INDULGENCE POUR TROIS FILS A PAPA

Indulgence pour

trois blousons dorés

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

PERMANENT

Paris, 14 octobre.

Trois condamnations relativement indulgentes dans l'affaire des «blousons dorés»-gangsters, à la cour d'assises de Paris. Edouard de Faucigny-Lucinge, 23 ans, le chef de la petite bande s'est vu infliger huit ans de réclusion criminelle, au lieu des dix requis par l'avocat général. Ses comparses, Laurent Communier et Philippe Lachavanne, tous deux âgés de 22 ans, ont «pris» sept et six ans de la même peine.

Ces jeunes gens de bonne famille s'étaient dévoyés durant quatre mois, le temps de trois agressions à main armée et d'une fusillade-poursuite avec des policiers. Ils avaient fait «bonne impression», il est vrai, aux jurés, et aux avocats des parties civiles. Il n'est pas jusqu'au procureur qui n'ait été influencé favorablement par la manière dont ils ont répondu aux accusations formulées contre eux.

Ce dernier avait finalement prononcé un réquisitoire assez modéré, d'une sérénité qui n'excluait cependant pas la sévérité. S'il avait conclu sur une demande de peines de prison assez fortes, c'est qu'il avait fait valoir que, plus que d'autres, de par leur naissance dans des milieux aisés, de par leur éducation et par les études supérieures auxquelles ils avaient eu accès, ils avaient eu plus de chance que d'autres jeunes gens de leur âge; et s'étaient donc livrés à un gâchis plus grand qu'il convenait de sanctionner en proportion.

Réalité brutale

Ni le fils du prince de Faucigny-Lucinge, ni ses compagnons de (mauvaise) route ne s'étaient dérobés à la réalité brutale des faits. Ils avaient reconnu leur aveuglement d'un moment, et ne s'étaient pas esquivés à leurs responsabilités. Agresser un bijoutier ou un armurier, l'arme au poing; s'attaquer de nuit, en tirant nombre de coups de feu, à des policiers; préparer le rapt (non exécuté) de la fille de Serge Gainsbourg: tout cela relève du pur banditisme. Ils ne l'ont pas nié et ne se sont guère cherché d'excuses.

Ils n'ont pas non plus véritablement expliqué leur comportement durant tout ce temps où ils s'étaient fait du cinéma. Des fils à papa qui s'ennuyaient et qui étaient prêts à toutes les bêtises? Un des avocats des parties civiles (les policiers tirés comme des lapins, place du Panthéon) les avait tout de même qualifiés de bande de voyous, estimant qu'ils n'étaient pas les enfants de choeur qu'ils veulent paraître à présent. L'autre avocat (représentant les commerçants braqués par le trio) avait déclaré que, pour lui, il y avait place à l'espérance-.

JACQUES CORDY.