LE HAINAUT TERRE D'ARTISTES(II) LA PROVINCE AUX PETITS SOINS POUR CONSTANT MONTALD HEUREUSE REMISE A FLOTS DE LA "BARQUE IDEALE

Le Hainaut terre d'artistes (II): la province aux petits soins pour Constant Montald

L'heureuse remise à flots de la «Barque de l'Ideal»

Parmi les 3.000 oeuvres très diverses que possède la province de Hainaut, l'histoire très chahutée de «la Barque de l'Idéal», pièce maîtresse de l'artiste d'origine gantoise Constant Montald, mérite assurément d'être comptée. La Barque de l'Idéal a glissé silencieusement sur les eaux calmes et profondes pour venir prendre à son bord deux hommes dans la fleur de l'âge, décrit Germain Van Herreweghe, biographe de Montald. Une jeune femme les y invite d'un geste engageant et aimable à la fois. Debout dans la frêle esquif, deux de ses compagnes sont prêtes à les accueillir pour les mener vers le but suprême, vers la beauté éternelle, vers le bonheur élyséen. Depuis quelques mois, cette peinture sur toile, véritablement maudite, séduit à nouveau les visiteurs du musée d'Art moderne de Bruxelles avant, sans doute, de regagner le Hainaut. Mais que de péripéties pour en arriver là...

«La Barque de l'Idéal» fut réalisée en 1907 et était destinée avec deux autres tableaux aussi monumentaux à décorer l'entrée du musée d'Art ancien de la capitale, puis faillit bien aboutir au Palais des Beaux-Arts. Sans succès toutefois: la Commission directrice des musées rejetta Montald et son oeuvre jugée peu conforme au travail de l'architecte des lieux, Balat. L'artiste, pourtant reconnu, professeur de Magritte, Anto Carte et Delvaux, restera marqué par cet échec. Il meurt en 1944. Entretemps, la critique a salué «La Barque de l'Idéal», mais l'oeuvre reste encombrante et l'héritier du peintre lui cherche une destination.

Ce sera le musée des Beaux-Arts de Mons dans un premier temps. En 47, la toile y est exposée et mise en vente pour la somme de 50.000 F. La ville songe un moment à l'acquérir pour décorer le théatre, puis la province de Hainaut et le député permanent Alexandre André se mettent sur les rangs et finissent par se décider le 9 septembre 1949. Désormais pièce majeure du patrimoine provincial, «La Barque de l'Ideal» échappe de justesse, quelques mois plus tard, à un incendie qui se produit dans les caves du musée communal où elle végète. Une bande d'une cinquantaine de centimètres est toutefois irrécupérable. Les personnages sont épargnés. Si cette amputation a une explication, la disparition de la partie représentant la barque reste à ce jour un mystère.

Mais l'oeuvre est sauvée et il convient de lui trouver une destination. L'autorité provinciale la «confie» aux Écoles techniques de Saint-Ghislain où elle restera accrochée, dans un escalier forcément très fréquenté, jusqu'au 26 février 1992. Le temps, les variations climatiques et les potaches, pas toujours très respectueux, réduisent le chef-d'oeuvre de Montald à bien peu de choses. Le Service des arts plastiques est conscient de l'urgence qu'il y a à trouver une solution. Un million serait nécessaire pour sauver et restaurer l'oeuvre. Ce serait ruineux pour la province. En 1991, la Fondation Roi Baudouin vient à la rescousse de la Barque, de Montald et du Hainaut. Un dossier est présenté dans le cadre de l'opération «SOS Grandes Toiles». Il est retenu parmi une vingtaine d'autres sur les 700 candidatures enregistrées.

La toile est évidemment dans un état lamentable. Un acte de vandalisme l'avait même privé d'un morceau de toile d'un mètre de long. Sans châssis durant tant d'années, l'oeuvre s'était déformée, affaiblie. Il fallut tout le talent de Philippe Englebert et Suzanne Schwab, restaurateurs à Liège, pour réparer les outrages subis par le chef-d'oeuvre de Constant Montald. Depuis quelques mois donc, on peut l'admirer dans une version réduite mais sans doute définitive (400 x 505 cm) au Musée d'Art moderne de Bruxelles où elle a rejoint «La Fontaine de l'inspiration» du même auteur. En Hainaut, on ne désespère pas de voir cette grande peinture bleu et or regagner un jour sa terre d'adoption. Encore faudrait-il, cette fois, lui trouver un hébergement digne de sa splendeur.

ERIC DEFFET

La Fondation Roi Baudouin a publié un intéressant fascicule sur l'histoire et le sauvetage de «La Barque de l'Idéal». Renseignements: 02/511.18.40.

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