La capitale détourne la journée sans voiture Watermael en tête du peloton Bruxelles, jamais sans ma bagnole

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La capitale détourne la journée sans voiture

Bruxelles limitera l'opération «En ville sans ma voiture» au quartier européen. Les communes emboîtent frileusement le pas.

Réunie hier matin, la conférence des bourgmestres des dix-neuf communes de Bruxelles a entériné les périmètres relatifs à la journée sans voiture du vendredi 22 septembre. Initiée en France en 1998, l'opération «En ville sans ma voiture» se déroule désormais sous l'égide européenne. Neuf pays participeront à cette reconquête des centres par les piétons et les déplacements alternatifs à la voiture, transports publics en tête.

En ligne de mire, la Ville de Bruxelles a décidé de limiter l'opération à l'ensemble du quartier européen, estimant qu'étendre le périmètre au Pentagone serait, au premier chef, matériellement impossible: deux cent cinquante policiers devraient être réquisitionnés. -Deuxièmement, la ville semble estimer que cette journée entravera la bonne marche commerciale des artères centrales. C'est la raison pour laquelle elle a décidé de différer la fermeture des boulevards du centre au dimanche 24 septembre!

Se refusant à tout commentaire, le bourgmestre François-Xavier de Donnea donne rendez-vous à la presse ce vendredi. Son collègue Yves de Jonghe d'Ardoye la joue quant à lui ironique: Ixelles participera à l'opération: à la demande des autorités européennes, nous interdirons la circulation automobile dans leur quartier. Et, comme vous le savez, une partie de ce périmètre se trouve sur notre territoire...

Du côté d'Inter-Environnement, coordonnateur de l'initiative en Région Bruxelloise, on prône la fermeture du Pentagone en prenant exemple des expériences lilloise et gantoise: A Gand, c'est tous les jours le 22 septembre! , remarque Philippe Mertens, d'Inter-Environnement. Le nouveau plan de circulation qui délimite 35 hectares au centre-ville interdit la circulation automobile. Opposés au départ à cette mesure, les commerçants demandent désormais qu'on supprime le parking et qu'on installe des piétonniers!

Vraisemblablement la plus ambitieuse des communes bruxelloises, Watermael-Boitsfort a choisi l'option intégrale. La verte commune de la deuxième couronne fermera la quasi-totalité de ses artères le 22 septembre (lire ci-contre). Uccle bouclera pour sa part les rues Xavier De Bue et Verhulst tandis que Schaerbeek a délimité les périmètres de la chaussée d'Helmet et de la rue Vandevelde autour du quartier Terdelt. Ces projets clôturent les initiatives susceptibles d'être subventionnées par l'Etat fédéral. D'autres périmètres locaux seront sans doute organisés: à Evere, Saint-Gilles, où on réfléchit et à Forest, autour de la place Saint-Denis.

Au cabinet du secrétaire d'Etat bruxellois à la Mobilité, Robert Delathouwer, on salue les initiatives existantes, se limitant à constater que quelque chose vaut mieux que rien... Ce qui était le cas l'an dernier.

Ch. Sc. et W. B.

Watermael en tête du peloton

C ertains m'ont mise en garde contre le danger électoral potentiel de cette journée sans voiture, à une semaine des communales. Mais je m'en fiche! Il faut prendre ses responsabilités. D'autant que j e suis persuadée que cette initiative sera un succès et qu'elle est appelée à se répéter.

Mercredi matin, lors de la réunion de la conférence des bourgmestres, Martine Payfa n'a pas pris la roue de ses dix-huit coéquipiers. Elle a courageusement quitté le peloton et décrété que, le 22 septembre, Watermael-Boitsfort serait une commune sans voiture.

Attention, précise la bourgmestre, la mesure vaut uniquement pour les voiries communales. Les deux grands axes régionaux que sont le boulevard du Souverain et l'avenue de la Foresterie ne relèvent pas de ma compétence et ne seront donc pas concernés.

Concrètement, la circulation automobile devrait être interdite de 9 heures du matin à 18 heures, sauf pour les véhicules d'urgence et ceux munis d'un macaron spécial. Parmi ces derniers, ceux pratiquant le covoiturage (minimum quatre passagers par auto). Parallèlement, des navettes de la Stib seront spécialement mises en circulation, tandis qu'il sera loisible aux Boitsfortois dépourvus de deux roues d'en louer.

Watermael-Boitsfort était assurément la commune idéale pour tenter cette expérience, conclut Martine Payfa. D'abord parce que la plupart des bureaux y sont concentrés le long des grands axes régiona ux, qui seront accessibles aux navetteurs motorisés. Ensuite parce que je suis sincèrement persuadée que les habitants de cette commune ont un état d'esprit, une mentalité particulière, qui feront de cette journée un franc succès.

WILLIAM BOURTON

Bruxelles, jamais sans ma bagnole

La route d'un centre-ville sans voiture est encore longue. En limitant le périmètre interdit à la circulation automobile au seul quartier européen le 22 septembre, Bruxelles ne jouera pas le rôle moteur et novateur que ses habitants pouvaient attendre d'elle. Un véritable camouflet infligé à la Commission doublé de basses raisons électoralistes...

La vexation? Avisé des réticences du bourgmestre de Donnea, le commissaire Neil Kinnock invitait il y a peu Bruxelles à étendre son périmètre interdit à la voiture ce jour-là. Outre le quartier européen, Kinnock proposait d'inclure «bien entendu le centre-ville». La majorité PRL-FDF-PS-Ecolo n'a retenu que la première proposition, foulant «aux pneus» une initiative goûtée avec bonheur, l'an dernier, par une majorité des 22 millions de citadins européens concernés.

Argument de campagne électorale, à quinze jours des élections communales, l'adage autoroutier des années 70, «Ma voiture c'est ma liberté», contournera donc l'essence même de cette opération: toucher le coeur de la ville un jour de semaine. Là où habitants, commerçants et banlieusards se confondent sur la vague des matins embouteillés. Là où la prise de conscience s'avère nécessaire, touchant l'ensemble des populations que brasse la cité. En roulant pour un lobby commercial soi-disant effarouché, François-Xavier de Donnéa oublie un détail: la grande majorité des habitants n'utilise pas la voiture pour se déplacer et acheter.

L'excès automobile, à la base du déclin urbain et dangereux pour la santé publique, nuit désormais à l'image de la ville, folklorique. Sur les chemins d'une Europe dont elle se targue d'être la capitale, Bruxelles est en panne d'idées. Immobile.

CHRISTOPHE SCHOUNE

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