UNE EXPOSITION EVOQUE UNE GRANDE FIGURE DU SOCIALISME CESAR DE PAEPE UN SIECLE APRES SA MORT

Une exposition évoque une grande figure du socialisme

César De Paepe un siècle après sa mort

C'est très exactement le 19 décembre 1890 que mourut le Dr César De Paepe, dont le nom aujourd'hui est sans doute plus connu par les cliniques qui lui ont été dédiées plutôt que par son rôle politique. Une petite leçon d'histoire s'imposait donc; l'ASBL «Institut pour l'Histoire et la Société» et la Fédération des mutualités socialistes du Brabant y ont pourvu, avec une exposition et la publication d'un livre consacré à ce personnage hors du commun.

La vie de César De Paepe, pourtant, ne fut pas longue: 48 ou 49 ans (on discute encore de sa date de naissance). Fils d'une noble flamande désargentée et d'un petit propriétaire terrien, il fait de solides études, au collège Saint-Michel, s'il vous plaît (le cahier de religion de l'élève César De Paepe figure parmi les pièces de l'exposition), puis entame à l'ULB des études de droit.

Son père meurt; voici le jeune César qui entre à l'imprimerie Brismée, où il apprend la typographie et le socialisme, Désiré Brismée étant une figure de proue de ce socialisme encore à la recherche de ses grands théoriciens. César épouse la fille de la maison et exauce son rêve: il fait la médecine (son diplôme, avec la plus grande distinction, toutes nos félicitations, est lui aussi exposé).

La carrière médicale de César De Paepe sera modeste, comme le montant de ses honoraires. Il s'installe dans une rue ouvrière saint-gilloise (elle porte à présent son nom). Mais politiquement et socialement, César De Paepe est de tous les combats d'avant-garde, cristallisant son effort, après une période anarchisante, sur l'obtention du suffrage universel et, par ce biais, la conquête du pouvoir par les masses populaires.

Sa dernière apparition publique, d'ailleurs, c'est au fameux «serment de Saint-Gilles», en été 1890, où la foule rassemblée par le Parti ouvrier belge et les libéraux progressistes a prêté le serment de continuer le combat jusqu'à l'obtention d'un droit à présent si banal.

Malade depuis des années, César De Paepe part le lendemain à Cannes (en France), les militants se cotisant pour offrir le séjour à sa femme et à lui-même. Il y meurt le 19 décembre.

Le corps fut ramené à Bruxelles. Et les funérailles (civiles: De Paepe était un adversaire farouche du cléricalisme) eurent lieu à Saint-Gilles le jour de Noël devant un grand concours de gens, émus pour la plupart, sauf quelques camelots qui vendaient à la criée la biographie du grand homme...

Peu après sa mort, par l'entremise d'une biographie due à Louis Bertrand, César De Paepe, mythifié, entrait dans la légende où les historiens d'aujourd'hui essaient de le décrocher, pour le ramener à une réalité tout autant intéressante, car ce cerveau brillant et cet esprit généreux, doublé d'un infatigable plumitif, figure au tout premier rang des théoriciens et des praticiens qui définirent dans la deuxième moitié du siècle passé le socialisme et ses enjeux.

JEAN REBUFFAT

Exposition au 111 de la rue du Midi, aux Mutualités socialistes, jusqu'au 31 janvier 1991.

Le livre (350 F) est mieux qu'un catalogue: c'est une véritable somme sur quatre aspects du personnage, sa vie privée (sait-on qu'il revolvérisa l'amant de sa seconde femme?), son militantisme ouvrier, son militantisme libre penseur et sur sa profession de médecin.