LOUVAIN-LA-NEUVE: PAS UNE VEUVE MAIS UNE VIERGE

DOSSIER (suite)

Louvain-la-Neuve: pas une veuve, mais une vierge

Claire Demain, la directrice de la Cellule de liaison «Recherche et Développement» de l'UCL, a toujours une «carte de visite». D'un côté, une prise de vue aérienne de la région autour de Louvain-la-Neuve en 1971: quelques maisons, des terres agricoles et un chantier. De l'autre, le même cliché, mais seize ans plus tard: le contraste!

«Louvain-la-Veuve», c'est ainsi que certains appellent toujours le fruit francophone de l'éclatement de l'Université catholique de Louvain.

L'Université catholique de Louvain (UCL) a été fondée en 1425, souligne Claire Demain. En 1968, après que les Flamands eurent «chassés» les Wallons de Leuven, elle n'était pas une veuve rancunière et triste. Louvain-la-Neuve était vierge, jeune et dynamique.

Sur le campus universitaire, travaillent aujourd'hui mille professeurs, six cents assistants et mille quatre cents ouvriers et employés. Il y a vingt et un mille étudiants. Mais Louvain-la-Neuve est plus qu'un campus dynamique et moderne. Sur les neuf cents hectares achetés par l'UCL en 1986, cent cinquante hectares sont occupés à présent par un parc scientifique. On y ajoutera bientôt septante hectares. Le parc scientifique compte aujourd'hui quatre-vingt-quatre entreprises, qui ont investi déjà plus de dix milliards et emploient plus de trois mille cent personnes.

Un cadre du groupe chimique américain Ethyl, qui a récemment ouvert un centre de recherche dans le parc scientifique, explique que Leuven était également candidat à l'implantation de ce centre. Mais à Louvain-la-Neuve, une seule instance, la Cellule de Liaison R D, s'est occupée de tout!

La directrice, Claire Demain, est la force motrice de cette cellule, qui travaille comme une passerelle à double sens entre l'université et le monde des entreprises. Une de ses tâches est l'accompagnement juridique et financier de la recherche, organisée à la demande d'entreprises extérieures. Mais on va plus loin. La cellule décélera par exemple les recherches qui peuvent s'avérer intéressantes pour les entreprises. Et si elle ne trouve pas de partenaire dans le privé, elle peut se trouver elle-même à la base de la création de nouvelles entreprises.

Le plus bel exemple: Ion Beam Applications (IBA). IBA est née lorsqu'un groupe de chercheurs de l'UCL, à la veille de leur départ pour un congrès aux États-Unis, est venu présenter les résultats de leurs travaux et leurs projets à Claire Demain.

La réaction de Mme Demain: vous êtes fous de parler de vos recherches aux États-Unis sans avoir au préalable pris des brevets. Elle les a littéralement traînés jusqu'à l'Office de brevets à Luxembourg. En mars 1986, les chercheurs, l'UCL et des partenaires privés créaient IBA. L'idée était de réaliser un accélérateur de particules nucléaires pour usage médical et industriel. L'accélérateur de particules avait déjà des applications concrètes, mais ces appareils étaient conçus et fabriqués pour une utilisation scientifique.

Notre cyclotron (accélérateur de particules) représentait une révolution de la technologie déjà existante, dit Yves Jongen, le père de IBA. Le marché mondial des cyclotrons est limité: 3 à 4 machines par an en moyenne.

Nous avions visé un quart du marché mondial, soit une machine par an, et un chiffre d'affaires annuel de l'ordre de 150 millions (le prix d'une machine), raconte Jongen. Mais tout s'est développé plus vite que prévu: IBA a vendu la première année cinq machines s'octroyant ainsi quasiment 100 % du marché mondial.

L'entreprise de plus de cent personnes que nous sommes devenus, ne pouvait plus s'appuyer sur un seul produit, explique Jongen. IBA a donc conçu une deuxième chaîne de produits, le baby cyclotron et une troisième, un grand cyclotron pour le traitement du cancer. Récemment, le prototype d'un quatrième appareil, le Rhodotron, a été mis au point. Il est lui destiné à des applications industrielles comme la stérilisation et le traitement d'aliments.

Ma prévision la plus prudente en matière de croissance est que IBA doublera son chiffre d'affaires pour atteindre 1,5 milliard dans les cinq ans.

FREDERIK MARAIN