COUPE DU MONDE D'IMPROVISATION EN BELGIQUE,POUR 23 SOIREES D'AFFILEE:QUEL DEFI CULTUREL

Temps de lecture: 17 min

Coupe du monde d'improvisation

en Belgique, pour 23 soirées

d'affilée: quel défi culturel!

APRÈS le Canada, la France et la Suisse, c'est la Belgique qui accueille la Coupe du monde d'improvisation, la quatrième, baptisée Impro 90. Dans la «patinoire»: l'hypermédiatisé Québec/Canada (tenant du titre et terre natale de l'impro, dont un des deux pères, Robert Gravel, figure dans la sélection), la néophyte Côte-d'Ivoire, l'inconnue suisse et les «voisins ennemis» français et belges.

Un plateau éminemment médiatique donc. Mais aussi un fameux défi culturel et artistique, puisque chacune de ces civilisations, chacun de ces accents, de ces vocabulaires, de ces tempéraments, vont devoir s'écouter et dialoguer entre eux, pour construire de belles histoires, tout en s'attirant les faveurs du public. Spectacle et jeu. Discipline théâtrale et sport. Toute l'ambiguïté de l'impro est là. C'est à ce défi culturel et à ce choc des civilisations que s'intéresseront plus particulièrement notre présence à chaque rencontre et nos comptes rendus bi-hebdomadaires.

Défi et choc que la Ligue d'improvisation belge (la LIB) - avec ses soeurs francophones - souhaite élargir davantage, en encourageant la création de ligues en Afrique et dans la Communauté européenne. En commençant bien sûr par favoriser les échanges avec la plus proche des communautés, celle du nord du pays, dont la ligue vient de naître.

Dans cette visée internationaliste, l'organisation, à l'occasion d'Impro 90, d'une démonstration Italie-Italie en italien n'est pas innocente. Significatifs aussi le partenariat des Communautés européennes et la collaboration du Commissariat général aux Relations internationales.

Et l'essor de l'improvisation semble vouloir donner raison au rêve de la LIB: les ligues italienne et argentine sont nées en 1988, la RFA s'y prépare, un stage vient de se dérouler au Maroc, le Zaïre s'informe. Les pays anglophones sont aussi touchés par le virus. La France, le Québec et la Belgique sensibilisent le continent africain. Et la télévision chinoise a retransmis un match canadien en différé avec... traduction simultanée.

Qu'est-ce que l'improvisation? Où, quand et comment est-elle née? Depuis quand et comment vit-elle dans les cinq pays inscrits à l'Impro 90? En quoi consiste l'entraînement des jouteurs? A quoi sert le coach? Une page entière pour vous répondre...

Palmarès de la Coupe du monde

Comme les premiers jeux Olympiques de l'ère moderne eurent lieu sur leur terre natale (Athènes, 1896), la première Coupe du monde d'impro se déroula au Canada (Montréal et Québec, 1985).

Participants: Belgique, Canada (2 équipes), France (2) et Suisse.

Demi-finale: France bat Belgique.

Finale: Canada bat France.

En 1986, le deuxième «Mondial» eut lieu en France, à Paris et dans diverses villes de province. Et une nouvelle fois, le pays qui recevait fut prophète chez lui. En sera-t-il de même cette année-ci?...

Participants: Antilles, Belgique, Canada, France et Suisse.

Demi-finale: Canada bat Suisse.

Finale: France bat Canada.

En raison de la lourdeur et des frais de son organisation, ce rendez-vous international devint alors bisannuel. Ce n'est donc qu'en 1988 que sept villes suisses accueillirent la patinoire de la troisième Coupe du monde.

Participants: Antilles, Belgique, Canada, France et Suisse.

Demi-finale: Suisse bat Belgique.

Finale: Canada bat Suisse.

Patinoire, mixte, gazou... L'impro c'est ça!

VINGT heures. Le «maître de musique» chauffe la salle. Quelques notes balayées sur son synthé, un rythme allant crescendo et une bonne dose d'humour. L'assistance frappe dans ses mains, mime une mer houleuse...

20 h 05. Les trois arbitres entrent sous les quolibets et les huées des spectateurs. Certains se séparent déjà de leur «pantoufle», signe de désapprobation. Le trio rayé noir et blanc est prévenu: son travail ne sera pas facile. Mais combien important...

Délire! Les équipes pénètrent sur l'aire de jeu (la «patinoire») pour s'échauffer. Déjà tout un spectacle... Puis viennent les hymnes nationaux. Savoureux...

Enfin! dans un silence de mort, l'arbitre pêche dans le «barillet» le premier thème. Chaque carton indique la nature de l'impro, son titre, le nombre de jouteurs requis, parfois une catégorie («A la manière de Proust», «Catégorie chantée», par exemple), et sa durée. Il y a deux natures d'impros: dans une «mixte», les deux équipes joutent ensemble; dans une «comparée», elles improvisent sur le même sujet mais à tour de rôle.

Le coach a alors vingt secondes pour inspirer une idée de départ à son équipe. L'arbitre siffle. Le silence s'appesantit. C'est parti, pour trois périodes de 30 minutes. Les premières secondes sont cruciales et passionnantes, car celui qui parle le premier oblige généralement son adversaire à renoncer au rôle qu'il s'était préparé à jouer et à en adopter un tout autre.

Bon ou mauvais? Des jets de pantoufles auront déjà pu donner un premier élément de réponse. Mais cela ne se décidera qu'à la couleur des cartons bicolores que chaque spectateur possède. Héritage du pouce vers le haut ou vers le bas dans l'arène romaine... Lourde responsabilité des deux assistants-arbitres que ce comptage, car c'est parfois très serré, voire ex aequo...

A l'issue des trois périodes, si le marquoir indique égalité, une improvisation supplémentaire sera jouée. En championnat de Belgique, il arrive que le public vote en dépit de la qualité de la prestation des équipes, afin d'obtenir cette prolongation. En sera-t-il de même à l'Impro 90? Si, par exemple, avant de juger l'ultime impro, la Belgique mène d'un point devant la France?

Autre mission du corps arbitral: siffler, au moyen d'un «gazou», les fautes de jeu. Lourde tâche, car un total de trois pénalités donne un point à l'adversaire, car un jouteur accumulant deux fautes personnelles est exclu. Exemple de fautes: «Thème non respecté» (comme parler dans une impro sans paroles), «Manque d'écoute» (comme passer au travers de la porte qu'un autre jouteur a installée). Une tactique consiste d'ailleurs à essayer de piéger l'adversaire en multipliant les éléments de décor. Mais, en même temps, il faut continuer à construire une histoire qui se tient et qui plaît au public. Pas évident...

Mais en fin de compte,

l'impro c'est quoi?

Sport ou discipline théâtrale? Equipement de hockey sur glace, patinoire, score, coaches, capitaines, arbitres, coups de sifflet, exclusions, prolongations plaident pour le sport. Robert Gravel, co-créateur de l'impro, plaide pour l'art:

- Malgré les apparences, l'impro n'est pas qu'un sport. Il faut gagner en écrivant de belles impros. Des impros souvent amusantes, parfois dramatiques, ce qui n'est pas toujours évident car il faut que le jouteur fasse preuve d'audace pour vouloir imposer un traitement «dramatique» dans un contexte aussi joyeux.

En outre, on ne peut écrire de belles impros qu'en respectant les principes de base de l'improvisation universelle. Principes qui obligent le jouteur à respecter, à écouter et à se mettre au «service» de son adversaire. Ceci correspond plus à la mise sur pied d'un spectacle qu'à un sport.

En bref...

Déroulement de la Coupe

L'équipe victorieuse reçoit 2 points, la vaincue 0. A l'issue des vingt premiers matches, l'équipe en tête ira d'office en finale; les deuxième et troisième se disputeront, dans une demi-finale, l'accès à la finale; les quatrième et cinquième seront éliminées.

Après chaque match, une personnalité décerne des «Etoiles» aux trois jouteurs qu'il a préférés. Et le 16 mai, le match des Etoiles réunira, en deux équipes, les jouteurs les plus étoilés de chaque équipe. Voilà qui promet d'être folklorique!

Trophées

Comme dans le championnat de Belgique, des trophées récompenseront l'équipe gagnante, le jouteur le plus performant, le jouteur le plus populaire auprès du public et le jouteur le plus étoilé.

Staff technique

Afin d'avoir à chaque match un arbitre indépendant des deux équipes, trois pays délégueront leur arbitre: Xavier Percy (Belgique), Johanne Seymour (Canada) et Julien Gabriel (France). Assistants-arbitres: Jean-Jacques Van Aken et Caroline Von Bibikow (Belgique), Françoise Boyer (France).

Maîtres de cérémonie: Soda et Jean-Louis Rossignon (Belgique), Jean-Marc Richard (Suisse). Maîtres de musique: Pascal Chardome (Belgique) et Didier Massein (France).

Contenu du barillet

Les intitulés des impros seront déterminés aujourd'hui. Chaque arbitre apportera ses propositions, qui seront retenues ou éliminées en fonction de divers critères: manque d'intérêt, redondance, caractère trop typique (pour éviter que le Québec/Canada et la Côte-d'Ivoire ne doivent improviser sur une comparée intitulée «Les Gilles de Binche», par exemple...)

En moyenne, les durées des impros (de 30 secondes à 20 minutes) seront légèrement moins longues que lors du championnat de Belgique. Ceci afin de faciliter les échanges entre des équipes, des langues et des cultures qui se connaissent peu, mal ou prou.

Finale télévisée...

... en différé: le mardi 22 mai à 20 heures, sur Télé 21. Pourquoi pas en direct, comme prévu initialement? Pour éviter que le spectateur ne zappe durant les inter-périodes, inter-impros et autres comptages des votes. Tout cela sera donc écourté, mais les impros, elles, seront conservées en intégralité. Au total, près de deux heures d'émission, commentées en «voix off» par Thierry Tinlot.

Le calendrier

Début des matches à 20 heures (sauf contre-indications). Ouverture des portes à 19 heures (sauf pour la finale: ouverture à 18 h 30 et fermeture à 19 h 30, en raison de la captation télévisée).

Au MIRANO CONTINENTAL,

chaussée de Louvain 38, à 1030 Bruxelles:

MATCHES ALLER

Belgique CF - Québec/Canada mercredi 25.4

France - Suisse jeudi 26.4

Côte d'Ivoire - Belgique CF vendredi 27.4

Québec/Canada - Suisse samedi 28.4

(à 15 heures)

Belgique CF - France dimanche 29.4

Côte d'Ivoire - Québec/Canada lundi 30.4

France - Québec/Canada mardi 1.5

France - Côte d'Ivoire mercredi 2.5

Suisse - Belgique CF jeudi 3.5

Suisse - Côte d'Ivoire vendredi 4.5

Aux HALLES DE SCHAERBEEK,

rue de la Constitution 18, à 1030 Bruxelles:

MATCHES RETOUR

Québec/Canada - France samedi 5.5

(Italia - Italia dimanche 6.5

match de démonstration en italien, à 15 heures)

Belgique CF - Côte d'Ivoire dimanche 6.5

Québec/Canada - Côte d'Ivoire lundi 7.5

Belgique CF - Suisse mardi 8.5

Côte d'Ivoire - France mercredi 9.5

Suisse - Québec/Canada jeudi 10.5

France - Belgique CF vendredi 11.5

Côte d'Ivoire - Suisse samedi 12.5

Suisse - France dimanche 13.5

Québec/Canada - Belgique CF lundi 14.5

PHASE FINALE

Demi-finale mardi 15.5

Match des Etoiles mercredi 16.5

Finale jeudi 17.5

Prévente des places

Prévente (conseillée) des places (non numérotées) chez Rossel Librairie, rue Royale 112, à 1000 Bruxelles, Tél: 02/217.77.50 ext. 2467 (du lundi au samedi de 10 h à 18 h 30);

- prix:

- 20 premiers matches 420 FB

- demi-finale 520 FB

- match des Etoiles 720 FB

- finale 820 FB

Public chauvin

ou impartial?

LORS de la Coupe du monde en Suisse en 1988, des mauvaises langues laissèrent entendre que la Belgique s'était fait voler sa place en finale par la Suisse, suite à un vote chauvin du public en demi-finale. Doit-on craindre pareil phénomène cette année?

On peut compter sur le bon jugement des habitués et des connaisseurs, admet Pierre-André Itin (LIB). Le danger vient des jeunes, qui veulent du show à mort, du pain et des jeux. Il faut quatre ou cinq matches pour les éduquer. Toutes les ligues passent par là.

Robert Gravel (LNI), lui, est confiant: Après dix ans d'expérience, je demeure persuadé que les spectateurs reconnaissent au fond d'eux-mêmes l'état de fragilité et de faiblesse dans lequel se mettent les jouteurs qui «risquent» devant eux, d'autant plus s'ils s'engagent dans un univers dramatique. Sauf que le moindre signe de prétention dans le cadre de ce jeu semble, jusqu'à preuve du contraire, insupportable.

Dernier avis, celui de notre jouteur Jean-Marc Cuvelier: Il est bien de fermer les murs et de ne pas trop se laisser embarquer par le public quel qu'il soit. Il faut surpasser l'envie du public et savoir lui amener des choses qui l'étonneront, et pas seulement par le bon mot.

Belgique-Communauté française...

L'équipe des Noirs:

Coach: Jonathan Fox

Jouteuses: Anne De Roover, Dominique Meunier, Isabelle Paternotte

Jouteurs: Bernard Cogniaux, Jean-Marc Cuvelier, Eric De Staercke

... incontrôlable

En cinq ans d'existence, la Ligue d'improvisation belge (la LIB) a totalisé:

- 140 représentations publiques en Belgique et à l'étranger;

- une nonantaine de jouteurs;

- 40.000 spectateurs.

Chaque saison, quatre équipes et une quarantaine de comédiens sont alignés dans un championnat professionnel qui, depuis 1989, se déroule «à guichets fermés».

Ajoutez la naissance de la «Belgische improvisatie liga» (la BIL) en 1989; une fédération amateur dont l'expansion devient «incontrôlable» (dixit Pierre-André Itin, directeur de la LIB et producteur d'Impro 90); une ouverture justifiée vers les enfants.

Que peut rêver de mieux l'improvisateur en Belgique?

LES PROFESSIONNELS... - Un statut pour les professionnels, par exemple: au moins celui de comédien professionnel; idéalement, celui d'improvisateur. Car actuellement, les jouteurs n'étant pas reconnus par la Communauté française, la LIB ne reçoit pas de subsides pour les payer. Les improvisateurs sont donc bénévoles.

Fondée en 1984 par Jonathan Fox (notre coach cette année), Alain Stevens et Michel Scourneau, il a fallu près d'un an à la LIB pour parvenir à organiser son premier match, le 10 décembre 1984, aux Halles de Schaerbeek.

Le premier championnat, en 1985-86, se déroula au Centre Annie Cordy, dans une salle de 200 places - pour 500 demandes. Et il se clôtura sur un coup de poker: une finale organisée au Cirque royal. Un fiasco artistique, car l'organisation n'était pas prête; mais déjà un succès populaire: 1.100 spectateurs.

Depuis, c'est une salle intermédiaire, le Mirano Continental, qui héberge le championnat tous les dimanches: depuis 1989, ses 600 places sont toutes vendues en prévente; et le marché noir apparaît, comme pour tout ce qui a du succès hélas...

... LES AMATEURS... - La Fédération belge d'improvisation amateur (la FBIA) a vu ses statuts adoptés l'an dernier mais est active depuis trois ans. Pour l'ins-tant, deux matches ont lieu chaque mois à Bruxelles.

Qui sont ces amateurs? Des enfants, des adolescents, des adultes. Une moitié recherche la compétition, s'entraîne et dispute des matches, en rêvant d'accéder un jour à la LIB. L'autre est attirée par la seule démarche de l'improvisation et se contente de participer à des stages; parmi cette catégorie, des enfants de jouteurs professionnels et des enseignants. En tout, une vingtaine d'équipes. Et un succès «incontrôlable» donc.

... LES ENFANTS... - Les enfants, restons-y. Des centres culturels commencent à acheter des stages à destination de jeunes. Le premier match «junior» vient d'avoir lieu à Bruxelles, entre les enfants de la FBI et ceux sortant d'un stage à Evere.

Et puis, la LIB voudrait créer officiellement des cours d'improvisation dans les écoles, qui seraient donnés par les enseignants qui suivent ses stages.

Dans le cadre de son programme «Jeunesse», la Fondation Roi Baudouin entend apporter son appui à la FBIA pour que celle-ci soit en mesure de répondre aux demandes de jeunes désireux de tenter l'expérience et de former des maîtres d'apprentissage à la gestion d'ateliers d'improvisation. Une partie des bénéfices de l'Impro 90 permettra ainsi l'organisation de ces formations.

... ET LES FLAMANDS - La BIL, elle, n'en est qu'à ses premiers balbutiements. La saison dernière, elle a prêté un des siens, Dominique Van Steerthem, pour coacher une équipe de la LIB. Et son président, Frank Anthierens, est un spectateur assidu du championnat francophone. La BIL espère organiser son premier match en octobre 1990. Et elle a confiance, l'exemple de sa grande soeur la LIB faisant foi...

Enfin, verrons-nous un jour la création de ligues universitaires et corporatives, comme en France où la Ligue d'improvisation du barreau de Paris vient de rencontrer une sélection de professionnels? En Belgique, estime Pierre-André Itin, la première équipe corporative qui devrait se constituer, selon moi, c'est une équipe de gens des médias... A bon improvisateur...

Québec/

Canada...

L'équipe des Bleus:

Coach: Jean-Marc Lavergne

Jouteuses: Chantal Baril, Sylvie Legault, Sylvie Potvin

Jouteurs: Raymond Arpin, Robert Gravel, Claude Legault

... hypermédiatisé

Canada, ou la création de l'improvisation: en 1977, par Robert Gravel et Yvon Leduc. Et premier match le 21 octobre de cette année-là, à minuit. Depuis, le championnat de la Ligue nationale d'improvisation (la LNI) se déroule à Montréal entre cinq équipes. Les jouteurs ont leurs syndicats, leurs conventions collectives. Et à leurs côtés se créent, dès 1985, des championnats parallèles, des ligues écolières et universitaires.

Canada, ou l'hypermédiatisation de l'improvisation. Dans la presse écrite. Et à la télévision: dès fin 1982, des matches sont retransmis en direct le dimanche soir sur Radio-Québec, avec analyse tactique fouillée de commentateurs spécialisés (comme pour le hockey sur glace...); audience record en 1986-87, avec une moyenne de 334.000 téléspectateurs par émission! D'où les jouteurs qui, en plus du salaire de la LNI (3.000 FB par match), reçoivent un cachet de Radio-Québec (45.000 FB par match!). D'où la nécessité un jour entrevue de distinguer des premiers et des seconds rôles - et leurs cachets - suivant le temps de passage à l'écran!

Puis, les téléspectateurs purent voter par téléphone. D'où des jouteurs multipliant les cabotinages en dessous de la ceinture parce qu'ils rapportent le plus de voix. D'où des plaintes d'organismes religieux! D'où perte de qualité. Lien ou pas, l'audience moyenne chute à 216.000 téléspectateurs en 1987-88.

Enfin, fin 1988, la télévision se retire. D'où préjudice financier. D'où remise en question. L'impro lasse-t-elle? Non, puisque les salles restent pleines, toujours à guichets fermés. Alors, serait-ce que l'émotion n'est pas assez télégénique? Ou que le plaisir de jouter et une médiatisation trop importante sont frères ennemis?

Côte-d'Ivoire...

L'équipe des Verts:

Coach: Marie-José Hourantier

Jouteuses: Rockya Dongossi, Honorine Orsot, Abiba Sawadogo

Jouteurs: Claude Bowré, Aphir Foufouey, Armand Orsot

... néophyte

Les concurrents africains des deux dernières coupes du monde d'improvisation venaient des Antilles; mais depuis, ce pays ne donne plus signe de vie. Or la Belgique, le Canada et la France ont particulièrement à coeur de sensibiliser l'Afrique à l'impro. D'où le défi de trouver et d'inviter un autre pays africain à l'Impro 90.

Après consultation, le choix se portera sur le Bin Cadi Théâtre, une troupe d'Abidjan dirigée par une Française (promue du même coup coach d'impro). Et au terme d'un stage intensif conduit par la Belgique et le Canada, la création de la Ligue d'improvisation de Côte-d'Ivoire (la LICI) est annoncée le 4 janvier 1990.

On connaît donc peu de choses de l'équipe ivoirienne. Tout au plus son programme d'entraînement: impro le matin, répétition d'une pièce de théâtre l'après-midi, et «Pictionnary» le soir - encore un jeu né au Canada...

France...

L'équipe des Rouges:

Coach: Michel Lopez

Jouteuses: Lydie Agaesse, Viviane Marcenaro, Valérie Moureaux

Jouteurs: Jean-Daniel Laval, Christian Sinniger, Gérard Surugue

... décentralisée

La Ligue d'improvisation française (la LIF) est née en 1982, dans la foulée de la venue de la LNI au Festival d'Avignon.

Parisienne pendant 6 ans, la LIF sensibilise ensuite 14 régions qui créeront leurs propres structures et constitueront la Fédération française d'improvisation. Et en 1988 se déroule un véritable championnat de France: 9 villes, 63 rencontres!

Les jouteurs français sont payés. Et ont leurs «Garages de l'impro»; spécialité: fabrication, réparation et entretien d'improvisateurs...

Suisse...

L'équipe des Blancs:

Coach: Gérard Bétant

Jouteuses: Sylvia Barreidos, Marie-Céline Daubagna, Marina Janssens

Jouteurs: Claude Mordasini, Christophe Nicolas, Alain Nitchaeff

... incernable

Un peu comme la Ligue d'improvisation ivoirienne fut constituée à partir d'une troupe théâtrale, la Ligue d'improvisation suisse (la LIS) est née de la rencontre, en 1983, entre la LNI et les responsables du théâtre Tel Quel (dont Gérard Bétant, coach des Blancs). Un an plus tard, la LNI dépêche Robert Gravel pour initier deux équipes suisses, une professionnelle et une amateur.

Résultat: avec l'aide de la LIF et de la LIB - la LIS n'ayant ni staff ni organiste -, les quatre premiers matchs suisses se joueront sous le chapiteau du théâtre Tel Quel à Lausanne en mai 1985.

Dès cette année-là apparaît la Ligue amateur (suivie, en 1988, par la Ligue des Ecoliers). Et depuis la fin de cette même année, la LIS organise son championnat à Lausanne et à Genève.

Paradoxe: public et médias accrochent, il y a de l'argent pour - bien - payer les jouteurs, mais ceux-ci sont rares. La LIS a même dû amplement faire appel à des Français et à des Belges pour assurer sa saison 1986-1987...

Avis et vie d'un coach et d'un jouteur

COMMENT les Belges se sont-ils préparés pour leur quatrième Coupe du monde? Comment abordent-ils une telle épreuve internationale? Quelles sont les difficultés qu'ils y appréhendent? Qu'est-ce qu'un coach, qu'est-ce qu'un jouteur?

Jean-Marc Cuvelier, notre jouteur le plus capé internationalement - il est le seul à avoir participé aux quatre coupes du monde -, et Jonathan Fox, co-fondateur de la ligue belge et notre coach à l'Impro 90 - celui par qui l'énergie et la nourriture de l'imaginaire doivent venir -, ont accepté de se prêter à notre questions-réponses pas improvisé...

- Parlons d'abord préparation...

J.-M. C.: Il faut apprendre à bien connaître les individus du groupe, au-delà de la conversation de bistrot, pour obtenir une parfaite homogénéité. Savoir dans quel univers on peut les amener, savoir ce qu'on peut construire avec eux. Un code, sorte de feeling, s'installe alors entre nous. Dans la perspective de ces trois semaines de vie commune, nous avons commencé à déblayer le terrain par une petite thérapie de groupe, afin de percer les abcès...

- Une Coupe du monde entraîne-t-elle des difficultés au niveau technique et tactique, des différences par rapport à un championnat national?

J.-M. C.: Pas sur la forme, mais bien sur le fond. Les Canadiens prennent beaucoup de place et travaillent surtout les situations du quotidien. Les Suisses sont plus difficilement cernables. Chez les Français, tout est dans le verbe. Les Belges sont sans doute les jouteurs qui prennent le plus de temps pour construire une atmosphère, qui laissent des silences.

J. F.: La tactique est autre. Car on est baigné pendant un mois dans l'impro. Il y a un potentiel à tenir dans l'équipe. D'où adopter une tactique appropriée, savoir lever le pied, vivre en dehors des matches, aller au resto ensemble, parler... C'est très important.

- Qu'est-ce qui différencie le travail du coach de celui du jouteur?

J. F.: En tant que jouteur, on peut extérioriser toutes ses angoisses dans un match. En tant que coach, on reçoit sur les épaules tous les petits bobos de son équipe sans pouvoir partager le fardeau. C'est donc après que le coach se défoule... Son travail est beaucoup plus cérébral, plus tactique. Et il doit être extrêmement rapide dans sa recherche de bonnes idées.

J.-M. C.: Un jouteur doit être sans cesse disponible malgré tous les personnages qu'il a pu explorer. Avoir la tête vide au début de l'impro pour avoir une ouverture et une écoute totales. Jouer dans le moment présent et ne pas rester sur les indications que le coach a données. Etre aussi disponible face à un joueur plus faible, jouer avec lui et non l'enfoncer.

- A propos de joueurs plus faibles, on ne peut s'empêcher de penser aux Ivoiriens, étant donné qu'ils participent à leur première Coupe du monde et qu'ils n'ont découvert l'impro que l'an dernier. Comment voyez-vous leur arrivée?

J.-M. C.: Ils seront la grosse inconnue du Mondial. On ne sait pas qui ils sont, comment ils vont jouer. Ils ont un rythme différent du nôtre et arrivent dans un pays froid...

J. F.: Je me délecte d'avance. Je n'ai aucune inquiétude. Je pense que cela est détonant. Lorsque j'ai joué face aux Antillais, ils nous avaient désarçonnés car, pendant dix minutes, ils sont restés sur la patinoire sans bouger. Cela allait à l'encontre de tous nos critères. En fait, par leur manière de ne pas improviser comme nous, ils nous ont beaucoup appris. Tout l'intérêt réside dans la confrontation des énergies différentes, peu importent les accents, le vocabulaire. La force de l'improvisation est de se trouver en face de joueurs qu'on ne connaît ni d'Eve ni d'Adam et de faire ensemble une heure et demie de spectacle public. Heureusement qu'il existe encore des surprises comme les Ivoiriens!

- Et quelle sera la botte secrète des Belges?

J. F.: Nous en avons sept... comme la botte de sept lieues. Pour les connaître, rendez-vous sur la patinoire!

Page réalisée par

FABIENNE BRADFER

VINCENT QUITTELIER

THIERRY WILMOTTE

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