LE TRIBUNAL DECOUVRE QUE LE PRINCIPAL INCULPE POURSUIT SES ACTIVITES LE PROCES DE L'"ASSAUT" REBONDIT DROIT DE REPONSE CYNIQUE..

Le tribunal découvre que le principal inculpé poursuit ses activités

Le procès de l'«Assaut» rebondit

Hervé Van Laethem, le chef du groupe d'extrême droite l'«Assaut», est revenu vendredi devant la 8e chambre à trois juges du tribunal correctionnel de Liège. Avec trois coïnculpés, il est accusé de constitution de milice privée, d'infractions à la loi contre le racisme, de port d'armes prohibé et de coups et blessures volontaires (agression d'un stand anti-raciste à la gare de Liège).

L'instruction d'audience a déjà eu lieu («Le Soir» du 21 septembre). On devait, vendredi, entendre les réquisitoires et les plaidoiries. L'affaire a été remise au 21 février, à la suite du dépôt de nouveaux documents et d'une plainte jugée recevable.

Le Centre pour l'égalité des chances et le PCN (un petit parti expert en procédures) ont envoyé à la présidente du tribunal des documents, - auxquels nous faisions référence dès le 7 août -, montrant que Hervé Van Laethem poursuit ses activités au FN bis de Marguerite Bastien.

A l'audience du 20 septembre, il avait d'ailleurs annoncé qu'il avait démissionné de l'armée, laissant entendre qu'il se trouvait ainsi plus libre pour poursuivre une carrière politique qu'il qualifie à présent de « démocratique».

Avec ce rebondissement, le procès de l'Assaut devient de plus en plus le procès Van Laethem.

Deux autres accusés, Pierre Bervoets et Denis Plume, étaient manifestement des suiveurs. Le quatrième, Philippe Snauwaert, devenu employé communal, est apeuré, exprime des regrets et renie ses opinions passées. Ce n'est pas le cas de Van Laethem, très sûr de lui, qui a peut-être quitté la marge de l'extrême droite mais qui n'a pas tourné la page.

Th.E.

Droit de réponse

Hervé Van Laethem nous a adressé un droit de réponse suite à un article évoquant des liens entre le parti d'extrême droite PNFE dont des membres étaient les profanateurs du cimetière de Carpentras et le groupe Assaut dont faisait partie Hervé Van Laethem :

Mis gravement en cause dans un article intitulé «Un lien entre Carpentras et le parlement belge» et paru dans votre édition du 7 août 1996, je tiens à préciser les points suivants :

1. Je m'élève contre le sous-titre employé qui tend à faire croire que je connaissais personnellement les auteurs présumés de la profanation de Carpentras. Je veux préciser clairement et avec la plus farouche énergie que je ne connais pas ces personnes et que je ne les ai jamais rencontrées. Je précise également que je trouve que l'acte dont ils se revendiquent (dans des conditions assez étonnantes, il est vrai) est un geste immonde et imbécile. Plus que d'autres, dans notre camp, nous devons être attachés aux respects des morts, quels qu'ils soient.

2. Il est vrai qu'à l'époque, la revue militante L'Assaut a régulièrement parlé d'une affaire judiciaire (des éléments incontrôlés avaient commis un attentat) dans laquelle, quatre dirigeants du PNFE avaient été arrêtés avant d'être blanchis par un non-lieu. Il est aussi vrai que nous avons eu des contacts avec le PNFE. Mais si vous êtes aussi bien informé que vous semblez le prétendre, vous aurez remarqué que depuis 1991, L'Assaut ne faisait pratiquement plus jamais référence au PNFE. Ce qui semble, tout au moins, indiquer que nous n'étions pas si proches que vous voulez bien le dire. Je veux enfin souligner que l'appartenance des profanateurs au PNFE ne semble toujours pas établie avec certitude. Et quand bien même elle le serait, tous les membres d'un groupe n'ont pas à être tenus pour responsables des fautes de quelques-uns.

3. Vous revenez une nouvelle fois avec le logo de L'Assaut. Nous avons déjà à plusieurs reprises expliqué dans des communiqués ou lors de conférences de presse, que le choix du logo avait été décidé dans une option provocatrice prise au début de L'Assaut pour en faire parler par tous les moyens. Je reconnais avec le recul que c'était sans doute une idée de mauvais goût et une faute politique qui nous donnait une image de nostalgie que nous avons toujours refusé à L'Assaut, que nous voulions être une revue moderne et jeune.

4. Vous qualifiez L'Assaut de revue ouvertement nazie. Sur ce plan, trois précisions. Il y avait des militants provenant de toutes les tendances nationalistes; la tendance officielle de la revue était nationaliste-révolutionnaire, et je défie qui que ce soit de trouver dans un des 54 numéros parus de L'Assaut, une seule croix gammée ou un portrait d'Adolf Hitler.

5. Vous parlez d'une affaire de «viol» de milicien. Il s'agissait en fait d'une enquête suite à un «baptême» d'un sous-officier milicien, qui au niveau des moeurs, est resté bien en retrait de ce qui se produit dans certaines universités. A cette occasion, tous les sous-officiers de ma compagnie ont été, comme moi, interrogés. Comme vous le précisez, cette affaire a été classée sans suite. Ce qui implique donc que je ne suis coupable de rien. Personne n'a été ni condamné ni puni disciplinairement pour cette affaire.

6. Vous parlez de condamnations tombées sur des sympathisants de L'Assaut en mars 95. Je ferai remarquer qu'une nouvelle fois, je n'ai rien à voir dans ce dossier. La plupart des personnes impliquées n'étaient d'ailleurs que de vagues sympathisants de L'Assaut.

7. Vous citez un extrait d'une lettre personnelle qui a été détournée. J'ai à ce propos déposé plainte à la gendarmerie de Bruxelles, voici quelques mois pour détournement de courrier. Je m'étonne néanmoins que vous disposiez d'un exemplaire. 8. Il est marquant de constater la manière dont on essaie de stigmatiser le passé des gens qui militent dans les mouvements nationalistes. Lorsqu'on vient «d'extrême droite», on ne pourrait donc pas changer ? Il serait donc impossible pour moi de passer d'un activisme excessif à une lutte politique démocratique et mesurée. Ne peut-on pas changer sa vision du monde, reconnaître ses erreurs et essayer de continuer à défendre des valeurs nationales dans un cadre démocratique et légal ? Et enfin, doit-on naître démocrate ou peut-on le devenir ? Ces questions seront ma manière de répondre au passage concernant mon bien modeste engagement au sein du Front national de Marguerite Bastien.

Cynique et mensonger

La loi sur le droit de réponse nous force malheureusement à passer ce texte, bien qu'il ne relève aucune erreur matérielle dans notre article du 7 août. Il tend, scandaleusement, à présenter en victime un homme au passé violent, nazi, raciste et révisionniste.

Quelques observations pour ne pas laisser planer le moindre doute.

1. L'Assaut et le PNFE (parti nationaliste français et européen, dont se revendiquent les auteurs en aveux de la profanation de Carpentras) avaient, à l'époque des faits, des contacts avérés, et comptaient peu de membres réellement actifs (deux ou trois dizaines d'un côté, deux ou trois centaines de l'autre). Il est donc très possible que Van Laethem ait rencontré les inculpés français.

Nous ne pouvons pas l'établir et nous ne l'avons pas affirmé.

La dernière phrase sur les « morts de notre camp» fait sans doute allusion aux hommages rendus par Van Laethem aux anciens combattants SS du Front de l'Est.

2. On comprend que Van Laethem fasse mine de s'étonner que les profanateurs soient liés au PNFE. Son journal avait attribué le «geste immonde et imbécile» à une «provocation sioniste» ! L'affirmation que les fautes des membres d'un groupe ne peuvent jeter l'opprobre sur tout le groupe doit être nuancée.

Quand on prône la violence et la haine brute, il est angélique de répudier ses auditeurs qui passent à l'acte. Quant à la « rupture» de 1991 avec le PNFE, elle serait due à des questions de personnes. On ne note pas de changement idéologique sensible dans les derniers numéros de l'Assaut, qui est resté lié à d'autres associations néonazies en France, en Allemagne et en Suisse.

3. La revue l'Assaut n'était pas nostalgique uniquement par son logo. Les hommages à Franco, Rudolf Hess ou Léon Degrelle encombrent une revue qui, pour le Nouvel An 1991, présentait ses voeux : des potences, un gourdin et une flaque de sang...

4. En fonction de ce qui précède, répétons que l'Assaut était une revue nazie. Les sigles (rune d'Odal...) et les slogans (pour une Europe blanche...) sont nazis. Un article de Van Laethem se termine par «l'Europe unie, nationale-socialiste et blanche».

Des autocollants au sigle de l'Assaut sont négationnistes (le journal a soutenu Olivier Mathieu, révisionniste belge).

Un des piliers de l'Assaut publiait un journal (Bec et ongles) qui rendait hommage chaque année en avril à Adolf Hitler. L'Assaut a pris de la publicité dans un fanzine skinhead avec des jeunes bras levés en couverture, créé par le leader du groupe Kontingent 88 (la 8e lettre de l'alphabet est le «H», 88 = Heil Hitler). En 1991, l'Assaut a reçu de l'argent de la milice flamande VMO.

5. Rares sont les baptêmes universitaires qui donnent lieu à un dépôt de plainte. Dans cette affaire, on a quand même évoqué un «viol technique».

Selon un tract qui circule dans les milieux d'extrême droite, Hervé Van Laethem aurait déjà eu des ennuis en 1987 pour faits de moeurs.

6. Cinq des neuf condamnés pour agressions racistes de mars 1995 étaient bien membres de l'Assaut, dirigé par Van Laethem. L'un d'entre eux s'est même présenté comme le responsable de la distribution du journal.

7. Il doit exister à peu près autant de copies de cette lettre «détournée» qu'il n'y a de chefs dans l'extrême droite francophone. C'est-à-dire beaucoup... Une copie a même été versée au dossier actuellement à l'examen au tribunal correctionnel.

8. Hervé Van Laethem dit avoir changé. Sans doute espère-t-il que les trois juges de la huitième chambre du tribunal correctionnel de Liège le croiront. Rappelons que les faits qui lui sont reprochés (voir ci-dessus) ont justifié un maintien en détention en 1992. Ce séjour en prison coïncide avec l'adoption par Van Laethem d'un profil plus bas.

Relativement ! Une photo de mars 1993 le montre à Paris avec des skinheads aux bras tendus. Le 19 avril 1994, il prit encore l'initiative d'un hommage à Léon Degrelle, selon le mensuel des anciens volontaires flamands du Front de l'Est.

Pour être crédible dans «une lutte politique démocratique et mesurée», Hervé Van Laethem devrait tenir un langage « démocratique et mesuré». Le titre de sa conférence de mai dernier (« Les fascistes rouges») n'inspire pas confiance. Pas plus que son affiliation au FN bis, où il côtoie quelques-uns de ses «anciens» amis.