LA BOURSE OU LA VIE LES COFFRES FICHET SECURITY SONT-ILS A MOITIE VIDES OU A MOITIE PLEINS?

ENTREPRISES

LA BOURSE OU LA VIE !

Les coffres de Fichet Security sont-ils à moitié vides ou à moitié pleins ?

Il est des sociétés qui dès leur création ont tout pour réussir. Profil type de la success story, elles font les choux gras des magazines économiques de style. Il en est en revanche d'autres qui semblent condamnées à sombrer dans les difficultés. Celles-là font plutôt la une du «Journal des protêts». A l'évidence, Fichet Bauche, à savoir le roi européen du blindage (12 milliards de chiffre d'affaires pour le groupe), appartient à la première catégorie. Pourtant, depuis quelques années, il tangue dangereusement vers la seconde.

Né en 1967 de la fusion du manufacturier en serrures de sécurité Fichet (1825) et du fabricant de coffres Bauche (1864), la firme a accumulé pertes sur pertes (600 millions en 1993). Tant au niveau de la société mère en France que de ses filiales. Ainsi, comme d'autres, la filiale belge (Fichet Security, issue en 1991 de Fichet Bauche Belgique et de Niral Sécurité) n'échappait pas à ce qui s'imposait tout doucement comme la règle.

LA VIEILLE GARDE

S'EST RENDUE

Comment expliquer cette déglingue d'une société ayant gravé pendant 125 ans son nom sur la plupart des coffres-forts des banques ? Il y a douze mois, notre confrère «Capital » évoquait des fautes de gestion, un manque d'adaptation à la révolution technique de la sécurité, un conservatisme de marché qui la cantonne au blindage alors que la télésurveillance électronique ne cesse de gagner du terrain, une clientèle immuable (surtout dans le monde bancaire, en Belgique la société s'y affichant avec 45 % des parts comme co-leader avec Chubb Lips) alors qu'il y a un coup d'arrêt dans l'ouverture des agences bancaires, etc.

De son côté, Guy Warlop, le nouvel administrateur délégué de la filiale belge évoque plutôt un problème humain. Et il en veut pour preuve que la vieille garde a dû se rendre pour vaquer ailleurs à d'autres occupations. Fichet Bauche a été victime de son succès, avance Guy Warlop. Pendant longtemps, elle a été une des sociétés les plus en vue à la Bourse de Paris. Le besoin de coffres-forts était chaque année plus important. Las, l'entreprise n'a pas su profiter de ces années fortes pour se doter des moyens d'un vrai professionnalisme. Il n'y a pas eu de tournant en terme de gestion, de produits, de diversification, de marketing, d'opportunité,... En outre, à l'instar de toute l'électronique, les prix de vente se sont écrasés de 15 à 20 % par an. C'était donc un problème à la fois de marché et d'hommes.

A vrai dire, des changements d'hommes, la société en a connus ces derniers lustres. Car si les patrons ont été débarqués, les actionnaires ont eux aussi changé de serrure. En effet, peu intéressés par l'affaire, les héritiers des Fichet et des Bauche la cèdent en 1987 à la Compagnie Navigation Mixte (contrôlée à 30,3 % par Paribas, à 13,2 % par le Crédit Lyonnais,... et même à 5,5 % par la Société Générale). La Mixte comme on l'appelle détient en fait formellement 42 % de Fichet. Toutefois, si l'on considère que Via Banque (9 % de Fichet) et GTI (11 %) sont elles-mêmes filiales de la Mixte, cette dernière s'est donc portée à la tête de plus de 60 % d'une société plus tout à fait blindée.

GESTION PLUS

RIGOUREUSE

Enfin, dès lors que l'on a modifié l'équipage, les choses sont censées s'améliorer. En est-il ainsi ? On peut s'en douter rien qu'à la mine de Guy Warlop. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que sa société accepte d'ouvrir ses portes, alors qu'il y a douze mois elles demeuraient cadenassées à tout communiqué. Toutes les sociétés du groupe ont connu les mêmes problèmes et presque toutes ont changé de patron. A présent, toutes commencent à mieux se porter. Car tous les nouveaux patrons ont apporté une autre culture de gestion, avance Guy Warlop. Quant à la filiale belge, ajoute-t-il le sourire aux lèvres, elle est, de toutes, celle qui se porte le mieux. A tel point qu'elle se déclare prête à croquer à pleines dents (d'acier ?) ce marché estimé entre 500 millions et 1 milliard pour les produits physiques (coffres) et autour de 4 à 5 milliards pour les produits électroniques (alarmes).

Jusqu'à nouvel ordre, Fichet Security compte afficher en 1995 un chiffre d'affaires avoisinant les 550 millions (616 en 1994 et 709 en 1992) et surtout un retour aux profits (entre 5 et 10 millions estimés, pour 4 en 1994 mais surtout une perte de 84 millions en 1993). La recette de ce changement de tendance ? Officiellement : une meilleure productivité, une gestion plus rigoureuse, une restructuration en profondeur par la rationalisation des services commerciaux, une offre renouvelée, l'apparition et le développement de la notion de service,...

Ce dernier volet est essentiel, embraie Guy Warlop. Par le passé, nous étions fournisseur de matériel. On venait chez nous pour acheter un coffre. Aujourd'hui, l'approche est différente. Nous nous positionnons comme une société de services, comme un ensemblier de la haute sécurité, comme une firme pouvant solutionner des problèmes. A ce titre, le matériel - le produit représente toujours 80 % des résultats - est devenu un moyen d'offrir le service. En d'autres termes, le rendement de la société passe de plus en plus par cette évolution du marché vers le service, vers la conception de systèmes intelligents (télé-surveillance, ...).

Bref, plutôt que de se contenter de vendre des petits pois, Guy Warlop les vend accompagnés de recettes. La sauce prendra-t-elle ? Permettra-t-elle de remplir à nouveau les casseroles et les coffres de la firme ? Seul en définitive l'avenir dira s'il s'agit d'un soufflé vite retombé ou d'une nouvelle vie pour la société.

SERGE KALISZ