C'était au temps des palaces mosans (fin) Souvenirs de Waulsort, la perle de la Meuse Hastière ne fut pas la dernière TEXTOLettre de vacances

Souvenirs de Waulsort, la perle de la Meuse

C'était au temps des palaces mosans (fin).

Au début de ce siècle, un petit village est devenu la Riviera de la Haute-Meuse.

Nulle part ailleurs qu'à Waulsort, on ne devine mieux ce que fut le développement du tourisme dans la vallée de la Meuse, il y a un siècle. Ici comme ailleurs, la belle époque est révolue, mais il suffit de parcourir à pied quelques centaines de mètres et d'énumérer, au rythme de la promenade, les noms des établissements prestigieux qui se bâtirent en quelques années pour sentir revivre la station balnéaire. Le Deauville mosan comme certains l'ont appelé. L'hôtel de la Meuse, l'hôtel Martinot, le Grand Hôtel, le Belle Rive, le Moderne, le Belle Vue, le Châlet royal, l'hôtel de France, le Bel Val, le pavillon de l'Horloge. En voiture, ces bâtiments aujourd'hui un peu défraîchis défilent trop vite pour prendre la mesure de tout le luxe qui fut déployé ici.

La voiture, d'ailleurs, souvent citée comme responsable du déclin à partir des années 50. Une époque où les Belges commencent vraiment à profiter des congés payés institués en 1936 et où beaucoup de familles peuvent s'offrir une automobile, avec laquelle on fait plus facilement l'aller retour dans la journée. Mais la désertion des estivants sera vraiment ressentie dans les années 70, avec l'ouverture de la voie rapide vers le Luxembourg. Les gens ne s'arrêtaient plus chez nous, commente Halina Desaintghislain qui, avec son mari, a racheté le Grand Hôtel dans les années 60.

Aujourd'hui, l'établissement ne répond plus aux normes de sécurité et ne fonctionne plus que comme restaurant. Je l'appelle mon chef-d'oeuvre en péril, commente un peu amère la maîtresse des lieux. Mais elle ne désespère pas de relancer l'hébergement dans quelques années. Le temps d'éponger les pertes subies lors des deux grandes inondations du milieu des années 90. Je crois fermement à l'avenir de Waulsort. On ne peut pas laisser mourir un bâtiment comme celui-ci. Il a vraiment une âme.

Personne ne se souvientmieux de la belle époque que Georges Hublet. Authentique «Coucou», ainsi que l'on appelle les habitants de Waulsort, il a vécu de près le développement du tourisme dans le village: son grand-père était le tenancier des bains qui étendaient leurs cabines en face de la rangée des grands hôtels, sur la rive droite de la Meuse. Chaque été, le petit Georges donnait des coups de main à son «parrain» pour accueillir les clients. On louait aussi des canots pour la promenade et je me souviens, par exemple, de clientes qui laissaient des pourboires plus élevés que le prix de la location. La grande époque lui a aussi laissé des souvenirs auditifs. Les soirs d'été, quand on retraversait la Meuse pour rentrer au village, tout était calme. On n'entendait qu'un bruit, celui des fourchettes dans les assiettes. Les terrasses des hôtels étaient noires de monde.

Sur l'origine de la transformation de Waulsort en village hôtelier, Georges Hublet rapporte cette anecdote. En 1876, Waulsort reçoit la visite d'un certain François Roffiaen, professeur de dessin au collège de Dinant. Peintre à ses heures, il veut immortaliser le barrage de pierres sur la Meuse. Tout entier consacré à son oeuvre, il ne voit pas le temps changer et se laisse surprendre par un orage. Trempé de la tête au pied, il est recueilli par le premier passeur d'eau de Waulsort, Ferdinand Martinot. Ferdinand qui est aussi, avec sa femme, propriétaire d'un petit cabaret, lui offre l'hospitalité pour la nuit. Enchanté, par l'accueil qu'il a reçu, Roffiaen rentre à Anseremme et fait la publicité du café des Martinot auprès de ses amis peintres, déjà nombreux à cette époque à fréquenter «Le repos des artistes». Félicien Rops, entre autres, devient un habitué de Waulsort. Les touristes suivent les artistes, et les Martinot transforment bientôt leur café en auberge, puis dès 1898, ils ouvrent leur hôtel. Il deviendra rapidement un des plus réputés de Waulsort, mais il n'en reste malheureusement plus rien aujourd'hui.

JEAN-PHILIPPE PETIT

Pour rappel, les anciens palaces mosans seront le thème de trois circuits-découvertes organisés dans le cadre des Journées du patrimoine, le 12 septembre prochain, par la Maison du tourisme de la Haute-Meuse. Infos: 082-22.28.70.

Hastière ne fut pas la dernière

Quelques kilomètres à peine séparent Waulsort d'Hastière. La localité mosane ne fut pas oubliée au début de ce siècle à l'heure où les premiers touristes affluèrent dans la vallée. Même si la clientèle d'Hastière fut sans doute plus populaire que celle de sa voisine directe.

Au total, Hastière a compté une bonne douzaine d'hôtels en activité. Comme ailleurs dans la Haute-Meuse c'est dans le quartier de la gare que ce parc hôtelier s'est le plus développé. C'est là que se trouve, notamment, l'hôtel des Tilleuls qui fut sans doute un des plus beaux d'Hastière. Il est toujours en très bon état aujourd'hui. Impossible pourtant d'y louer une chambre. L'établissement a changé de nom et d'affectation depuis la fusion des communes en 1977. Il est depuis ce temps, la maison communale de l'entité d'Hastière.

Les autres, tous les autres à une exception près, ont, également, trouvé une nouvelle destination après la fin de l'ère du tourisme de séjour dans la région. Maison de repos, boulangerie, immeubles d'appartements ou même salle d'exposition occasionnelle comme l'hôtel de France rebaptisé entre-temps «Excelsia».

A Hastière comme à Waulsort, les touristes de la grande époque passaient le temps en se promenant ou en visitant les curiosités locales: la grotte du Pont d'Arcole, le château d'Agimont.

Très prisées aussi à l'époque, les promenades en bateau sur la Meuse entre Dinant et Heer-Agimont avec arrêts à Waulsort et Hastière. Notre guide, Georges Hublet en garde un souvenir très net: A l'arrivée à Heer-Agimont, les passagers passaient de l'autre côté de la frontière. Au café français, on buvait du Picon, ça changeait des bières qu'on buvait plutôt Belgique. On pouvait dire, en voyant remonter le bateau vers Dinant, quand les touristes s'étaient un peu trop attardés en France. Dans ces cas-là, il rentrait à toute vapeur pour tenter, malgré tout, de respecter son horaire. Aujourd'hui, même en France on boit de la bière.

J.-P. P.

TEXTO Lettre de vacances

Waulsort connut donc, au début de sa renommée, une clientèle composée d'artistes. L'écrivain flamand Henri Conscience vint y passer quelques vacances. Il descendait à l'auberge Martinot. On a retrouvé dans sa correspondance une lettre datée du 23 août 1880 qu'il avait expédiée à sa femme pour lui raconter son séjour à Waulsort en compagnie du petit Henri, son petit-fils, alors convalescent.

J e vous écris comment nous vivons ici, car tu es certainement curieuse de savoir si Henritje est en bonne santé. Le polisson, de 7 heures du matin à 9 heures du soir, est si éveillé et si plein d'envie de remuer que j'en perds souvent le souffle: car, pour le tenir à l'oeil, je dois naturellement le suivre partout.

Les gens chez qui nous logeons ont un beau bateau avec deux avirons et un gouvernail. Nous naviguons quelquefois pendant 3 ou 4 heures, et Ritje manoeuvre l'aviron comme une matelot. Nous grimpons sur les hauteurs ou nous allons en promenade dans les villages voisins, et nous perdons journellement une pinte de sueur. Ritje mange comme un mineur, au moins autant que moi...