L'Allemagne va juger des preneurs

L'Allemagne va juger des preneurs

d'otages qui, un an après les faits,

font encore bien des remous

L'hallucinante épopée des preneurs d'otages qui ont tenu en haleine toute l'Allemagne fédérale durant 54 heures en août 1988 et au cours de laquelle trois personnes ont trouvé la mort va connaître son épilogue judiciaire avec l'ouverture du procès des trois malfaiteurs devant un tribunal d'Essen (Ruhr, ouest de la RFA).

Hans Juergen Roesner (32 ans), Dieter Degowski (33 ans) et Marion Loeblich (35 ans) vont répondre notamment d'assassinats, tentatives d'assassinat et prise d'otages au cours d'un procès qui devrait mettre également en cause l'attitude des autorités, de la police et de la presse.

La sanglante odyssée à travers le nord de la RFA et jusqu'aux Pays-Bas des deux gangsters et de leur complice féminine commence comme un banal hold-up raté dans la petite ville de Gald-beck, dans la Ruhr, le mardi 16 août au matin.

Encerclés dans la banque, Roesner et Degowski négocient toute la journée avec la police, et finissent par s'enfuir avec 420.000 marks (8,4 millions de francs) et deux employées en otage. La police perd ensuite leur trace, jusqu'au spectaculaire détournement d'un bus des transports urbains de Brême le mercredi soir, à 200 kilomètres au nord de Gladbeck, avec une trentaine de personnes à bord.

En direct

Entre-temps, la compagne de Roesner, Marion Loeblich, est venue les rejoindre. Toute la suite de la cavale, de Brême à Hambourg puis de l'autre côté de la frontière germano-néerlandaise, se déroule en direct devant les caméras de télévision et les micros des reporters. Roesner, évadé de prison deux ans plus tôt en profitant d'un congé pénitentiaire après avoir purgé onze ans de détention, explique sur les ondes qu'il n'a plus rien à perdre et est prêt à se suicider si ses revendications ne sont pas satisfaites. C'est en cortège que gangsters, otages, policiers et journalistes traversent le nord du pays. La cohue est telle qu'une collision intervient, au cours de laquelle un policier de 31 ans est tué et un autre grièvement blessé.

Sur un parking de l'autoroute Brême-Hambourg, les policiers tentent en vain d'intervenir. Degowski abat alors froidement un jeune Italien de 15 ans, Emanuele Di Giorgio. Aux Pays-Bas, dans la nuit, les gangsters libèrent tous leurs otages sauf deux femmes et reviennent en RFA dans une puissante BMW 735i, toujours pistés par les journalistes pour qui ils tiennent une nouvelle conférence de presse jeudi dans les rues piétonnes de Cologne.

Fusillade

Leur macabre périple s'achève peu après sur l'autoroute Cologne-Francfort, à hauteur de Bonn, lorsque les unités spéciales de la police de Rhénanie-du-Nord-Westphalie les interceptent. Au cours de la violente fusillade, une des otages, Silke Bischoff (18 ans), est tuée par une balle issue du revolver de Roesner, selon l'autopsie.

Cette mortelle randonnée et son dénouement ont donné lieu à des polémiques, qui ne sont toujours pas retombées, concernant le rôle des autorités, de la police et des médias. Un an après les faits, des commissions d'enquêtes parlementaires sont toujours à l'oeuvre à Brême et en Rhénanie-du-Nord-Westphalie.

Les premiers rapports ont mis en cause les journalistes, accusés d'être sortis de leur rôle en servant de porte-parole aux preneurs d'otages, mais aussi la police, à qui il est reproché d'avoir laissé échapper des occasions de mettre fin en douceur au calvaire des otages, simplement à cause d'une mauvaise coordination ou de problèmes techniques.

Les autorités régionales ont enfin été vivement prises à partie par les journaux et l'opinion publique pour n'avoir pas fait appel à l'unité d'élite antiterroriste fédérale, le GSG-9, préférant favoriser l'action des policiers de leur Land (Etat régional).

A Brême, le sénateur (ministre régional) de l'Intérieur social-démocrate (SPD) Bernd Mayer a dû démissionner et son homologue de Düsseldorf Herbert Schnoor (SPD) est toujours menacé d'avoir à en faire autant. Ce procès, pour lequel 26 audiences sont prévues, devrait durer jusqu'au 15 novembre. (AFP.)