LES GROSEILLE ET DUQUESNOY DU PAUVRE

De «Maguy» aux «Gromelot et Dupinson»

Les Groseille et Duquesnoy du pauvre

«La vie est un long fleuve tranquille», revu et corrigé par la télévision, pour succéder à «Maguy» qui a décidément crié forfait.

PARIS

De notre correspondante

particulière

Maguy est morte ! Vive Maguy. Ou plutôt «Vivent les Gromelot et les Dupinson», ses successeurs. Autrement dit le nouveau sitcom du dimanche sur France 2.

Depuis le temps que Maguy régnait sur les fins d'après-midi du dimanche elle avait fini par faire partie des meubles. Les nouveaux auront-ils une carrière aussi longue ? À eux de jouer. Il est impossible de porter un jugement quelconque sur le premier épisode de la série sauf à dire qu'un sitcom ne peut transgresser les lois du genre : un lieu ou deux et des acteurs qui passent devant une caméra quasiment immobile et qui donnent l'impression de jouer les cabines de photomaton.

Les Gromelot et les Dupinson sont les Groseille et les Duquesnoy du pauvre, ces personnages de «La vie est un long fleuve tranquille», qui sont devenus quasiment des entités. Étant donné les moyens du bord, on ne peut en espérer la même verve comique.

De toute façon, les contraintes du genre obligent à la fois à «couler dans le bronze» les caractères des personnages pour qu'ils deviennent familiers sans effort et à leur écrire des histoires qui se bouclent à chaque épisode de 26 minutes tout en laissant la porte ouverte au suivant. Le principe : «Si vous n'étiez pas là la semaine dernière et que vous avez manqué l'épisode précédent, on s'est arrangé pour que vous n'ayez aucun mal à comprendre celui-ci.»

Deux familles donc : une du genre prolo et l'autre bourgeoise. Les Gromelot, comme leur nom l'indique, sont de la première catégorie. Les Dupinson sont de l'autre. Cinq partout : soit un aïeul, un père, une mère et deux enfants de sexes différents.

Côté Gromelot, grand-mère est dans un fauteuil roulant mais n'en est pas moins virulente : elle a toujours un fusil à portée de main. On l'appelle «Mémé» comme il se doit et elle est interprétée par Marie-Pierre Casey, bien connue des téléspectateurs pour ses nombreuses apparitions dans les sitcoms ou dans les comédies. Elle est souvent préposée aux rôles de femme de ménage plus ou moins ahurie et personne ne peut oublier ses glissades aventureuses sur la table qu'elle faisait briller pour une pub pour un produit d'entretien.

Mémé habite chez sa fille, une bonne grosse rousse prénommée Gisou. Bon caractère et du coeur à l'ouvrage : il semble que ce soit elle qui alimente le ménage. Marcel, dit Cécel son époux, un peu chauve, un peu bricoleur, un peu feignant compte sur elle et sur leur fille Jaja, la coiffeuse, pour « ramener l'entrecôte qui nourrira ses petits chérubins». Quant au fiston Ricky, il est chômeur et ne s'en porte pas trop mal, d'autant qu'il est le chouchou de Mémé.

Les Gromelot habitent une maison de banlieue et squattent plus ou moins celle d'en face, qui est à vendre depuis bientôt trois ans. Ils se sont débrouillés pour faire fuir tous les acheteurs. Cette fois pourtant Cécel ne réussira pas à décourager les nouveaux clients, autrement dit les Dupinson, industriels de bon aloi. Ce n'est pas que le père, Pierre-Alain, soit enthousiaste à la vue du capharnaüm installé par les Gromelot, mais il ne sait rien refuser à sa foldingue d'épouse dont le pendule a opté pour cette villa qui a besoin d'un coup de pinceau.

Les deux enfants Dupinson, Pénélope et Junior, du même âge que leurs voisins d'en face, n'ont qu'à faire contre mauvaise fortune bon coeur et accepter le côté «ringard» de cette résidence de banlieue. Ils sont habitués aux fantaisies vaguement snobinardes de leur mère. Quant au grand-père, dit Papinouchet (ça fait quand même plus chic que «Mémé»), il n'a pas d'opinion, de toute façon, il est sourd comme un pot.

Comment va se dérouler le voisinage de ces familles que «tout oppose», c'est là le ressort comique que joue la série. On peut supposer qu'il y aura des hauts et des bas, des querelles et des amitiés et même, pourquoi pas, des amours. Au jour d'aujourd'hui rien n'étonne plus personne.

JACQUELINE BEAULIEU

«Les Gromelot et les Dupinson» : France 2, 19 h 25.