CHAPITRES LIEGEOIS DE L'HISTOIRE OLYMPIQUE (IV) L'AVIRON CASSE DE BOBBY GEORGE A HELSINKI

Chapitres liégeois de l'histoire olympique (IV)

L'aviron cassé de Bobby George à Helsinki

Ils avaient l'habitude de ramer à Wijnegem, un plan d'eau calme sur le canal Anvers, à proximité d'Anvers. A Meilhoti, en 1952, Robert George, sociétaire de l'Union nautique de Liège, et Van Stichel, un Anversois, se retrouvèrent confrontés à des vagues si hautes que, selon certains observateurs, les embarcations disparaissaient régulièrement de la vue des spectateurs ! Pointés parmi les favoris du double skull, George et Van Stichel furent éliminés en demi-finales des JO d'Helsinki.

Ce bassin n'était pas digne des JO, se rappelle Robert George. Et, en demi-finales, mon aviron s'est cassé. A l'époque, on a évoqué un sabotage. La puissance des vagues peut fournir une autre explication.

Lorsqu'il naquit en bord de Meuse, à Liège, en 1932, une année olympique, Robert George était quasiment voué à l'aviron. Son papa, Jules, avait déjà participé aux JO de Paris, en 1924, où, avec Brouha, Roman et Denis, il avait également échoué en demi-finales du quatre barré. Et sa maman était également une bonne rameuse. J'ai déjà ramé avant de naître puisqu'elle n'a arrêté l'aviron que cinq mois avant l'accouchement. J'ai également été affilié à l'Union nautique avant d'être déclaré à l'administration communale !

Sportif comme son papa, Robert George, surnommé Bobby, allait toucher à de nombreuses activités sportives. Il pratiqua l'athlétisme, le football, la boxe, le tennis, le patinage sur glace, le ski de fond, le ski nautique. Mais c'est en aviron qu'il récolta ses plus beaux succès, avec une victoire aux régates de Henley, en 1952, où, l'année suivante, il pulvérisa le record du bassin. Champion de Belgique, il participa donc aux JO d'Helsinki.

Je n'ai malheureusement pas pu participer à la cérémonie d'ouverture où Nuurmi a allumé la flamme. Nous étions déjà engagés dans la compétition dès le lendemain et notre entraîneur craignait que nous ne nous refroidissions car il pleuvait. Quant à la cérémonie de clôture, je l'ai aussi manquée car j'étais appelé au service militaire. Mais, une fois nos compétitions terminées, nous avons assisté aux épreuves d'athlétisme. Notamment la course où Gaston Reiff a abandonné, laissant le champ libre à Emile Zatopek.

Douze ans plus tard, Bobby George reprit l'entraînement pour participer aux JO de Tokyo avec Higny. Mais une hernie l'en empêcha et il mit un terme à sa carrière.

Avec Jean-Marie Lemaire, Gérard Higny fut le dernier représentant de l'Union nautique Liège aux Jeux. Atlanta a failli accueillir Arnaud Duchesne, un espoir du club, mais son coéquipier, universitaire, ne put suivre le mouvement.

Les jeux ont évidemment changé. Aujourd'hui, je regrette toute cette évolution qui fait la part belle à l'argent. Aujourd'hui, on paie les athlètes pour venir aux JO. Ce n'est plus l'esprit du baron de Coubertin. Les Jeux devraient permettre à des jeunes de se révéler et de se faire une place dans la société. Aujourd'hui, les JO, ce sont des championnats du monde...

S'il n'ira pas à Atlanta et à Sydney en l'an 2000, Bobby George espère pouvoir assister aux Jeux olympiques de Lille en 2004. Si la candidature de la ville du nord de la France est retenue.

Ce serait une bonne chose pour nous. A Lille, il n'y aurait pas de décalage horaire comme à Atlanta ou saisonnier comme à Sydney. Et Liège pourrait profiter de retombées économiques.

J.-M. M.

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Émile Leva