Paul Deprez

Le 14 février, Paul Deprez se mettra en route pour relier la Belgique à l’Afrique à pied. Pour son projet Pied NOMAde, cet homme de 48 ans devra parcourir 3.800 km en un peu plus de trois mois. Les fonds qu’il récoltera iront directement à la fondation Hymne aux enfants. Cette ONG vient en aide aux enfants du Burkina Faso atteints de la maladie de Noma, une gangrène qui leur dévore littéralement le visage. « Ce n’est pas une maladie génétique. Elle est uniquement due à la malnutrition, à une hygiène déficiente et à un stress médical provoqué par de nombreuses maladies infantiles. L’origine de tout ça, c’est la pauvreté. Et rien d’autre », se révolte Paul Deprez. La fondation offre aux enfants un centre d’accueil et de soins. Mais elle travaille aussi sur la prévention et le suivi des enfants afin de leur assurer la meilleure réinsertion possible.

A la suite d’un reportage sur la chirurgie réparatrice, Paul Deprez découvre le Noma et se rend compte de la souffrance et des difficultés causées par cette gangrène. Par tous les moyens, il tente de rencontrer les responsables d’Hymne aux enfants, et y parvient. Et quelque mois plus tard, il crée la branche belge de la fondation. Le créateur de cette nouvelle association est aujourd’hui devenu un électron libre : « Je ne suis plus membre, je n’ai plus de statut officiel. » Mais son engagement pour les enfants n’en est pas moins grand : « Je ne suis pas juriste pour aller défendre des dossiers à l’Europe. Mais marcher, c’est dans mes compétences. »

Pour aider les autres, ce père divorcé devra laisser à la maison sa fille de 18 ans et ses deux fils, de 14 et 16 ans, pendant 97 jours. Il reviendra tout juste pour les examens de juin. Ils garderont contact via GSM, e-mail et le site internet du projet (www.piednomade.be) sur lequel apparaîtra tous les jours le carnet de route de Paul Deprez.

Né dans une famille liégeoise de sept enfants, Paul Deprez a toujours eu des liens très forts avec ses frères et sœurs, qui l’aident dans son projet : « Mon frère Pierre s’occupe du côté communication et visibilité dans les médias, ma sœur aînée, Anne, représente la fondation et Claire, une autre de mes sœurs, gère tout ce qui est photographie. Mon père vient encore de travailler toute une journée pour mon projet et j’ai aussi un beau-frère qui se charge des comptes. » Il faut dire que la famille a toujours été impliquée dans des associations. La maman, Annie Deprez, est elle-même à l’origine de l’ONG « Miel Maya Honing » qui vend du miel en provenance du Guatemala.

Sa générosité, son envie d’aider les autres, Pierre Deprez les puise aussi dans l’univers des paracommandos où il a effectué son service militaire : « J’ai découvert des gens remplis de générosité, toujours prêts à donner un coup de main. Malheureusement, tout cela était incompatible avec une vie de famille. Et cette envie était plus forte, alors je n’ai pas continué. »

Avant son service, il avait été émancipé pour pouvoir devenir indépendant en exploitation forestière. Il a aussi obtenu son diplôme de technicien en sylviculture, à Spa, puis d’éleveur de moutons, à Paris. Après avoir été berger dans plusieurs régions de France comme les Pyrénées et l’Aveyron, Paul Deprez est revenu en Belgique et a fini par s’installer dans les alentours de Chimay, bien loin de sa terre liégeoise natale. « Venir ici, c’était quitter mes racines de manière définitive. Il a fallu du temps pour recréer des relations. »

Aujourd’hui, le Rotary de Chimay s’est investi dans son projet. Pendant les 97 jours du voyage, le président se charge de lui trouver un hébergement : « En principe, chaque soir, je serai accueilli chez un membre du Rotary. » Et si pour des raisons pratiques ce n’était pas possible, le club lui trouverait toujours une auberge ou un hôtel. Le Rotary apporte également un important soutien financier, bien utile parce que les besoins de la fondation sont de plus en plus importants. « Au Burkina, les parents ne font pas la différence entre un Noma et une tumeur cancéreuse au visage. On ne peut pas refuser leur enfant sous prétexte qu’il ne s’agit pas de la bonne maladie. Pour des raisons humaines, techniques et psychologiques, il faudrait créer un deuxième centre pour séparer les enfants touchés par les deux types différents de pathologie. »

Le site internet de Pied NOMAde propose à environ 35 groupes de rejoindre virtuellement l’Afrique avec Paul Deprez et de parrainer les étapes du voyage. Les membres d’une chorale, un groupe de motards, les habitants d’un quartier, les infirmières d’un hôpital et d’autres encore ont déjà prévu d’ainsi participer activement au projet Pied NOMAde.