Vous avez rêvé Bruxelles

Vous avez rêvé Bruxelles

Lecteurs du «Soir», vous avez du talent! Choisir fut pour nous une épreuve: nous aurions aimé tout publier.

B ruxelles, qu'est-ce que c'est? Vous en avez une idée précise quoique toujours très personnelle et souvent contradictoire. Nos lecteurs ont été nombreux à répondre à l'invitation que nous leur avions lancée la semaine dernière de participer au concours organisé par la Maison de la Francité à l'occasion du dixième anniversaire de la Région bruxelloise.

La sélection que nous avons dû opérer et que vous découvrirez ci-dessous, ne représente que le petit - dixième des envois.

Pour participer au concours, il n'était nullement besoin, comme nous l'avons souligné de passer par le «Soir». Que dire cependant de l'échantillonnage de textes qui nous sont parvenus?

Sauf erreur (certains participants ont omis de nous préciser leur âge) le thème n'a pas émoustillé les plus jeunes puisqu'aucun envoi ne nous est parvenu dans la catégorie «cadets» (moins de 15 ans) et un seulement, figurant d'ailleurs ci-dessous, dans la catégorie «juniors» (15 - 18 ans).

Sur le plan géographique, les Bruxellois sont évidemment les plus nombreux à avoir réagi mais les habitants de la province, en nombre significatif, ont également décidé de mettre leurs talents littéraires à l'épreuve.

Des souvenirs du manifestant avec lesquels nous ouvrons notre sélection, à la poésie de Chloé avec laquelle nous la fermons, de nombreuses sensibilités s'expriment. On verra le retour de l'amant, le délire kafkaïen ou le coup de gueule contre la ville et ses habitants sans coeur.

Peut-être la lecture de ces morceaux choisis va-t-elle susciter de nouvelles vocations?

Quant à nous, nous ne publierons pas d'éventuels nouveaux envois, mais il convient de rappeler que le concours de la Maison de la Francité reste ouvert jusqu'au 20 avril. Les textes doivent y être envoyés directement à l'adresse ci-dessous. Rappelons que le règlement stipule qu'ils doivent consister en une définition de la ville en six lignes ou en une description de deux pages maximum. Chaque texte ne peut brosser qu'un aspect de la ville mais les participants sont autorisés à envoyer autant de textes qu'ils le souhaitent. Trois catégories: adultes, juniors (15 à 18 ans) et cadets. Le concours est doté de 500.000 F (12.395€ ).

B. G.

Les textes publiés ci-dessus, ainsi que ceux que nous n'avons pu retenir seront transmis à l'adresse du concours où, jusqu'au 20 avril, les participants peuvent encore envoyer directement leurs oeuvres: Maison de la Francité, 18 rue Joseph II, 1000 Bruxelles, tél.: 02/219.49.33, site web:

www.synec-doc.be/francite /concours99.

Ah! Bruxelles! Sur ton territoire, j'égrène le boulier «conteur» de 35ans de vie militante. Du déploiement des missiles aux missions de l'école, peu de revendications me trouvèrent infidèle à leurs manifestations. Notre colère, il fallait un jour ou l'autre venir te la crier... Mais marchions-nous contre toi ou contre les symboles que tu héberges? Des marches de la Bourse à celles du Palais de Justice, nos multiples pas multicolores ou blancs martelaient tes pavés. Nous levions le poing vers l'arrogance de tes façades. Nos pétards tentaient d'ébranler la souveraineté de tes décisions. Parfois nous affrontions la maréchaussée avec des fleurs... souvent avec leurs pots. Mais... ai-je jamais réussi à t'ébranler?

Somers Jean-Marie, Thimister.

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Bruxelles: dix-neuf communes, sans commune mesure et dont la langue administrative se limite, par souci de facilité, au chant du coq ou au rugissement du lion.

Roland Kaczor, Farciennes.

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Arts-Loi, Kunst-Wet

L'âme de Bruxelles est résumée dans sa principale station de métro, Arts-Loi Kunst-Wet. Arts-Loi: Loi impuissante à protéger les Arts (voir le non-statut des artistes, voir les désastres architecturaux), Art consommé de contourner la Loi.

Arts-Loi, oxymore parfait, contraste absolu: celui d'une ville riche dont les habitants sont de plus en plus pauvres. Un jour, une avenue des Spéculateurs débouchera sur un rond-point des Hommes de Bonne Volonté.

Irène Kaufer (adultes),

1040 Bruxelles.

***

Bruxelles, coeur de l'Europe et capitale sans coeur

Vous avez dit Bruxelles... coeur de l'Europe? Moi, je dis Bruxelles... capitale sans coeur. Je m'y promène, la pluie m'accompagne et le froid de janvier me colle à la peau. Peu m'en chaut, j'ai mon parapluie; je relève mon col ouaté.

Sur la place de la Monnaie, un vieillard tend la main, les yeux noyés de larmes comme ce ciel de Bruxelles. Il demande l'aumône à des gens pressés ou blasés... de n'avoir jamais rien à donner.

Un peu plus loin, accroupis sous un porche, des jeunes à blouson de cuir clouté, la coiffure en iroquois, tirant sur un joint, s'interrogent sur l'endroit à squatter pour rester au sec.

Sous un autre abri du même acabit, deux pieds mal chaussés sortent du dessous de vieilles couvertures, cachant la forme d'un corps gisant là le matin et encore là le soir, alors que les salles d'attente des gares et moult logements délaissés meurent d'ennui.

Dans la rue Neuve, il pleut aussi et il fait toujours froid. La porte des magasins est béante pour accueillir le client à bras ouverts. La douce chaleur du dedans se perd au-dehors, raillant les pauvres qui font la manche, près des vitrines trop bien achalandées.

Abrités sous le fronton d'un édifice, de jeunes gens bruyants mais pas méchants sont interpellés par les pandores. Le crime qu'ils ont peut-être commis est d'être groupés et d'avoir les cheveux frisés; sait-on jamais!

De Bruxelles, c'est tout ce que je retiens. Des passants froids ne s'arrêtant jamais, des autos, du bruit, des odeurs nauséabondes et de la pollution même au Berlaymont, des quartiers criant la misère, des riches se tenant d'un côté et les pauvres de l'autre, sans se voir, sous un ciel pas moins indifférent.

Dans les salons de la rue de la Loi, pavanent tout en couleur nos princes, troquant suffrages contre superflu. Quand cesseront-ils de concéder aux nantis pour tout donner à ceux qui n'ont rien? Maastricht et puis... monnaie unique! Pour les pauvres, c'est du pareil au même.

A Bruxelles, ce jour-là, il pleut et il fait froid. Je cherche un refuge dans une maison amie, mais elle est vide comme le regard des gens. Je prends place dans mon auto et regagne mon lit douillet.

Je mets du temps à m'endormir car dans ma tête trottent ces quelques mots: Tous les êtres naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Jacques Hoslet

(1180 Bruxelles)

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Une belle à conquérir

Il est neuf heures vingt-cinq. Bruxelles, enfin!

Salut, la belle! Eh bien, est-ce ainsi que tu reçois tes vieux galants!

Oh, je sais! avec le temps passé, j'arbore quelques cheveux de moins et toi un fouillis de gratte-ciel en plus. Qu'importe! Tu aurais pu me reconnaître et me faciliter la route qui mène à toi. Alors que je rêvais de retrouvailles intimes - tu penses, après trente années de privation! - je me suis égaré dans la frénésie d'une foule de courtisans avides. Cahotant péniblement depuis des kilomètres sur l'un de tes axes de pénétration, plus mon pouls s'accélérait, plus ma voiture freinait... Alors, ce n'est pas sérieux! Et quant à me faufiler en catimini sous ta ceinture, vu la cohue des carrosses agglutinés là, il m'eût fallu dételer plus tôt matin! Aussi, pour t'atteindre au coeur, j'ai dû te forcer comme un chauffard ivre projeté à l'aveugle.

Je te pardonne, va! Allumeuse comme tu l'es restée, tu subjugues toujours les âmes, et puis tu n'as jamais été bégueule avec ceux qui t'approchent. Jeunes ou vieux, pauvres ou riches, tous se voient bienvenus sur tes boulevards pétaradants ou dans tes venelles cyclables, à l'ombre complice des saints Michel et Christophe unis pour la cause.

N'empêche! Tu abuses de ma nostalgie, car tu te disperses, ma vieille! Tes voies poussent à la diable et te strient les flancs - on a bien l'âge de ses artères, va! On ne sait par où te prendre. De bifurcation nouvelle en sens unique inattendu, de tunnel glouton en rond-point démoniaque, tu sèmes partout des attrape-roues assassins et des croche-pneus sournois pour te dérober à mes caresses.

Et puis, ne te montes-tu pas la tête aussi, depuis que te voilà sacrée Carrefour de la Communauté . Dis-moi, aurais-tu vendu ton âme à un quelconque Mic-Mac Adam à gros cou? Cela ne te ressemblerait guère, car tu faisais dans la simplicité jadis, dans le Quatre-Bras démocratique et le pavé poli sous le sabot.

Tout de même! J'aperçois la porte de Hal, sentinelle dévouée quoiqu'un peu austère. Un dernier virage à droite, et me voici parvenu à tes entrailles.

Mes respects, vénérables Marolles! Je vous retrouve telles que laissées, affairées et joviales, nez mutin au vent et panse repue. Rendu rue Haute, je m'arrête un instant, me gare miraculeusement le long d'une portion de trottoir étrangement libre - merci, saint Pierre! -, ouvre ma vitre et hume l'air du lieu. Je regarde également. Je m'imprègne de cette atmosphère enluminée, puissamment fécondée dans la palette somptueuse des Bruegel d'Enfer et de Velours, survivant à un jet de pinceau de là.

Tout d'un coup, je te retrouve, ma ville! Malgré la fureur des moteurs qui vrombissent autour de nous et m'appellent à la course, me prend l'envie de laisser mes chevaux-vapeur pour t'offrir ma main. Oui! Je désire flâner en ta compagnie tout en te parlant d'amour. A chaque pas, je veux murmurer les mots pour te séduire, afin, une fois encore, de t'arracher un «oui!», ce «oui» à nul autre pareil, comme seule tu peux l'offrir à tes adorateurs fidèles quand tu réponds, narquoise: Aller avec toi? Tranquillement? Ah non, peut-être!

Jean-Paul Chauvin (Lierneux)

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La métamorphose

de Bruxelles

Un soir, au «Kafka», un poète éméché beugla à qui ne voulait l'entendre qu'au fond, Bruxelles n'était qu'une ville quelconque, une ville banale comme il y en a cent, une ville comme il y en a mille. Personne ne prêta donc attention à ce propos aussi stupide que répandu. Personne, hormis Bruxelles qui se gratta aussitôt sous sa basilique, fronça son palais de justice et rota par la bouche de l'huissier qui venait de glisser un pro justicia dans la boîte aux lettres d'un pauvre bougre.

- Oh! Oh! s'emporta Bruxelles. Je ressemblerais donc à toutes les villes? Eh bien, voyons ça!

Et en moins de deux secondes, Bruxelles devint méconnaissable... ou plutôt si... elle se mit à ressembler comme deux gouttes d'eau à Londres.

Seul le poète éméché en question considéra cette métamorphose comme plaisante, comme un argument irréfutable de la pertinence de son propos.

- Ne l'avais-je pas dit? «broubela»-t-il en pissant dans le caniveau au pied de Big Ben.

Pour les autres habitants de la planète Terre, la confusion régna. Même les touristes japonais, et Dieu sait s'ils sont pourtant d'une indulgence infinie, se mirent à protester avec une rare vigueur du fait qu'ils devaient se taper deux fois la visite de Londres au cours de leur tour d'Europe en quatre jours. Quant aux députés européens, ils ne savaient plus où se réunir, une moitié des parlementaires se retrouvant siégeant à Bruxelles tandis que l'autre siégeait à Londres. Et les promoteurs immobiliers bruxellois ne retrouvaient plus leurs inénarrables chantiers, même ceux entamés la veille. Quant à la population bruxelloise, elle fit état d'une certaine perplexité quand elle vit par une fenêtre de Buckingham Palace, le roi Albert II tremper sa tartine au chocolat dans une tasse de thé!

Dirk Diederich (1040 Bruxelles)

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A vau-l'eau

J'ai mis un jeton dans la machine.

Derrière la vitre, les gens sortent du métro en courant. Ils s'engouffrent dans le tram qui les emportera chez eux. C'est une tache jaune au milieu du gris. Les portent se referment. On lâche les freins. les roues vont gravir la dure pente le long des rails, sans glisser. Des étincelles s'échappent des fils électriques. Un bruit de ferraille fait trembler les pavés lisses.

Il ne reste plus personne. La vague humaine est passée. La rue est seule. Seule avec ses maisons. Une grande bâtisse n'a plus de toit, plus de fenêtres. Elle est désormais habitée par le vent et la pluie. Sa façade raconte pourtant des histoires incroyables et pleines de vie. Le balcon rouillé pleure son passé. Comme ces jours où des petits pieds nus venaient le caresser et trébucher dans l'insouciance. Puis des pieds à talons accouraient pour relever les petits et les consoler. Et ils partaient tous les quatre, rassurés.

Quelqu'un frappe à la baie vitrée. Non, c'est la pluie. Ici, il fait chaud et je suis au sec. La machine gargouille à côté de moi.

Une marchande d'escargots tire sa charrette à bras. Elle est courbée par le vent. Si elle vendait des glaces, peut-être y aurait-il du soleil. Les lampadaires viennent de s'allumer. Des filets d'eau traversent leur cône de lumière. Comme des cordes. Droites et fines. La rue devient jaune. Les briques orange. Une cheminée expulse des tourbillons de fumée. Deux parapluies pressés traversent. L'un d'eux s'est retourné. Il ressemble à une fleur noire. Un iris de poussière.

La machine commence à vibrer. C'est le seul bruit de la pièce. Un bruit qui rassure.

Un klaxon nerveux passe devant des pneus qui crissent. Une sirène bleue déboule. Dans les trous du bitume, des gerbes d'eau brune se soulèvent. La nuit est vraiment tombée maintenant. Crachée des cumulonimbus. Les nuages forment une voûte épaisse au-dessus de Bruxelles. Ils lui donnent une couleur orangée et glaciale.

Un déclic retentit. Le voyant rouge de la machine s'est éteint. J'ouvre le hublot et je sors mon linge. Inutile de le sécher. Dans ma maison sans toit, il n'y a plus d'armoire pour le tenir au sec.

Stéphane Magron (adultes)

(1000 Bruxelles)

***

Embruxellement

Bruxelles

Ma douce belle

Tu es une curieuse dame

A la fois duchesse et putain

Risquant sans vergogne ton

[âme

Pour accueillir en ta ruelle

Soldats, barons et libertins.

Tu es une étonnante femme

Nymphe la nuit, le jour faunette

Maîtresse des jardins

Y cherchant l'amour en cachette

Ou t'égarer en fols chantiers,

Pourquoi jouer les demoiselles

Pour nous cacher la vérité

Puis accueillir en tes ruelles

Soldats, barons et libertins?

Fausse bourgeoise

Tendre catin

Ma Bruxelloise

Tu es mon étrange cité

Celle qu'il faut déshabiller

Pour en savourer la beauté.

J. Collette (Ophain)

***

Bruxelles, ma belle...

On connaît la chanson.

Change d'air!

Bruxelles, pas belle.

Bruxelles-la-gare.

Nord-Centrale-Midi.

Trilogie désaxée.

Cravates. Hypocrites.

[eurocrates.

Ils travaillent.

Je tends la main.

Hier, bière.

Aujourd'hui, aussi.

Demain...

Demain?

Tends ta main.

Je suis saoûl.

Toujours.

Jamais un sou.

Parc. Je me balade.

Gare Centrale. Je bois.

Minuit déjà.

Illuminée de ses mille feux, la

Grand-Place est comme moi.

Esseulée.

Sortant du Roy d'Espagne, un

[dragon.

Crachin-crachant, il m'allume.

Déboulant de sa cathédrale, un

[chevalier me sauve.

Saint-Michel toise la capitale.

Redoré, une fois de plus, il a

[terrassé le dragon.

La place est en feu.

Galopant, le galopin pisse.

Je me perds dans un dédale de

[ruelles, devisant avec un

[chevalier et un gamin qui n'a

[cesse de pisser.

En laisse, je traîne un dragon.

Arrivé devant une impasse, une

[marionnette me hèle.

Tout en bois, pas de long nez.

[Adieu Pinocchio!

Le gamin se met à pisser de la

[gueuze. Je revis.

Rempli d'ivresse, je laisse là

[mes nouveaux compagnons.

Je m'endors dans le parc Royal,

[face au palais.

Le roi dort.

Je m'endors.

Je suis le roi.

Capitale de lumière.

Europe sans frontières.

Ce parc est ma ville, mon

[royaume, mon empire.

Mon carton est du marbre.

Ma gueuze, le plus fin des

[champagnes.

Bruxelles, terre d'accueil.

Zone d'écueil.

Je suis le roi.

Nicolas Keszei (Overijse)

***

Bruxelles trottoir

Bruxelles bat la semelle

aux carrefours venteux

qui joignent dangereusement

d'imbéciles frontières

Mouvant au gré des rues,

la dalle, le pavé

la borne, la bordure

tout est dur à mon pied

chaussé à la va-vite

d'un lacet aminci

par l'usure

A Bruxelles quinze étoiles

tout est loin tout est près

sur le public espace

qui miroire une pluie

amicale je trouve

si secrètement on aime

la mouillure.

Quand le temps le permet,

quand le désir s'évade

on doit tout à la fois

et monter et descendre

de la forêt verdure

vers la cuve historique,

s'apprivoiser lentement

de tout det à peu près

éclectique et solide

aux odeurs passantes

du réseau tortueux

des ruelles enfouies

sous les chantiers multiples

qui forcent au détour

pour cause d'hyperspace.

Et ici comme ailleurs,

parcourir le pavé

qui borde les façades

ancestrales parures

vitrines des bourgeois

empourprés de gros sous

éveille depuis toujours

l'attente implicite

d'être par le hasard

complice d'un secret

de ceux qui les habitent,

sans toujours bien savoir

les maîtres architectes

qui de lignes en courbes

et les uns sur les autres,

des pires aux meilleurs

ont pu successivement

façonner cette ville

de briques et de pierres

d'aciers et de lumières

que les rues simplement

me donnent à frôler.

Bruxelles pourrait-il vivre

sans les pas anonymes

du quotidien passant

qui au fil des errances

y a pris ses racines...

Jean-François Vaes (adultes)

(1050 Bruxelles)

***

Bruxelles,

qu'est-ce que c'est?

Bruxelles, c'est tout petit, c'est aussi très grand. Cela dépend, d'où on se place, où on est né. C'est un grand village et pourtant pour moi, c'est surtout Boitsfort, avec au fond le bruit du train et tout près le bruit des gens. Ça papote, ça refait le monde, toujours avec ce petit accent entre français et flamand. A Bruxelles, on bouge, pas trop, on crée, un peu mais bien. On parle beaucoup du temps, on se plaint du politique et on aime sa maison. Et puis, au moindre rayon de soleil, Bruxelles grandit, s'illumine, les visages respirent, c'est bon, c'est calme, c'est un peu de campagne au milieu de la ville, ma ville...

Catherine Van Trappen

(adultes), 1170 Bruxelles.

***

Bruxelles, tu deviens quelque chose. On le voit en allant d'Evere à Saint-Luc ou de Jette à Ganshoren. Je sais, tu n'étais pas rien. Ta Grand-Place vaut toujours le détour, et tes Martyrs, au tombeau de nos jours mal honoré, témoignent encore de ce que les Bruxellois, les Wallons, et même des Flamands savaient refuser qu'on les opprime. Je salue ta renaissance et te dis: «Continue!»

Fernand Debreyne (adultes),

Ohain.

***

Nostalgie.

BRUXELLES. Que de jolis mots son nom recèle. J'errais dans ses -RU-E---S et ses RU-ELLES et chaque jour je la trouvais plus B---ELLE- encore. ----ELLE- riait comme une chanson de BR--EL---.

J'étais jeune et ce souvenir me BRU--L-E le coeur. Un peu de B-U-E--E- trouble mon regard.

Georges Sommeryns (adultes),

1070 Bruxelles.

***

Bruxelles, ville de brume, ville

[de pluie,

Souvent triste le jour, et

[presque toujours morte la nuit,

Ville froide, ville perdue,

Qui lentement s'endort et

[peut-être ne revient plus.

Bruxelles ville morte, ville

[oubliée,

Se tend dans un cri lourd vers le

[ciel encombré

Bruxelles tend en souffrant ses

[longs doigts vers les cieux

Bruxelles pleure et implore de

[ne pas être à deux.

On tire cette vieille femme

[éplorée

Vers le Sud et vers le Nord

On éventre une mère déjà

[déchirée

Par des enfants qui se battent

[trop fort.

Aime Bruxelles en son fond,

Aime Bruxelles en sauvage.

Bruxelles-Flamands ou

[Bruxelles-Wallons,

Bruxelles est avant tout

[Bruxelloise.

Sa patrie a l'âme verte

Et son coeur est doux et bon;

Sa patrie est terre ouverte,

Et non terre de trois régions.

Là est le courage, et là est la

[beauté

De cette ville sublime aux yeux

[de pierre

Que l'on épouse sans résister.

Bruxelles est belle sous la pluie,

Et elle chante dans chaque nuit,

Parce qu'elle tient dans sa main,

[en un unique morceau,

Le coeur et l'âme d'un peuple

Qui oublie qu'il est beau.

Chloé Sondervorst (juniors),

Lasne.