LA MORT DE GILLES BARBEDETTE UN ECRIVAIN QUI ETAIT AUSSI UN DECOUVREUR

La mort de Gilles Barbedette

Un écrivain qui était aussi

un découvreur

On a appris, mardi matin, la mort de Gilles Barbedette qui portait depuis des mois son mal, mal de notre époque - le sida -, avec la volonté de ne pas se laisser abattre. Il avait encore publié, à la dernière rentrée littéraire, deux ouvrages qui, envisagés ensemble, bouclaient d'une certaine manière son oeuvre littéraire.

«Une saison en enfance» (Hatier) tâchait de reconstituer ou d'inventer cette mémoire du temps d'autrefois, pas si lointain puisque Gilles Barbedette était né en 1956 à Rennes: Nous inventons nos souvenirs avant d'avoir l'âge de les raconter ou de les écrire, nous les fabriquons et nous les améliorons, à mesure que nous avançons dans l'existence. En se tournant vers ses jeunes années, l'auteur savait bien qu'il en était cependant déjà plus éloigné que de la seule distance du temps: Pourquoi s'accrocher aux plaisirs d'un âge lorsqu'on survit dans une saison hors d'âge?, écrivait-il.

En même temps, son troisième roman, «Baltimore» (Gallimard), lui attribuait une autre vie d'adulte, prolongeant son existence par le rêve. Raymond Aubrée, le personnage, linguiste et traducteur, a lui aussi plusieurs vies et peu de romanciers autant que Gilles Barbedette ont manifesté aussi vite le désir de s'inventer des doubles. À travers «Le Métromane» (Flammarion, 1985), «Les Volumes éphémères» (Gallimard, 1987) et surtout «Baltimore» (1991), Gilles Barbedette avait montré une maîtrise croissante. La maladie ne lui aura pas laissé le temps de la manifester une fois encore.

En 36 ans, il a cependant accompli bien des choses puisque, journaliste et critique littéraire - il collaborait au «Monde» -, il a aussi publié un essai sur la littérature qui rejoignait, de manière plus théorique, ses thèmes favoris: «L'Invitation au mensonge» (Gallimard). En outre, directeur de la collection de littérature étrangère des éditions Rivages où il a fait découvrir un grand nombre d'écrivains, notamment anglo-saxons (on pense à Alison Lurie, à David Lodge...), il était lui-même traducteur et avait donné à lire en français le «brouillon» de «Lolita», «L'Enchanteur» (Rivages, 1986). Avec Nabokov et les pièges que la fiction peut tendre au lecteur, Gilles Barbedette était non seulement en bonne compagnie mais aussi en pays de connaissance. Ses multiples activités garderont donc la marque d'une cohérence qui est le signe des fortes personnalités.

PIERRE MAURY