Première femme évêque pour l'Eglise

Première femme évêque pour l'Eglise

épiscopalienne

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

PERMANENT

Washington, 14 février.

Moment historique, à Boston, pour l'Eglise épiscopalienne, et sans doute pour toutes les Eglises chrétiennes qui professent que les évêques détiennent un mandat divin en tant que successeurs des apôtres. Devant huit mille personnes, dont beaucoup pleuraient de joie, l'évêque-président du culte, Edmond Browning a posé la question traditionnelle: «Si quelqu'un ici a une objection à ce que nous l'ordonnions comme évêque, qu'il parle.» Et cette fois, la question était chargée d'une signification sans précédent, car la personne qui allait recevoir l'ordination était une femme, Barbara Clementine Harris, 55 ans.

Immédiatement, un représentant de la Société du Livre de prière, l'aile militante conservatrice de l'Eglise, se leva pour dénoncer la consécration comme «une imposture sacrilège». Il fut suivi par un prêtre qui avertit que ce qui allait se passer allait à l'encontre d'une tradition vieille de deux mille ans. L'évêque Browning répliqua que ces objections avaient été minutieusement examinées depuis septembre dernier, avant que soit prise la décision de principe de consacrer Barbara Harris. Celle-ci reçut alors la mitre, tandis que l'assistance lui faisait une ovation debout qui allait se prolonger plusieurs minutes. Mozart, Haendel, Negro Spirituals (Mme Harris est Noire), la cérémonie allait durer trois pleines heures d'horloge.

De peu...

Pourtant, il s'en est fallu de peu que Barbara Harris ne soit pas consacrée. Les évêques sont élus dans le diocèse où ils vont servir, mais ce choix doit être ratifié par l'ensemble de la communauté. Soixante et une commissions formées de prêtres et de laïcs émirent un vote favorable, un de plus seulement que le chiffre nécessaire.

Le débat sur le rôle des femmes dans l'Eglise épiscopalienne remonte à 1970, lorsqu'on décida de les accepter comme diacres. En 1976, elles étaient admises à la prêtrise. Mais deux ans plus tôt, lors d'une cérémonie non autorisée, dans une paroisse de Philadelphie, qui comptait Barbara Harris parmi ses ouailles, onze femmes avaient été ordonnées prêtres. Aujourd'hui, dans le diocèse de Boston, le plus important du pays, les femmes représentent 20 % de l'effectif des prêtres.

L'Eglise épiscopalienne constitue le pendant américain de l'Eglise d'Angleterre, qui s'est séparée de Rome au XVIe siècle, sous Henry VIII. Elle s'est longtemps distinguée par son caractère patricien (Gorge Bush est épiscopalien), mais elle entend aujourd'hui pratiquer l'ouverture. «Les épiscopaliens sont généralement des gens qui appartiennent aux classes dirigeantes, qui ont du pouvoir», a dit, lors de la cérémonie, le mentor de Barbara Harris, le révérend noir Paul Washington. «Mais ils vous ont choisi pour évêque, vous qui n'avez pas d'influence dans ce monde. Vous qui n'êtes ni de sexe masculin ni de race blanche! C'est bien.»

L'archevêque de Canterbury, chef spirituel de l'Eglise anglicane, qui n'accepte pas que les femmes accèdent à la prêtrise, a néanmoins envoyé ses salutations à Barbara Harris.

FRANCIS UNWIN.