DES QUESTIONS SUR LA "PRIERE DE GUERISON" DU PERE QUEBECOIS EMILIANO TARDIF, RENOUVEAU CHARISMATIQUE: APPEL AUX TEMOIGNAGES

Des questions sur la «prière de guérison» du père québécois Emiliano Tardif

Renouveau charismatique: appel aux témoignages

Le Renouveau charismatique reste dans l'actualité: on a évoqué les affinités de la famille royale, et voilà qu'on reparle des aficionados de l'Esprit Saint à propos des rassemblements de samedi et dimanche derniers à Liège et à Bruxelles. C'est surtout la «prière de guérison» du père québécois Emiliano Tardif qui pose question aux agnostiques et à nombre de chrétiens troublés par le récit de ce qu'il faudrait appeler des miracles, du moins s'ils étaient avérés. Pour rappel, à la fin de la messe, ce prédicateur auquel les adeptes du renouveau prêtent des dons exceptionnels aurait, par ses seules incantations, réalisé plusieurs guérisons.

Il a même suffi qu'il dise que Jésus est en train de guérir des personnes qui souffrent dans leur corps et demande que celles-ci se lèvent, fassent quelques pas et témoignent de leur guérison pour qu'effectivement, plusieurs fidèles abandonnent siège roulant ou béquilles. Plus fort encore: le thaumaturge - selon le dictionnaire, la personne qui fait ou qui prétend faire des miracles - a aussi affirmé avoir rendu la vue à des malvoyants, l'ouïe à des malentendants, octroyé la fertilité à des jeunes femmes qui ne pouvaient procréer, réconcilié des couples qui ne s'entendaient plus. Et même ôté certaines tumeurs cancéreuses...

Chez les journalistes présents, la perplexité le disputait à l'étonnement, d'autant plus qu'à chaque annonce, on vit effectivement se lever certains doigts dans la salle, à grands renforts de Jésus te guérit, rends grâce au Seigneur!

MIRACLES OU MISE EN SCÈNE

Miracles, travail psychologique ou simple mise en scène: nous posions la question dès lundi.

Officiellement, l'Eglise ne réagit pas à ces «guérisons» mais, en même temps, il faut savoir que le Renouveau en tant que tel est reconnu comme un mouvement ecclésial parmi d'autres - une chance pour l'Eglise, selon Paul VI. Le 8 décembre dernier, la Congrégation pontificale des laïcs allait encore un peu plus loin en admettant l'Emmanuel (qui est en quelque sorte la branche la plus internationale des charismatiques catholiques) dans l'Assemblée des fidèles.

Pour en revenir à la Belgique, il faut aussi rappeler que son «parrain» à la fois national et universel n'est autre que l'ancien archevêque de Malines-Bruxelles, le cardinal Suenens, qui fut aussi d'une certaine manière un des conseillers spirituels du Palais royal. Qui plus est, les évêques en exercice sont régulièrement présents à ses grandes activités: Mgr Léonard était à Liège comme il se déplaça à Beauraing, peu auparavant, où se déroule depuis plusieurs années une grande rencontre-session-pèlerinage. On notera que cette activité fut lancée par l'évêché de Tournai, ce qui explique que Mgr Huard était aussi de la partie dans la cité mariale.

En outre, une commission interdiocésaine francophone du Renouveau jette des ponts entre les groupes de prière et la hiérarchie ecclésiale. C'est l'abbé Jean Simonart, un des responsables du Séminaire diocésain de Limelette (pour Malines-Bruxelles) qui en assure la coordination. Sa lecture des phénomènes «paranormaux» est que tout cela n'est finalement pas si extraordinaire puisque, dans les Ecritures, les guérisons sont légion... L'abbé Simonart est actuellement à l'étranger. Interrogé lundi par une consoeur sur la rencontre de Coronmeuse, il avait étayé son propos en prenant l'exemple d'une retraite de prêtres où Emiliano Tardif aurait annoncé, à bon escient, la guérison de deux d'entre eux souffrant d'asthme... alors que leur «corporation» est pour le moins critique.

QUI VEUT TÉMOIGNER?

Mais, in fine, que pensent les charismatiques eux-mêmes? John M. Lannoye, qui fut de l'équipe qui a préparé Coronmeuse, est bien conscient de l'émoi suscité: Nous recevons bon nombre d'appels qui nous demandent si le Renouveau et les groupes de prière ne sont pas des sectes. Nous devons au respect de la mémoire du roi Baudouin qui en faisait partie de préciser que le mouvement est bien intégré à l'Eglise catholique. La présence de Mgr Léonard - alors que l'évêque de Liège, Mgr Houssiau était en pèlerinage à Lourdes - et de nombreux prêtres le démontre.

Mais «quid» des guérisons? Beaucoup de personnes s'interrogent. En ce qui nous concerne, nous devons au respect de Dieu, des personnes et de leur liberté de croire, de demander que tous ceux et celles qui se sentent guéris, selon ou non les annonces du père Tardif, veuillent bien rendre un grand service à tous ceux qui doutent en s'adressant au secrétariat du Renouveau charismatique à Liège, rue Molinvaux, pour relater leur guérison physique, psychique ou autre. Il va de soi que les documents médicaux nous intéressent au plus haut point...

Ce pourrait effectivement être le point de départ d'une procédure de vérification, comme cela se passe, par exemple, à Lourdes, mais là, la reconnaissance d'un miracle dure parfois des décennies. Alors? Les chrétiens plus critiques sont loin d'attendre ces conclusions. En novembre-décembre 1990, la revue «Golias» avait publié un dossier suite au passage du père Tardif à Lyon (1). Sous le titre Charismatiques: l'arnaque aux miracles; le Père Tardif est-il un escroc?, les «cathos tendres et grinçants» avaient laissé la question ouverte. Mais, ils n'en avaient pas moins déduit que l'Eglise a intérêt à être vigilante quant à de possibles déviations de certains mouvements qu'elle bénit allègrement, sans toujours exercer un réel discernement...

CHRISTIAN LAPORTE

(1) Numéro 24, décembre-novembre 1990. Renseignements: 02/734.34.71.