fois de régler ses démarches administratives, de lui trouver un logement et de faire venir son épouse en Belgique. Aujourd'hui, à 25 ans, Nikiforov a trouvé son équilibre. Et ses résultats suivent. Classé troisième en 1992 (- 86 kg), puis deuxième en 1993 (- 95 kg), il ne lui reste plus qu'une marche à gravir, comme il l'avait déjà fait, cet automne, en devenant champion de Belgique toutes catégories.

Avant de penser à la finale contre Claes, il ne faudra pas négliger les deux premiers combats, avance-t-il prudemment. Je me méfie notamment d'Eric Maes, qui reste un adversaire redoutable.

Nikolay Nikiforov est ambitieux mais pas tout à fait fou!

PHILIPPE VANDE WEYER