Le « parler vrai » de Michel Bourlet

L’ex-procureur du Roi de Neufchâteau, gestionnaire du dossier Dutroux, sort un livre de souvenirs. Son « échec personnel » : Fourniret.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 3 min

L’ex-procureur du Roi de Neufchâteau, Michel Bourlet, admis à la pension depuis le début de l’année 2009, est un homme entier et têtu. Sa Traque au loup qu’il publie aux éditions Luc Pire aurait pu se concentrer, pour assurer un prévisible succès de diffusion, à l’affaire qui fit sa notoriété : l’arrestation de Marc Dutroux et cette interminable enquête qui aboutit, neuf ans plus tard, à la condamnation par la cour d’assises du Luxembourg du pervers de Marcinelle, de son épouse Michelle Martin, de son complice Michel Lelièvre et de Michel Nihoul. Le premier titre de son ouvrage, agrémenté de nombreuses citations qui disent sa passion de la littérature et de l’Histoire, devait d’ailleurs emprunter le pluriel et s’intituler « La traque aux loups ». Mais la bête, pour lui, est unique. Plus que Dutroux, c’est Michel Fourniret « l’Ogre des Ardennes » qui lui trotte dans la conscience. « Dutroux, c’est une affaire qui m’a touché au plus haut point, explique-t-il sans surprise. Mais Fourniret, c’était un cadavre dans mon jardin, une affaire encore plus grave ! » C’est en effet sur ses terres (judiciaires) qu’est d’abord découvert le cadavre de Céline Saison à Sugny. L’affaire est confiée au juge Jean-Marc Connerotte. Un an plus tard, les

restes de Mananya Thumphong sont retrouvés à Nollevaux, à quelques centaines de mètres du domicile de Michel Bourlet. Le juge Connerotte est persuadé que l’auteur du double crime est un forestier, habitué de la région.

Mais les autorités judiciaires françaises ignorent les demandes de renseignements issus de Neufchâteau. Et lorsque Michel Fourniret est arrêté en juin 2003 après avoir tenté d’enlever une jeune fille à Ciney, la conviction de Connerotte et de Bourlet est forgée : ce forestier est un des suspects probables du double assassinat dont ils gèrent les dossiers. Les autorités judiciaires françaises rechignent toujours à communiquer avec Neufchâteau. Tout comme, affirme Michel Bourlet, le parquet de Dinant en possession d’éléments qui auraient dû, selon le Code d’instruction criminel, être transmis à Neufchâteau en charge des deux faits principaux d’assassinats. « L’affaire Fourniret est plus concrète, estime Michel Bourlet. Elle est dans la chair. » Et on peut le comprendre : Fourniret évoluait sur son territoire ; son épouse Monique Olivier fit partie de la chorale dans laquelle il chante actuellement ; l’Ogre des Ardennes effectua lui-même des coupes claires dans des bois proches de sa propriété. « Cette affaire reste pour moi un échec personnel », enrage l’ex-procureur. Selon lui, les silences (essentiellement) français et ceux du parquet de Dinant ont démontré que rien n’avait été retenu de l’affaire Dutroux et des recommandations de la Commission d’enquête

parlementaire. « Il y a encore des enseignements à tirer de l’affaire Fourniret », assure-t-il.

Le coup de gueule sur Fourniret a motivé le livre de Michel Bourlet. L’ex-magistrat, entier comme à son habitude, n’a pas la prétention de tracer toute la vérité historique des affaires dont il fut l’un des principaux acteurs (GIA, Titres volés, Dutroux, etc.). L’Histoire, rappelle-t-il dans son livre, est œuvre d’historiens. « Je n’ai voulu qu’apporter mon témoignage de première main », dit-il modestement.

Il parle aussi abondamment de l’affaire Dutroux, tentant de faire le tri entre ce qui fut dans son parquet et le récit médiatique qui en fut rapporté. Le procureur Bourlet apporte son soutien indéfectible au juge Connerotte dont les méthodes et la compétence furent tellement contestées. « A tort, estime-t-il. Et s’il était venu témoigner à Arlon après avoir arrêté Fourniret, les commentaires à son égard auraient été autres. »

Michel Bourlet a raison. Son livre n’est qu’un témoignage. Mais de première main. Il ouvre des fenêtres sur des scènes méconnues des affaires extraordinaires connues au cours des quinze dernières années par le petit et souvent méprisé parquet « rural » de Neufchâteau.

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