A la découverte d'un Tournai finalement. « so British » Tournai - La cité de Clovis fut aussi un peu celle d'Henri VIII. Avec Francis Vande Putte, périple à la recherche des nombreuses traces britanniques laissées dans la ville

A la découverte d'un Tournai finalement... « so British »

Tournai - La cité de Clovis fut aussi un peu celle d'Henri VIII. Avec Francis Vande Putte, périple à la recherche des nombreuses traces britanniques laissées dans la ville. Alexandre ValléeVous pouvez le suivre partout, à Tournai. Au détour de chaque venelle, dans les vitrines des musées comme sur les murs de nombreux édifices, Francis Vande Putte décèlera une référence à l'histoire anglaise de la cité des Cinq Clochers, aux Britanniques qui ont fait son histoire - la petite comme la grande.

Depuis près de treize ans, notre homme est guide touristique au sein de l'association tournaisienne. Une guilde forte d'une quarantaine de passionnés de la première capitale d'Occident.

Pourtant, je ne suis tournaisien que d'adoption, reconnaît, amusé, ce Mouscronnois de naissance.

Proposé aux visiteurs depuis quatre ans, le circuit « Tournai British » est en fait l'une des spécialités de Francis Vande Putte. Avec l'architecture (notamment ce qui concerne le maître local Henry Lacoste) mais également la cathédrale Notre-Dame, dont le personnel d'accueil est placé sous sa responsabilité. En germaniste passionné - notre homme a enseigné l'anglais à nombre de journalistes passés par l'Ihecs -, il parle plus souvent anglais, néerlandais et allemand aux touristes qu'il accompagne.

« British Tournai », c'est une multitude de traits d'union, autant de ponts jetés au-dessus de la Manche. Cela démarre par l'hôtel de ville. Ancien palais de l'abbaye Saint-Martin, érigé en 1760 par l'architecte Laurent-Benoît Dewez (abbaye d'Orval, château de Seneffe...). Malgré le bombardement de 1940, l'édifice a conservé de nombreux traits qui rappellent le style de l'architecte anglais Robert Adam. En fait, après ses études, Dewez a travaillé à Londres dans le cabinet du même Adam. A deux pas, le Musée des beaux-arts. Ici sont exposées les lithographies des frères Haeghe. Dans la première moitié du XIXe siècle, Louis Haeghe était en effet devenu une personnalité londonienne pour les lithos qu'il coloriait. Il sera notamment à la base des illustrations des récits de voyage de David Roberts, ajoute notre guide. Une renommée telle qui fit à l'époque de ce Tournaisien l'aquarelliste attitré de la reine Victoria.

Un peu plus loin, c'est dans la porcelaine de Tournai qu'il faut trouver des origines de l'autre côté du Channel. A Chelsea, plus précisément, où Duvivier - l'un des artisans de la manufacture Peterinck - apprendra les décors romantiques anglais, mêlant animaux de fantaisie et dorures.

SUITE EN PAGE DEUX

Découvrir Tournai... « so British »

SUITE DE LA PREMIèRE PAGE

Ou dans cette vitrine qui présente quelques-unes des 1.600 pièces d'un service que le duc d'Orléans a commandé... mais jamais payé ! Ce qui précipitera la ruine de la manufacture tournaisienne, poursuit Francis Vande Putte. Le lien avec l'Angleterre ? Vendues aux enchères, beaucoup de ces pièces furent acquises par le prince régent, futur Georges IV d'Angleterre. De nombreux exemplaires trônent aujourd'hui dans les « state appartments » du château de Windsor, enchaîne le guide.

La balade se poursuit non loin de la Maison tournaisienne (Musée de folklore). Le couvent des Sions abrita en effet, au XVIIe siècle, la communauté des Hibernois. Une sorte de collège où l'on formait des missionnaires, chargés de recatholiciser l'Irlande lors de la Contre-Réforme. Toujours dans le registre religieux, le trésor de la cathédrale renferme la chape en soie du XIIe siècle, qu'a portée l'archevêque de Canterbury Thomas Beckett, de passage à Tournai en exil.

Impossible enfin d'évoquer les influences anglaises à Tournai sans admirer la tour Henri VIII, que les Tournaisiens appellent la « Grosse Tour ». Cet unique vestige de l'occupation anglaise (1513-1518) de Tournai - la seule ville belge à avoir été anglaise un jour - est toujours planté au beau milieu d'un parc qui recueillait autrefois le lit de la « petite rivière », au centre de la citadelle anglaise. Robuste, avec ses murs de six mètres d'épaisseur faits de pierre importée d'Angleterre (et non de « black marble of Tournai », qui n'est autre que la pierre bleue du Tournaisis), haute mais pourtant fragile, elle est aujourd'hui bien vide. Seuls les pigeons lui tiennent compagnie, accélérant la décrépitude des lieux. Depuis les années 30, la tour abritait le Musée d'armes. Son récent déménagement a précipité le vieillissement de l'édifice, rongé par l'humidité. Plusieurs projets de réhabilitation, notamment celui d'y créer un pub anglais, ont été évoqués depuis des années. Rien ne s'est concrétisé, constate le guide.

Aujourd'hui, même si des centaines de Britanniques séjournent chaque année à Tournai à l'occasion de leur périple à travers les cimetières militaires alliés de Flandre et de France, ils sont de plus en plus nombreux à s'intéresser aux racines anglaises, fussent-elles minces, de la ville. C'est pour eux, aussi, que Francis Vande Putte a mis sur pied ce circuit. Faisant fi de la chronologie des choses, permettant surtout de déambuler dans la cité scaldienne au gré des découvertes, la balade est aussi l'occasion de revenir vers les édifices incontournables. Ainsi au pied du beffroi, le plus ancien de Belgique. Miraculeusement épargné par les bombardements anglais en 1940, il arbore une plaque où l'on remercie « les glorieuses armées alliées » pour avoir libéré Tournai le 3 septembre 1944. Une formule polie qui dissimule en fait la rivalité qui tiraillait commandants anglais et américain, revendiquant chacun la primeur de la libération de la cité...

Francis Vande Putte n'hésite pas à glisser à l'oreille de ses clients anglais que l'armée de sa Majesté a aussi contribué à la démolition en règle du pont des Trous, en 1940. Mais nos amis britanniques rient toujours de bon coeur à ces petites allusions, sait Francis, qui ne manque donc pas de les distiller, avec un humour pince-sans-rire qui n'est pas sans rappeler celui des sujets de sa Gracieuse Majesté.

Office de tourisme. Il est situé au pied du beffroi (14, Vieux Marché aux Poteries) - 069-22.20.45 -www.tournai.be.

Visite de la ville. A géométrie variable (de 2 heures à une journée), « Tournai British » n'est que l'un des nombreux circuits de découverte de la ville proposés. Infos auprès de l'Office du Tourisme (OT).

Musées. A noter que le Musée des beaux-arts est fermé jusqu'au 6 août pour permettre le montage d'une expo temporaire ; le Musée d'archéologie est accessible à partir du 17 juillet. Les autres musées sont ouverts tous les jours, à l'exception du mardi.

Couloirs du temps. Dans les locaux de l'OT, ne manquez pas le spectacle multimédia « Les couloirs du temps ».

Cathédrale. Chaque dimanche de juillet et d'août (15 h 30), l'association des guides vous convie à une promenade-conférence d'une heure pour faire le point sur le chantier de restauration de la cathédrale Notre-Dame. Rendez-vous face à l'OT. Participation : 2,5 euros.