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DIXIEME ANNIVERSAIRE DE L'ASSASSINAT IMPUNI DU DELEGUE DE L'OLP A BRUXELLES. L'ASSASSIN DE NAIM KHADER EST-IL UN TUEUR...

Temps de lecture: 4 min

Dixième anniversaire de l'assassinat impuni du délégué de l'OLP à Bruxelles

L'assassin de Naïm Khader est-il

un tueur condamné à Vienne?

Cinq coups de feu, avenue des Scarabées, le 1er juin 1981: il y a dix ans, ce matin, Naïm Khader était assassiné.

Que sait-on de l'assassin de Naïm Khader, le représentant de l'OLP à Bruxelles? C'était un homme à moustache noire et portant lunettes. Dans l'avenue Huysmans, il abandonna un parapluie télescopique et un imperméable beige avec, dans une poche, un programme des cinémas Eldorado-Caméo-Variétés distribué quinze jours plus tôt, et un ticket de tram de la ligne 71, poinçonné à la Monnaie. Tout indiquait qu'il avait séjourné à Bruxelles depuis quelques semaines.

Premier à réagir, le bureau de l'OLP à Bruxelles mit en cause les services secrets israéliens. De son côté, le gouvernement israélien n'exclut pas l'oeuvre d'éléments irakiens. A Londres, Rocky Ryan, un ancien des unités spéciales de l'armée britannique (SAS), révéla avoir refusé ses services, dix jours plus tôt, à des individus appartenant à un mouvement extrémiste sioniste qui projetaient d'assassiner notamment Kadhafi, Yasser Arafat et le roi d'Arabie.

L'enquête judiciaire s'orienta d'abord sur «Juin noir», une organisation d'Abou Nidal (dissident de l'OLP, condamné à mort par l'organisation), parce qu'on lui attribuait trois attentats à la bombe commis un an plus tôt, jour pour jour, à l'ambassade d'Arabie Saoudite à Bruxelles, à Londres et devant un immeuble koweïtien à Paris.

A la mi-juillet 1981, des accusations furent lancées à Bruxelles et à Madrid à l'encontre de Marocains et orientèrent un moment l'enquête sur les services secrets libyens. L'attention des enquêteurs allait dès lors se concentrer sur l'Autriche.

Fin juillet, deux Palestiniens appartenant à un commando d'«Al Asifa» (une branche du Fatah-Conseil révolutionnaire fondé par Abou Nidal) arrivant de Damas furent arrêtés à l'aéroport de Vienne: Ahmed Khader Issa, porteur d'un passeport irakien, et Ali Mohammed Hamed, porteur d'un passeport sud-yéménite. Des documents en leur possession, indiquant qu'«Al Asifa» frapperait le 1er de chaque mois, permirent de les soupçonner de l'assassinat à Vienne, le 1er mai précédent, de Heinz Nittel, président des Amitiés austro-israéliennes, de l'assassinat de Naïm Khader à Bruxelles et d'un attentat préparé pour le 1er juillet, mais déjoué, contre le chancelier Kreiski. C'est ainsi qu'on allait attribuer également à ce groupe l'attentat contre Abou Daoud, qui fut blessé par balles à Varsovie le 1er août.

La suite des événements conforta la piste d'«Al Asifa», après la fusillade de la synagogue de Vienne à la fin août, bientôt suivie par les arrestations de deux autres Palestiniens: Hassan Marouan et Mohamed Rajid.

Deux commissions rogatoires belges furent envoyées à Vienne en septembre et octobre 1981. Les projectiles de l'attentat de Bruxelles correspondaient à l'arme utilisée pour l'attentat du 1er mai à Vienne contre Heinz Nittel. Dans les deux cas, l'auteur avait abandonné un vêtement en prenant la fuite (un anorak à Vienne, l'imper beige à Bruxelles) et, dans les deux cas, il portait des lunettes aux verres légèrement fumés, appartenant à Rajid. Ce dernier, condamné en Autriche, fait l'objet depuis 1982 d'une demande d'extradition par la Belgique.

L'assassinat de Naïm Khader fut encore évoqué à Bruxelles, en juillet 1982, par Issam Sartaoui (assassiné par un commando d'Abou Nidal au Portugal le 10 avril 1983), qui parla d'Abou Nidal et de manipulations irakiennes. Abou Ayat (assassiné en Tunisie l'année dernière) avait aussi parlé d'un groupe palestinien et de l'Irak.

Dans son livre «Mossad, un agent des services secrets israéliens parle», Victor Ostrovsky soutient cependant la thèse d'un assassinat commis par le Mossad. Selon lui, pour tenter de calmer les tensions entre Israéliens et Palestiniens au Sud-Liban, Yasser Arafat aurait demandé à Naïm Khader, en mars 1981, de prendre contact en Belgique avec des diplomates israéliens, ce qu'aurait appris le Mossad qui aurait commandité l'assassinat pour empêcher cette prise de contact.

Mais les détails donnés par Ostrovsky sur l'assassinat sont approximatifs: selon lui, Naïm Khader fut atteint par 6 balles (l'enquête a établi qu'il avait été touché de deux balles dans la tête, une au coeur et une au bras), le tueur aurait abandonné une veste beige (il s'agissait, on l'a vu, d'un imper).

Pour le dixième anniversaire de l'assassinat, la fondation Naïm Khader vient de publier en plaquette les «Histoires d'un pays oublié», dédiées «aux enfants de l'Intifada et à tous les soldats israéliens qui, dans les territoires occupés, mettront crosse en l'air». Et le 7 juin, un hommage lui sera rendu au palais des Congrès.

MICHEL DUBUISSON

et RENÉ HAQUIN

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