FESTIVAL D'AIX-EN-PROVENCE, "LE COMTE D'ORY", UNE SAGE MECANIQUE ROSSINIENNE

Temps de lecture: 4 min

Festival d'Aix-en-Provence

«Le Comte d'Ory», une sage mécanique rossinienne

Aux côtés de Mozart,- Rossini fait figure d'hôte privilégié du Festival- d'Aix-en-Provence.

AIX-EN-PROVENCE

De notre envoyée spéciale

Il lui a offert des soirées inoubliables et le ciel de l'Archevêché palpite encore des envols de «Sémiramis» et de «Tancrède»... parmi d'autres. L'âge d'or est-il définitivement clos ?

Le cru de cette année n'est certes pas déshonorant; il est correct, sans génie. Louis Erlo a confié au metteur en scène Marcel Maréchal (1) une pochade écrite pour le public français en 1828 : «le Comte Ory». Le livret d'Eugène Scribe et de Charles Gaspard Delestre-Poirson, inspiré d'une chanson picarde, ne raffine pas dans la dentelle et il faut tout l'art de Rossini, recettes éculées y comprises, pour que l'on puisse savourer «al dente» cette histoire de chevaliers-soudards grivois travestis en nonnes pour monter à l'assaut de la belle Adèle et de ses compagnes enfermées dans leur château et qui se languissent de leurs maris batifolant aux croisades !

L'ART D'ACCOMMODER

Rossini a puisé sans vergogne dans sa partition alors peu connue du «Voyage à Reims» (1825), se contentant, pour une bonne part de l'oeuvre, d'y adapter d'autres paroles ! Ainsi troque-t-il le récit d'une bataille contre celui d'un pillage de cellier en remplaçant simplement les noms des régiments par celui des cuvées...

D'une virtuosité redoutable pour les gosiers mâles et femelles, la partition est un catalogue brillant des malices lyriques du maître de Pesaro: crescendos en verve, répétitions en cascades, ensembles d'horlogerie, effets d'orchestration et de modulation qui sont autant d'appels du pied à l'homme de théâtre qui veut s'en servir... Et Marcel Maréchal d'embrayer avec humour et un réel sens musical, mais qui dépasse rarement le comique attendu et qui finalement ne nous surprend guère. Comment trouver le point exact de l'équilibre qui évitera à une oeuvre de ce type de verser dans la farce d'une opérette peu racée ? Maréchal a soigneusement mis en exergue chaque moment plus élégiaque (le rôle d'Adèle et de son page amoureux, Isolier); on le devine sur ses gardes pour ne pas surenchérir aux situations égrillardes, tout en collant au plus près aux suggestions de la partition, mais Rossini n'attend-il pas d'être dépassé par la mécanique qu'il a lui-même mise en route ?

Côté décor (Nicolas Sire), tout se passe dans la stylisation naïve d'un Moyen Age d'enluminure : une tour de château en spirale (en carton-pâte qui se déroule à volonté), une herbe plus bleue que verte et deux petits arbres ronds aux fruits dorés, une sorte d'épure, appuyée par les teintes nettes des costumes (Agostino Cavalca) : blanc et champagne pour ces dames, rouge et noir pour ces messieurs, sans oublier les amusantes cornettes de leur état de nonnes en folie !

VIRTUOSES CONVALESCENTS

Côté distribution, on a frôlé la catastrophe car de méchants virus prennent un vilain plaisir cet été à traquer ténor et soprano... les deux rôles principaux ! Sumi Jo, en bonne voie de guérison, s'est affirmée au fil de l'opéra, avec sa manière bien à elle de parfait rossignol appliqué qui ne frémit que trop rarement. William Matteuzzi, presque aphone en début de spectacle, a vaillamment tenté d'assumer cette étrange combinaison d'une vocalité subtile, virtuose, avec le personnage de bouffon lubrique qu'est celui du comte Ory face à l'adorable page qu'incarne Marie-Ange Todorovitch, une valeur sûre de la jeune génération française, tout comme Jean-Luc Chaignaud (Raimbaud), un baryton d'un beau timbre franc, à l'excellente diction. Grégory Reinhart remplaçait correctement Natale de Carolis initialement prévu dans le rôle du gouverneur qui n'a pas daigné honorer son contrat, murmure-t-on ici !

Les choeurs du festival, dirigés par Hans de Gilde, prenaient un évident plaisir à s'ébrouer dans cette partition qui leur réserve des pages tout aussi virtuoses que celles des premiers rôles. Et l'on retrouvait dans la fosse de l'Archevêché les jeunes talents de l'Orchestre européen du Festival, plus dynamisés par la baguette à la fois précise et imagée d'Evelino Pido que par celle de Jeffrey Tate la veille dans «Cosi fan Tutte». Du beau travail qui n'a certes pas encore cette once d'épices qui vous enivrent et vous fait entrer de gré ou de force dans le tourbillon rossinien.

MICHÈLE FRICHE

(1) Marcel Maréchal vient de quitter son théâtre de la Criée de Marseille pour prendre en main le théâtre du Rond-Point à Paris. Comédien autant que metteur en scène, il n'a à son actif qu'une seule mise en scène lyrique : «Carmen» (1981).

Prochaines représentations : les 18, 23, 28 et 30 juillet.

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