IL ETAIT L'ANCIEN HOMME FORT DU REGIME SYRIEN, DECES EN PRISON DE SALAH JEDID

Il était l'ancien homme fort du régime syrien

Décès en prison de Salah Jedid

Salah Jedid, ancien «homme fort» de la Syrie et adversaire acharné de Hafez el-Assad dans les années soixante, est décédé jeudi en prison à Damas, a-t-on appris à Paris auprès de sa famille. Salah Jedid, âgé de 69 ans, a été enterré vendredi dans son village natal à Doueïr-Baabda, dans la région de Lattaquié (nord-ouest de la Syrie) d'où est également originaire le chef de l'Etat syrien Hafez el-Assad, a-t-on précisé de même source. Après son décès dans la prison de Mezzé (dans la banlieue de Damas), il avait été tranféré à l'hôpital Techrine, un des principaux hôpitaux de la capitale syrienne, selon sa famille.

La mort de M. Jedid a été confirmée dimanche à Amman par un de ses anciens compagnons de détention Hakem Al-Fayez, récemment libéré, ainsi que par le Comité de défense des libertés démocratiques et des droits de l'homme en Syrie. Des parents lui avaient rendu visite en prison quelques jours avant sa mort. Selon les autorités syriennes, M. Jedid - emprisonné depuis 23 ans, ce qui en faisait un des plus anciens prisonniers politiques connus du monde - est décédé des suites d'une baisse de tension et d'une insuffisance rénale aiguë.

Bien que militaire de carrière, M. Jedid avait été de 1966 à 1970 le véritable dirigeant du «clan des civils», c'est-à-dire l'aile dure et radicale au sein du parti Baas (au pouvoir en Syrie), opposée au «clan des militaires» (dont l'homme fort était le général Hafez el-Assad). Nommé en 1964, chef d'état-major de l'armée syrienne, M. Jedid troquait deux ans plus tard, après l'éviction sanglante de l'équipe au pouvoir, l'uniforme pour le complet veston en se faisant nommer secrétaire général-adjoint du parti Baas.

Homme des coulisses mais politicien implacable, M. Jedid était, pour ses intimes, «un défenseur acharné de l'idéologie baasiste». Pendant ses années au pouvoir, il s'était farouchement opposé au clan dirigé par M. el-Assad (alors ministre de la Défense), à qui il reprochait notamment sa tiédeur à l'égard de la résistance palestinienne. Son engagement en faveur de la lutte armée palestinienne l'avait d'ailleurs conduit à diriger en Syrie l'organisation de la résistance palestinienne Saïka, de tendance baasiste.

Après son éviction par Hafez el-Assad du parti début 1969, Salah Jedid ainsi que le président syrien Nourrédine el-Atassi (récemment décédé dans un hôpital à Paris après avoir également passé 23 ans en prison) avaient été mis en résidence surveillée. Quelques mois plus tard, MM. Jedid et el-Atassi avaient été emprisonnés avec plusieurs de leurs compagnons. Un autre dirigeant de l'époque des années soixante, Moussa Jomaani, se trouve toujours dans les geôles syriennes. (AFP.)