DVD - Le feuilleton culte a été tourné en Belgique en 1968 La jeunesse des Galapiats n'est pas morte « Kitchissime, mais d'une fraîcheur unique » REPÈRES

DVDLe feuilleton culte a été tourné en Belgique en 1968

La jeunesse des Galapiats n'est pas morte

* La série télé mythique de la fin des années 60 a toujours continué à vivre dans le coeur de ses fans. Ceux-ci peuvent enfin voir les « Galapiats » en DVD.

JEAN-FRANÇOIS LAUWENS

Ils ne s'étaient plus vus depuis l'été 1968. Et la plupart n'avaient même pas remis les pieds en Belgique depuis cette époque de leurs 15 ans, une époque qu'ils avaient presque oubliée. C'est dire la surprise qui a été celle des acteurs des « Galapiats », vendredi dernier au Flagey, à Bruxelles, quand ils ont été accueillis tels des héros par le public de la soirée du cinquantenaire de la RTBF télévision.

En fait, tout les sépare aujourd'hui. A part Jean-Louis Blum (Byloke), magicien de renommée internationale, plus aucun de ces acteurs qui ont marqué une génération n'est dans le milieu. Thierry Bourdon (Patrick) est doubleur, François Mel (Lustucru) est dans les affaires, Béatrice Marcillac (Marion-des-Neiges) dans l'immobilier, Frédéric Néry (Franz) est infographiste, Marc Di Napoli (Cow-boy) est peintre - il a ouvert une galerie à Pont-Aven et possède un atelier à Concarneau. C'est lui qui, à la demande de la productrice Leslie Cable, a recherché ses anciens camarades pour cette soirée qui a tourné en véritable folie pour eux.

Car « Les Galapiats », ce n'est pas une histoire comme les autres. C'est celle d'une série télévisée qui, subitement, quitte le domaine strict de la télé pour devenir un véritable phénomène. Ce qui est incroyable, relève Marc Di Napoli, c'est que cette série était coproduite par les télévisions francophones (NDLR : la RTB, l'ORTF française, la SRC canadienne, la SSR suisse), mais elle est complètement passée inaperçue ailleurs qu'en Belgique, où son succès s'explique sans doute par l'identification forte aux paysages belges. Bizarrement, le seul pays où « Les Galapiats » a suscité un enthousiasme similaire à celui de la Belgique, c'est le Portugal ! Personnellement, on me reconnaissait beaucoup en Allemagne, d'où j'ai longtemps reçu un courrier énorme après avoir joué Huckleberry Finn dans une adaptation de « Tom Sawyer ». En France, on m'a beaucoup revu à la télé, notamment à cause de « Deux ans de vacances ». Mais, je le répète, ceux qui viennent me parler des « Galapiats », ce sont les Belges. Je suis persuadé que les souvenirs de l'adolescence marquent pour la vie. Dans ce cas, la série est aussi un symbole car, après, ce fut la déferlante de séries américaines,

dans lesquelles on peut difficilement se reconnaître.

Tourné en 1968, en couleur (pour les besoins de la coproduction) et en extérieur en Belgique, diffusé en noir et blanc sur la RTB dès l'hiver 1969, rediffusé en raison des nombreuses demandes du public, « Les Galapiats », la première mais presque aussi la dernière série télévisée filmée en Belgique, provoque un enthousiasme instantané chez les jeunes.

Il faut dire que, même si la chose a vieilli, le scénario tient encore bien la route. Prenez une énigme digne de celle du « Secret de la licorne », un esprit dans la lignée de la série « Signe de piste », des thèmes un peu scouts comme l'amitié, le groupe ou l'aventure, un ensemble de personnages qui n'est pas sans évoquer de grandes réussites de la BD (« La patrouille des Castors », de Mitacq et Charlier) ou de la littérature pour jeunes (« Le Club des Cinq », d'Enid Blyton), des décors mystérieux propres à notre pays : les Ardennes, les Fagnes, les grottes de Han, l'abbaye de Villers-la-Ville, Stavelot, le château de Vêves, le château de Beersel. Rajoutez-y des ingrédients propres à conquérir le public : des oubliettes, grottes, caves, énigmes, poursuites, brigands, un trésor et un brin de romantisme entre Jean-Loup et Marion-des-Neiges... Et vous obtenez un ensemble un rien désuet mais détonnant et imparable.

Fidèle parmi les fidèles, Bruno Loodts a créé un superbe site internet consacré à la série (lire nos Repères). Il tente d'expliquer la raison de ce succès : Les jeunes gens qui regardaient la série à l'époque ont aujourd'hui 40 ans. C'est l'heure des premiers bilans. On se demande ce qu'on a fait de sa vie et de ses rêves d'enfants ; les a-t-on mis au placard en devenant grands ? « Les Galapiats » nous permet de faire le trait d'union entre nos vies d'adultes et nos rêves d'enfants. Les revoir, c'est se prouver que notre jeunesse n'est pas morte.

Bizarrement, c'est un grand cinéaste français, Pierre Gaspard-Huit (« Le Capitaine Fracasse », avec Jean Marais, la série « Paul et Virginie », avec Véronique Jannot), qui signe le scénario (à l'époque publié sous le nom « Le Trésor du Château sans nom » dans la Bibliothèque verte) et la réalisation de cette aventure très belge. Dans le bonus, l'assistant belge, Robert Mayence, explique ainsi que Gapsard-Huit voulait à tout prix inclure dans le feuilleton une intervention des Blancs Moussis, dont il était tombé sous le charme. D'où la présence un peu tirée par les cheveux de cette congrégation folklorique de Stavelot qui, en raison des horaires du tournage, aura même accepté des femmes dans ses déguisements pour apparaître dans la série.

Dirigée par un Français, l'équipe de réalisation est majoritairement belge (Manu Bonmariage, notamment). De même, le casting fait très clairement la part des choses : les Galapiats sont tous des acteurs français (dont Béatrice Marcillac, fille d'une légende de l'ORTF, Raymond Marcillac, qui avait passé le casting à l'insu de son père), mais les seconds rôles enfantins sont belges, comme, du reste, les rôles d'adultes, issus pour la plupart du monde du théâtre (Frédéric Latin notamment).

Malgré leur succès de l'époque auprès des jeunes, les « Galapiats » auraient pu rester dans un coin de la mémoire de leurs fans sans jamais en sortir, attisant juste, de temps à autre, un accès de nostalgie. Mais en 2002, les choses prennent un autre tour. Dans leur émission « 5 heures » sur Radio 21, Hugues Dayez et Rudy Léonet lancent en boutade qu'ils vont organiser une nuit des « Galapiats » dans un cinéma de Stavelot. L'écho est tel qu'ils ne peuvent plus reculer et, le 27 avril 2002, le « Versailles » est pris d'assaut par des centaines de fans. A la sortie, une pétition demandant la sortie de la série en DVD est signée. Un an et demi plus tard, l'objet tant attendu est devenu réalité.·

« Kitchissime, mais d'une fraîcheur unique » ENTRETIEN

FERNAND LETIST

Hugues Dayez, alors, toujours « Galapiats » ? Vendredi, lors du gala des 50 ans de la RTBF télé, votre rencontre avec eux adultes fut un grand moment ?

Oui ! toujours « Galapiats » - mais je tiens à dire que je ne touche aucun pourcentage... Vendredi, l'occasion était trop belle. Rudy Léonet et moi sommes donc allés interviewer 5 des 7 comédiens de notre enfance (NDLR : lire ci-contre). On était frustrés de ne pas l'avoir fait auparavant. C'était la totale !

C'est quoi votre réel rapport à ce feuilleton ?

Pour moi, c'est une Belgique complètement fantasmée, qui abolissait le réel en un condensé touristique irréel allant du château de Beersel aux cascades de Coo. Mes premiers souvenirs remontent à mes 6 ans : ce sont des flashes assez sombres, avec des images de souterrains. Je l'ai revu plus tard et c'est vraiment comme un scénario de Jean-Michel Charlier adapté en feuilleton : très « Patrouille des castors ». C'est une tranche de Belgique au souffle romanesque et au parfum de BD. Mais revoir ce feuilleton, c'est encore plus drôle qu'une soirée d'Eurovision.

Vous vous moquez, donc ?

C'est évidemment kitchissime, avec des longueurs terribles, mais parallèlement, « Les Galapiats » dégagent une espèce de fraîcheur unique. Si je le regardais enfant au premier degré, aujourd'hui, j'y goûte bien sûr au troisième degré. Mais cela demeure émouvant

Le DVD est en quelque sorte la suite logique du revival Galapiats que vous aviez initié l'an dernier (lire ci-dessus) ?

A l'époque, nous avions évoqué la publication du feuilleton sur VHS ou DVD. 3.000 personnes avaient signé spontanément pour l'obtenir à sa sortie. Le temps a passé, et voilà le DVD. Sa sortie est accueillie avec un engouement qui laisse un peu sur le cul le département RTBF Editions, d'abord sceptique.

Ce qui est touchant, c'est que vendredi soir, à l'entrée du gala, des gens sont venus me remercier pour tout ce qui s'est fait et se fait autour des « Galapiats ». Mon seul regret, c'est que l'interview des Galapiats devenus grands que nous avons réalisée vendredi ne se trouve pas sur ce DVD...·

REPÈRES

L'intrigue. Un jeune Parisien, Jean-Loup, part passer ses vacances dans un camp des Ardennes belges. A son arrivée, il est admis dans le club des Sangliers. Après la rencontre d'un groupe concurrent, le noyau dur des Galapiats se compose de sept personnages : Jean-Loup, Bruno ou « Cow-boy », Patrick, Franz, Byloke, Lustucru, Marion-des-Neiges. En guise de grand jeu, un médiéviste de Stavelot met les jeunes gens sur la piste du trésor des chevaliers du Temple. Ils sont alors entraînés dans des péripéties à rebondissements, découvrent un trésor mais se heurtent, en abordant le Château sans Nom, à une bande de malfaiteurs en relation avec Londres. Que se cache-t-il derrière les murs du château ?

Le DVD. Le coffret mis en vente par Vintage Films et RTBF Editions comprend deux disques. On y trouve l'intégrale des huit épisodes (d'environ 25 minutes chacun) de la série : « Le camp vert », « Un grimoire et une énigme », « Le trésor des Templiers », « L'homme à la Rand Rover », « L'avion message », « Le pot aux roses », « La grande panique », « Le coup de filet ». Les bonus comprennent une présentation des lieux de tournage et des acteurs par Hugues Dayez et Rudy Léonet, une interview de l'assistant réalisateur, Robert Mayence, une séquence sur les Blancs Moussis de Stavelot et les souvenirs de la Nuit des Galapiats du 27 avril 2002.

Site. www.galapiats.be.

Sur Radio 21. Hugues Dayez (lire ci-contre) diffusera, ce mercredi 5 novembre à 18 h 15, l'interview des Galapiats présents vendredi dernier lors du gala des 50 ans de la RTBF télévision.