DE LOBBES A THUIN,ILS RESTENT LES MAITRES INCONTESTES DES RIVIERES : LES JOUTEURS THUDINIENS N'ONT PAS DE CONCURRENTS

De Lobbes à Thuin, ils restent les maîtres incontestés des rivières

Les jouteurs thudiniens n'ont pas de concurrents

Il s'en est fallu de peu pour que les joutes nautiques qui se disputaient dimanche à lobbes, dans le cadre des festivités de la confrérie Saint-Ursmeer, ne se hissent à l'échelon national. A vrai dire, il aurait juste suffi que le club La Nervienne de Lobbes croise la lance avec son homonyme de Thuin pour que l'événement folklorique baigne dans l'ambiance fébrile des stades, les soirs de finale. C'est que la Belgique ne compte à l'heure actuelle que ces deux équipes-là, qui ont par ailleurs très rarement l'occasion de se mesurer... Mais on ne perdra toutefois rien au change puisque le week-end du 21 juillet réserve un duel aux flambeaux on ne peut plus chevaleresque et un affrontement franco-belge du meilleur cru.

Dimanche, il s'agissait plutôt d'un entraînement, puisque les jouteurs de La Nervienne Lobbes se sont «battus» entre eux. Mais le spectacle en valait largement la peine; sportivement et historiquement parlant.

La tradition est séculaire mais aucune trace écrite ne détermine précisément l'époque à laquelle les premières joutes nautiques ont été instaurées par les bateliers. On a toutefois pu établir que les affrontements avaient lieu à l'occasion de mariages ou de fêtes, mais il a fallu attendre la fin du siècle dernier pour qu'une association, baptisée La Nervienne, reprenne le folklore à son compte. De mémoire d'homme, les premières manifestations auraient été organisées en Thudinie vers 1895, au profit d'oeuvres de charité et d'orphelinats. Mais il ne s'agit que de témoignages et de reconstitutions, les archives de La Nervienne ayant terriblement souffert des dommages de la guerre. On dira donc que les joutes ont quelques siècles dans les jambes, au pays de Thuin et que La Nervienne à Lobbes approche tout doucement le centenaire.

Il y a pratiquement autant de méthodes pour croiser la lance que de façons de planter les choux. La lyonnaise, la languedocienne, la strasbourgeoise, la givordine et enfin, la Parisienne que les bateliers avaient choisi d'employer et que La Nervienne perpétue. La technique est simple: deux barques sont mises en mouvement par trois ou quatre hommes qui tirent des cordes reliées aux deux berges de la Sambre et espacées de moins d'un mètre. Tout l'art de la joute consiste à percuter avec une lance de trois mètres (l'embout est enveloppé de mousse et recouvert de toile de jute) la poitrine de l'adversaire et à le projeter dans l'eau... Méthode originale, il est vrai, mais aussi très physique, précise-t-on à La Nervienne; car au-delà de leur côté folklorique, les joutes regorgent de sportivité. On s'imagine souvent que les duels flottants ne réclament qu'un peu de fibre régionale; eh bien non! C'est plutôt d'équilibre, de condition physique et d'entraînement que les jouteurs se nourrissent, même si c'est au plus grand profit du folklore et des spectateurs présents. N'a-t-elle pas reçu, l'an dernier, le mérite sportif communal? N'a-t-elle pas vaincu l'Autriche, l'Allemagne et la France dans le cadre de compétitions internationales? A Lobbes, on ne joute pas seulement pour le spectacle mais surtout pour le sport. Et quand on rencontre l'autre Nervienne, celle de Thuin, c'est pour se disputer le titre de champion de Belgique, faute d'autres adversaires...

Le samedi 20 juillet, c'est à la lueur des flambeaux que l'on croisera la lance à Lobbes puisque le club y a concocté une «nocturne» de la meilleure cuvée. Le lendemain, la fête nationale prendra des couleurs franco-belges avec un affrontement à la Strasbourgeoise (quatre rameurs et un barreur). Suspense garanti. A ne pas manquer.

DIDIER ALBIN