Namur Gros plan sur les vitrines du centre-ville Les commerçants parlent boutique Les rues de l'Ange et de Fer restent les plus chères Une situation, trois perceptions La renaissance du bâtiment Givord

Namur Gros plan sur les vitrines du centre-ville Les commerçants parlent boutique

La galerie de l'Ange fait peau neuve. L'immeuble Givord va devenir un centre commercial. Les nouveaux restaurants fleurissent. Autant de signes qui font penser que les commerces, dans la capitale wallonne, se portent bien. Info ou intox?

DOSSIER

CORINNE BODART

L'herbe est toujours plus verte chez le voisin. Lorsque l'on entend certains commerçants du centre-ville namurois, on a l'impression qu'ils vivent une situation difficile: le plan de circulation ne leur convient pas, il n'y a pas assez de parkings, certains quartiers sont défavorisés... Jean-Luc Maquet, président de l'Association des commerçants, nous livre ses impressions. Avec la prudence qui le caractérise.

Comment se porte le commerce au centre-ville?

Il suffit de se rendre sur place pour le savoir! Malgré les différentes critiques énoncées au sujet du plan de circulation - dont certaines sont fondées, notamment sur les mesures d'accompagnement du plan Transitec - ou sur les parkings, le centre-ville est loin d'être vide et mort. Mais il est certain que davantage de places de parking ferait passer la capitale de la Wallonie de vivante à hyper-vivante.

Ce commerce a pourtant évolué au cours des dernières années?

En effet. Sur les vingt dernières années, le nombre de commerces a effectivement augmenté. Entre 1987 et 1995, la corbeille a accueilli 30 % de magasins en plus. Autre changement: le type de commerçants. Nous sommes passés des propriétaires indépendants aux succursalistes. De plus, sur les dix dernières années, on observe de plus en plus d'implantations en périphérie. Le prix plus bas du mètre carré et les facilités de parking expliquent sans aucun doute cette dernière constatation (voir par ailleurs).

N'y a-t-il pas d'autres explications à ces changements?

On peut également parler de cycle. Dans les années 80, les gros commerçants namurois du prêt-à-porter ont commencé à subir la concurrence des boutiques. Les premiers ont disparu au profit des seconds. Aujourd'hui, les boutiques souffrent face aux grandes surfaces. Les nouvelles enseignes ne sont plus majoritairement celles de commerçants locaux mais celles des groupes internationaux. Qui peut prédire le prochain cycle?

Quelles sont les conséquences concrètes du cycle actuel?

On constate une diversification moins grande des commerces. Ainsi qu'une forte concentration dans l'horeca et le prêt-à-porter (voir infographie). Et la disparition de certains types de commerces: quincaillerie, magasins d'informatique, etc.

« Entre 1987 et 1995,

la corbeille

a accueilli

30 % de magasins

en plus

Et donc une concurrence accrue entre les commerces offrant les mêmes services?

Oui, mais le pouvoir d'achat, lui, est resté globalement le même. Par contre, de nouvelles dépenses, comme la téléphonie mobile ou encore la décoration et les voyages, aujourd'hui, sont apparues. Parallèlement à cela, les commerçants ont vu leurs charges augmenter. Conséquence, il faut se spécialiser, gérer au plus juste et s'acquitter des nombreuses obligations administratives. Certains le ressentent plus que d'autres.

Quels sont les plus touchés ?

On dénombre 1.144 commerces dans la corbeille namuroise. En 2001, on a constaté une rotation de 159 commerces. En fait, dès que l'on sort de l'hyper-centre (rues de l'Ange, de Fer et piétonnier), cette rotation se fait davantage sentir. Dans l'hyper-centre, on dénombre 850 commerces dont 112 à louer (13,1 %). Dans le reste de la corbeille, sur les 294 commerces, 92 sont à louer (31,5 %).

Pourquoi ces commerces-là?

En partie, par le fait que ce sont les artères d'arrivée au centre-ville qui ont été plus touchées par la concurrence des grandes surfaces. De même, il y a moins d'habitants dans le centre-ville, et certains commerces ont perdu cette clientèle.

Peut-on dire qu'il existe de mauvais emplacements commerciaux?

Les commerçants du passage de la Gare (NDLR: ceux qui restent ne sont plus très nombreux), par exemple, se plaignent de l'aménagement peu heureux de ce passage. Et on ne peut pas vraiment leur donner tort. Mais, là aussi, c'est un peu cyclique. Il existe un phénomène de balancier. Un quartier prospère, un autre voit ses prix baisser jusqu'au jour où le dynamisme se remet en route.

Aujourd'hui, peut-on dire qu'il existe trop de commerces dans le centre-ville?

Vous savez, le marché namurois n'est pas extensible. Seulement, aujourd'hui, dès qu'un promoteur pose un bloc de béton quelque part, il crée aussi des surfaces commerciales. Soit cela marche, soit cela reste vide. Des paris restent à gagner. Comme, par exemple, celui du nouveau cinéma à Jambes ou encore celui de l'immeuble Givord (voir par ailleurs). Mon espoir est, bien évidemment, que ces nouveaux défis soient relevés avec succès.

Les rues de l'Ange et de Fer restent les plus chères

ENTRETIEN

Nom. de Sauvage.

Prénom. Paul.

Age. 38 ans.

Profession. Gérant d'Actimmo, expert et agent immobilier.

Concurrence accrue, arrivée des grandes enseignes internationales,... Autant d'éléments qui ont dû ou doivent encore influencer les loyers des surfaces commerciales. Paul de Sauvage, gérant de l'agence immobilière Actimmo, s'est penché, à notre demande, sur la question.

Quel regard portez-vous sur l'évolution des loyers commerciaux du centre-ville?

Il est clair que l'on peut parler d'une augmentation des loyers au cours des dix dernières années. Cependant, à l'heure actuelle, il semblerait que le marché soit stabilisé. Mais il faut faire attention avec ce type de généralité car la valeur d'un loyer dépend de nombreux critères.

Ces critères sont-ils définis à ce stade?

On peut parler de la situation d'un immeuble, sa situation dans la ville mais aussi dans la rue. La largeur de la façade est également à prendre en compte, comme la superficie, la visibilité, le sens de circulation, le voisinage, l'état de l'immeuble, le type de bail, le pas de porte,... Autant d'éléments à prendre en compte lorsque l'on parle de loyers commerciaux.

Cela n'empêche pas la définition d'une tendance de prix.

Je différencierais deux «axes» principaux. Le premier serait celui des rues de Fer, de l'Ange et Marchovelette. C'est là que les loyers sont les plus élevés - environ 600 euros le m2 par an. Avec, à nouveau, de nombreuses nuances qui peuvent faire varier cette moyenne de 30 à 40%.

Et quel est l'autre axe principal?

Le deuxième axe serait composé des rues des Croisiers, des Carmes, Saint-Jacques, de l'Ouvrage, du Président, Haute Marcelle et de la Croix. Les loyers tournent aux alentours de 300 euros par m2 et par an. A titre d'exemple, un loyer de 870 à 1.240 euros par mois pour un commerce de 50 m 2 est un prix raisonnable.

Quels sont les tarifs du côté des zones extérieures?

La moyenne des loyers se situe aux alentours de 75 euros par m 2 et par an pour les commerces en périphérie qui vont de 300 à 2.000 m2 .

Peut-on parler d'un troisième axe moins porteur?

L'axe qui s'est un peu effondré ces derniers temps, est celui de la rue Rogier et de la galerie Wérenne (passage de la gare).

A quoi doit-on le déclin ou l'apogée d'une rue commerçante?

Les aménagements urbains, l'arrivée d'un parking et la circulation influencent cette évolution. Par exemple, les commerçants de la rue Rogier ont observé que l'intensification du trafic, notamment des bus, et les places de parking supprimées sont en partie responsables du déclin de ce quartier. Les propriétaires sont également responsables. Entretenir un bâtiment est un élément déterminant. Comme le fait d'avoir des enseignes porteuses.

A propos d'enseignes porteuses, peut-on considérer que l'arrivée des grandes marques internationales est en partie responsable de l'inflation de certains loyers?

Les grandes enseignes sont prêtes à débourser vite et beaucoup mais elles sont également prêtes à partir aussi vite. On estime que si leur rentabilité n'est pas bonne au bout de 3 ans, elles partent. Alors oui, certains loyers semblent élevés mais, là encore, il faut prendre des précautions.

Comment voyez-vous l'avenir du commerce à Namur?

Le «boum» du quartier Saint-Jacques pourrait s'étendre à la rue de Bruxelles. On observe déjà une accentuation de l'horeca liée à la présence estudiantine. Avec le complexe cinématographique de la dalle de la gare, on pourrait voir le boulevard Mélot se redynamiser. Les loyers ne sont pas aussi élevés que ceux des commerces situés en face de la gare et pourtant, il y a du passage. Enfin, si le quartier des Célestines devient réellement attractif, la rue Rogier devrait pouvoir en bénéficier. Mais tout reste avec un grand point d'interrogation car, finalement, le grand décideur reste le client.

Une situation, trois perceptions

RÉACTIONS

Ils sont installés depuis des dizaines d'années au centre de Namur, dans le haut ou le bas de la ville. Trois commerçants réagissent sur l'évolution du commerce. Des réactions plutôt contrastées.

*Christiane Bertrand, chocolatier, rue des Croisiers. C'est de pire en pire. On supprime les parkings, les clients ne savent plus se garer. Conséquence: Namur se vide. Et cela fait le bonheur des grandes surfaces. C'est triste. Lorsque nous étions rue de Bruxelles - avant 1960 -, la circulation était encore dans les deux sens, et je peux vous dire que les commerces étaient magnifiques. Nous n'avons jamais tant vendu. Moi, ma vie est faite, mais, aujourd'hui, j'ai peur pour mon fils qui reprend les affaires. Cela va être dur pour les jeunes.

*Pierre Delahaut, cafés/thés, rue de l'Ange. Ce qui m'a le plus frappé, c'est le tort causé par les grandes surfaces. Mais nous ne nous plaignons pas. Nous avons commencé par déménager, en 1949, de la rue Notre-Dame vers la rue de l'Ange. Nous nous sommes spécialisés dans le café et le thé - auparavant, nous faisions l'alimentation générale -, et cela reste un bon créneau. Nous travaillons tous les jours de 7 h 30 à 18 heures et je n'ai pris congé que deux fois dans ma vie. Nous travaillons en famille et nous avons aussi des employés... Je veux dire par là qu'avec un bon produit et un magasin sympa on va déjà très loin.

*Etienne Cornet d'Elzius, armurier, rue Rogier. La dégradation est très nette. Notamment dans ma rue. Lorsque je me suis installé, en 1971, la rue Rogier était une rue commerçante importante. Aujourd'hui, elle est tombée en déconfiture, et 35 % des commerces - je les ai comptés moi-même - sont soit en faillite soit en cessation d'activités. Seront-ils repris? Difficile à dire. A l'heure actuelle, la rue ne compte plus que 2 ou 3 commerçants de moins de 30 ans. C'est une réponse, non?

La renaissance du bâtiment Givord

Depuis plus de deux ans, les vitrines du bâtiment Givord, situé rue Saint-Loup, ne sont plus éclairées. Seule une baignoire, sorte de rescapée de la salle d'exposition des sanitaires Givord, reste comme témoin pour rappeler aux Namurois le temps où l'entreprise familiale avait ses activités dans le piétonnier. Aujourd'hui, l'avenir de l'immeuble se dessine sur des plans architecturaux. Cet avenir sera commercial.

L'homme à la base de ce nouveau projet est le mari de l'une des filles Givord. Propriétaire, avec son épouse, de ce patrimoine familial, Frédéric Iovleff a décidé de faire revivre cette bâtisse. Comment? En faisant de cet immeuble, un vaisseau amiral de la vieille ville, nous explique-t-il. En répondant à certaines attentes de dynamisme commercial dans cette partie du piétonnier.

Une enseigne forte

Première étape du projet: la rénovation en profondeur de l'immeuble pour offrir une surface commerciale de quelque 1.300 m2 lumineuse, jouant sur différents niveaux. Coût global de l'opération: entre 1.983.148 et 2.478.935 euros. Ensuite, louer cette surface de préférence dans sa totalité.

L'idée n'est pas de créer une nouvelle galerie marchande mais de louer cet espace à une enseigne forte. De quel type? Il pourrait s'agir d'une grande marque de décoration d'intérieure ou d'habillement.

Par ailleurs, les noms de la Fnac ou de Virgin sont également avancés. Des noms souvent agités sous le nez des Namurois. Soyons clair, pour une entreprise comme la Fnac, s'implanter à Namur n'est pas une priorité. Mais si on peut lui offrir un site et des conditions d'exploitation lui convenant, elle est intéressée.

En attendant de connaître le résultat de ces négociations et donc le nom de l'heureux locataire, le planning s'établit comme ceci: réponse pour le permis de bâtir d'ici deux mois, début des travaux annoncé pour le dernier trimestre 2002 et commercialisation dans les premiers jours de l'année 2003.