Le festival de Kanne, c'est une blague belge

Le festival de Kanne, c'est une blague belge

Ce n'est pas la Croisette, mais une croisière sur la Meuse qui a été choisie pour la naissance du premier «Festival de Kanne de Belgique 2000». C'est en effet à bord d'un bateau voguant entre Liège et le petit village de Kanne (commune de Riemst, à la frontière hollandaise) qu'ont eu lieu, ce samedi, les projections de la sélection officielle de ce nouveau festival bien belge.

Histoire d'assumer en plein l'homonymie avec Cannes,avec ses stars et ses paillettes, une partie des festivaliers s'étaient mis sur leur trente et un, ressortant belles robes et costumes de Nouvel An. Bref, l'ambiance était à la dérision, y compris dans les oeuvres qui constituent la sélection officielle. Héritier de feu le Festival du film lourd et d'essai, le Festival de Kanne concentre son attention sur les films «en marge»: Expérimentaux immontrables ou refusés partout, des films d'amateurs, des films se rattachant à l'art brut ou encore des films particulièrement hilarants une fois sortis de leur contexte (films d'entreprise, publi-reportages...) , expliquent les organisateurs.

Les dix-huit films sélectionnés cette année (1 h 40 au total) illustrent à merveille la palette des ressources du genre. En guise d'introduction: un «Rosetta II», prolongeant le lien inextinguible qui unit dorénavant les frères Dardenne et le Festival de Cannes - Rappelez-vous, l'année dernière Rosetta n'avait pas de travail, de vrai travail. Aujourd'hui les choses ont bien changé... Puis se succèdent les films muets délicieusement mutins de Jan Hammeneker; le film autopromotionnel d'un sosie de John- ny Halliday; un journal télévisé du paranormal réalisé par des adolescents; les incroyables souffrances de Didier Wechter, ébranlé par les autorévélations qu'il se fait lui-même à propos de l'affaire Dutroux; un spot publicitaire pour un resto-club échangiste flamand; un court métrage d'animation réalisé par des minimexés; un autre par des enfants; les séquences iconoclastes de «Monsieur Delmotte»; l'exquise amoralité de «Psst»; un extrait d'un film où des artistes conceptuels se prennent très au sérieux; une version revue et concentrée d'«Hamlet», etc.

Autant de films réalisés sans moyens qui touchent par leur drôlerie, leur poésie, leur décalage...

La croisière inaugurale Liège-Kanne-Liège étant faite, le Festival peut lui aussi voyager. Avant Dour, la sélection oficielle sera montrée à Bruxelles, dimanche 20 mai (au Nova, à 18 h et 22 h). Elle sera agrémentée de la projection d'un polar en super 8 réalisé par le Ciné-club de la Basse-Meuse (à 20 h) et par une rétrospective (à 16 h) des oeuvres de Lemy Cétol (un figurant passé derrière la caméra). Enfin, Bouli Lanners, Gérard Andrien et Stefan Liberski, les organisateurs, s'engagent déjà à ce que les prochaines éditions de cette biennale soient chaque fois pires que leur homonyme française...

ÉRIC RENETTE