COMEDIEN, CHANTEUR ET COMPOSITEUR, ANDRE BURTON ETAIT UN FORMIDABLE TOUCHE-A-TOUT

Comédien, chanteur et compositeur

André Burton était

un formidable touche-à-tout

Comédien de théâtre et de cinéma, chanteur, compositeur et fantaisiste, interprète de Beckett, de Molière et de Feydeau, notre compatriote André Burton, qui vient de s'éteindre d'un cancer du pancréas, était un formidable touche-à-tout.

Ce furent sa gloire et son malheur, en ce pays, la Belgique - mais André vivait plutôt en « Brelgique» pour reprendre le titre d'une chanson de son copain André Bialek -, où l'on n'admet guère ceux qui mettent leur doigt doué dans toutes les pâtes et tant pis si leurs gâteaux sont succulents : pas de droit de vitrine ou, alors, dans le fond !

Trapu, la chevelure bouclée comme un Harpo Marx qui aurait trop porté l'amusante armoire du non-sense et ses tiroirs à humour, André était le genre d'artistes qui, surgissant à une terrasse du bois de la Cambre, après un détour par le théâtre de Poche, vous secouait l'épaule en criant : Dépêche-toi, va voir «Bananas», le film d'un nouveau venu nommé Woody Allen, cela vaut le détour. Ou qui, à la sortie du théâtre de l'Esprit Frappeur, vous happait par le bras et vous entraînait écouter un jeune chanteur anglais «qui en vaut la peine», rien moins que David Bowie !

Avec son ami, le cinéaste et homme de scène Richard Olivier, Burton apparut... gorille dans un court métrage décapant de Richard «Il y en a marre des bananes », en 1970. Avec Richard Olivier, André formait un couple de «frères choisis» à la vie, et malheureusement, à la mort. Dès 1967, maîtres en farces, délires et émotions, ils s'étaient réunis sur les planches de l'Esprit Frappeur dirigé par Albert-André Lheureux, pour monter un hilarant «Hippopotame si sympathique».

C'est toujours avec Olivier que Burton connut chez nous son succès le plus populaire en personnifiant, en 1976, le politicien américain Kissinger qui, lassé des affaires d'État, choisit de devenir une idole du show-business sous le nom de «Kingsinger». Au cinéma, outre de nombreux seconds rôles, on remarqua André dans «Ras-le-bol», un film antimilitariste de Michel Huisman, où il avait Christian Maillet pour partenaire. Maillet nous a quittés, lui aussi, récemment, et, pour l'instant, dans les caves de saint Pierre, ce grand comédien doit déboucher une bonne bouteille pour accueillir son pair André Burton.

Remarqué par Michel Bouquet, avec lequel il joua «En attendant Godot», André suivit ce maître des acteurs sur les scènes parisiennes où il interpréta, en sa compagnie, « Le Malade imaginaire». Chanteur et compositeur, André Burton admirait autant Elvis Presley que Boby Lapointe. C'était un rocker qui savait aussi jouer avec les beaux cailloux des mélodies et des mots. L'an passé, il enregistra son dernier disque, «Le Grand Balayeur». Il ignorait alors que la Camarde l'attendait déjà avec son balai définitif et, très amaigri, on le vit encore, à Paris, dans «L'Hôtel du libre-échange», de Feydeau. Burton a vécu jeune et il est mort jeune - la cinquantaine le frôlait. Quel plus beau compliment peut-on faire à un homme qui, toujours, conserva l'énergie et l'imagination de ses 16 ans ? Fréquenter Burton, c'était sentir sa chaleur humaine, enveloppante et amicale, qui dissolvait les soucis sur la pile de 100.000 idées à l'heure.

Il sera porté en terre, samedi, à 11 heures, au cimetière de Baulers, près de Nivelles, là où il fut enfant. Accompagnez André, il le mérite, lui qui aurait tant aimé chanter devant des foules innombrables, ce que le destin ne lui permit pas. À sa femme Isabelle et à ses enfants, j'apporte deux bouquets de fleurs en forme de maximes qu'André, je crois, aurait aimées : Le mot est la chair de l'idée et Non seulement, il faut avoir la chance d'avoir du talent, mais il faut aussi le talent d'avoir de la chance.

LUC HONOREZ