LES MUSEES ROYAUX DES BEAUX-ARTS OUVRENT UN JARDIN DE SCULPTURES : LA RIVIERE DE MAILLOL COULE RUE DE LA REGENCE

Les Musées royaux des Beaux-Arts ouvrent un jardin de sculptures

La Rivière de Maillol coule rue de la Régence

Les Musées des Beaux-Arts sortent leurs femmes sensuelles, épanouies. Maillol, Heiliger, Greco et Ledel bronzent au jardin de sculptures.

Vers la mi-septembre, les Bruxellois et les touristes pourront jouir d'un nouveau jardin. Juste à côté des Musées royaux des Beaux-Arts, rue de la Régence, une grille de fer forgé aux pointes d'or s'ouvrira pour permettre aux promeneurs de se reposer au milieu des arbres, des buissons et des fontaines tout en admirant les formes lourdes, rondes, lascives de quatre statues. Les Musées inaugureront alors leur nouveau jardin de sculptures.

Il y aura là un magnifique Aristide Maillol, «La Rivière», un bronze qui date de 1938-1943 et dont le superbe corps nu sera cerné d'une pièce d'eau. Un Heiliger, un artiste allemand: la «Grano Nike», datée 1915. Un bronze d'Emilio Greco, un sculpteur italien: «La Baigneuse». Et un granito du belge Dolf Ledel: «Offrande». Quatre pièces, pas plus, mais de grandes tailles, pour ce nouveau jardin.

À LA REDÉCOUVERTE

DE L'OEUVRE DE BALAT

- Ce terrain, qui jouxte l'aile gauche des Musées érigés par Alphonse Balat, le long de la rue de Ruisbroek, était une zone perdue, inconnue du public, laissée à l'abandon depuis plusieurs années, explique Régis Hespel, ingénieur industriel principal des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. Je suis convaincu que les visiteurs du musée seront contents de se balader dans ce nouveau jardin, de découvrir les quatre oeuvres qui y seront mises en valeur et de (re)découvrir la façade latérale du bâtiment de Balat.

Dix statues monumentales ornent cette façade. Elles surplombent le jardin et le couveront comme des muses. Et on redécouvrira la puissance de la sculpture belge de la fin du XIXe (le musée a été construit en 1876) avec les allégories de Henri Devillez, Alphonse De Tombay, de Louis Samain, d'Albert Desenfans et de Julien Dillens.

- On cheminera des grilles de la rue de la Régence vers les Archives générales du Royaume, en contrebas. Ce jardin sera agrémenté de nombreuses plantations. Mais, avant tout, nous avons respecté les arbres et les plantations existantes.

Les Musées n'ont-ils pas peur que les vandales, eux, ne respectent pas les oeuvres? Si, évidemment! Nous allons brancher des caméras en permanence et le jardin ne sera ouvert que durant les heures d'ouverture des musées.

Une déception, quand même, la majesté de Balat, de Maillol et des autres bute sur la pauvreté de l'architecture des Archives et de ses cheminées d'aluminium. Quand vous emprunterez ce chemin, essayez de ne pas les voir...

Ce ne sera pas le seul cadeau que nous offriront les Musées la saison prochaine. En mai 1992, on ouvrira une Galerie des sculptures.

Cette galerie se situe sous la terrasse dominée par les onze allégories de l'Art, tout près donc du jardin de sculptures. Hier, cette galerie était occupée par les services techniques des musées. Aujourd'hui, on l'a dégagée et rénovée: elle est très belle. Les voûtes ont été replafonnées, toutes blanches. Les piédroits, les sommiers et les claveaux des arcs ont été laissés en briques apparentes. Les sculpteurs belges des XVIIIe et XIXe siècles y trouveront un superbe écrin: les Godecharle, Geefs, Simonis, Vander Stap pen, Vinçotte, Mignon, Minne, Wolfers, Lambeaux, Rousseau, Lagae, Dillens. Elles seront mises en valeur par un éclairage nouveau créé pour les Musées par l'Allemand Ingo Maurer. Des Musées, on accédera à cette galerie par l'escalier qui mène à la cafétéria.

UNE GALERIE INAUGURÉE

ET IMMÉDIATEMENT FERMÉE

Inauguration officielle en mai de l'année prochaine. Mais sans doute l'ouverture sera-t-elle immédiatement suivie de la fermeture.

- C'est un drame, avoue Régis Hespel, mais sans doute la galerie sera-t-elle refermée après l'inauguration, faute de personnel. Nos cadres ne sont pas assez étoffés et nos moyens de recrutement sont difficiles. Si la situation n'évolue pas, nous n'aurons pas d'autre solution que de fermer les portes de cette galerie, faute de gardiens.

Comme, déjà aujourd'hui, certaines salles sont fermées le midi. Au grand dam de certains visiteurs, particulièrement étrangers, qui veulent admirer les toiles célèbres, comme le «Marat assassiné» de David, et qui se retrouvent devant des portes closes. C'est, évidemment, scandaleux. Encore davantage pendant ces temps de vacances, où le personnel est moins nombreux alors que les visiteurs, eux, se pressent de plus en plus. La situation est catastrophique. Elle est scandaleuse. Comment imaginer que l'État, via sa Régie des bâtiments, dépense de l'argent pour installer une galerie de sculpture belge dans les Musées mais la laisse aveugle faute de moyens?

JEAN-CLAUDE VANTROYEN