«Une vie entre Pékin et Budapest» La voie de l'amour passe par le silence

«Une vie entre Pékin et Budapest» La voie de l'amour passe par le silence

Dans les festivals, il est des films qui vivent des instants particuliers, en marge du flux. «Az Ut», traduit par «La voie» ou encore, façon road-movie, «Une vie entre Pékin et Budapest» comme nous le propose la RTBF, est du nombre.

Présenté en janvier dernier au Fipa, le Festival international des programmes audiovisuels de Biarritz, «Az Ut» est arrivé sur les écrans précédé d'une rumeur insistante: il fallait découvrir en primeur le dernier film du Hongrois Ferenc Moldovanyi, un habitué du Fipa puisqu'en 1996, Pierre-Henri Deleau avait déjà sélectionné son documentaire précédent, «Si on mangeait un castor». Autant emboîter le pas des festivaliers, pour qui le bouche-à-oreille est souvent le meilleur indicateur des valeurs en hausse.

La découverte était à la hauteur de la rumeur. Si «Une vie entre Pékin et Budapest» n'a pas séduit le jury, son écriture audiovisuelle très travaillée a au moins rencontré un public sous le charme...

Le héros du film est Liu Zhixian, un homme originaire du Sichuan, arrivé en 1990 à Budapest pour y faire fortune. Des dizaines de milliers de Chinois immigrèrent dans ces années-là en Hongrie, dans l'espoir d'une vie meilleure. En Chine, au temps de sa jeunesse, il avait été persécuté et humilié par sa femme et les maoïstes, en sa qualité d'ordure de type 9, c'est-à-dire un intellectuel contre-révolutionnaire. A Budapest, il est l'administrateur d'un magasin et vendeur de journaux dans le quartier chinois. Cinq ans plus tard, il se languit de son pays tout en recherchant l'âme soeur, d'agences matrimoniales en petites annonces. Pour revoir son fils Yanghe et faire la connaissance de mademoiselle Wu, une chanteuse habitant Pékin, Liu va refaire le voyage vers la Chine d'aujourd'hui...

Ferenc Moldovanyi raconte le road-movie mental de ce vieil homme: sa quête de l'amour impossible, sa culpabilité envers le fils abandonné, ses questions existentielles, son écartèlement entre l'Occident et l'Orient, du père vieillissant à l'enfant devenu homme. Le propos pourrait paraître banal mais le traitement original de l'image, de fulgurantes compositions comme la scène du jardin public, l'attention portée au non-dit transcendent cette «Vie entre Pékin et Budapest».

La quête de l'amour, où que l'on se trouve sur cette terre, constitue le sujet central du film. Ferenc Moldovanyi y insère une note d'humour et d'insolite, nimbant cette philosophie de l'amour d'une réflexion subtile sur le lien.

DOMINIQUE LEGRAND

«Une vie entre Pékin et Budapest»: La Deux, 21 h 05.