LES TROIS FRERES BELVAUX : LA COMPLICITE TRANSFRONTALIERE

DES VOYAGEURS

Les trois frères Belvaux:

la complicité transfrontalière

Nom: Belvaux. Prénoms: Bruno, Lucas, Rémy. Trois frères, trois trajectoires définitivement tournées vers les Arts. Origine? L'Entre-Sambre-et-Meuse. La rencontre aurait très bien pu se faire à Couvin, autour d'une tasse de café ou d'un verre de rouge. Toutefois, la «fratrie» vit la séparation pour des raisons professionnelles. Lucas et Remy sont à Paris. Bruno travaille à Namur. Voyage au-delà de la frontière.

Un simple coup d'oeil sur des clichés pris lors de l'une ou l'autre manifestation suffit à les distinguer. Tellement de différences.... Lucas, c'est un peu le rebelle de la famille. Parti à l'âge de 16 ans pour faire du cinéma, maintenant il en vit. Benoit, c'est plutôt la voie royale pour la culture avec cette vocation pour la communication. Enfin, Remy, c'est le petit frère, amateur de dessins, couronné par le coup d'éclat du trio Belvaux-Bonzel-Poelvoorde. Différents et pourtant, lorsqu'ils se mettent à parler, c'est un nouveau trio qui surgit: racine, famille et amitié reviennent comme un leitmotiv.

L'Entre-Sambre-et-Meuse, c'est le sujet incontournable. Cette région, c'est mes racines, explique Rémy. Quand on était petit, on allait jouer dans les bois. On connaît cette région par coeur. Ce que j'aime, c'est ce temps frisquet, les copains, l'accent, la sensibilité... Je l'aime sincèrement. L'idéal pour moi serait de pouvoir y mêler métier, plaisir, joie et tendresse.

Cet attachement du cadet de la famille pour la région, Bruno l'a aussi ressenti: Quand Rémy a envisagé d'aller à Paris, il ne voulait pas partir. Pour lui, ce n'est pas l'exil du genre «Terre pourrie, je me casse de là!». Un attachement qui pour Lucas se concrétise par un phénomène particulier: Ce qu'il y a de drôle, c'est qu'une fois passé la frontière, mon accent change. C'est quasi physique. C'est sûr que lorsqu'on en parle, on a le regard de ceux qui y ont grandi.

SOURCES D'INSPIRATION

ET ESPRIT DE FAMILLE

Parler de la famille, chez les Belvaux, c'est nécessairement lever un coin du voile sur l'entente particulière qui règne entre ses membres. Le retour des deux «exilés» chez leur mère a, dit-on, toujours quelque chose d'étonnant. Néanmoins, s'il faut parler boulot, c'est les grands-pères Belvaux que l'on doit évoquer. Un de nos grands-pères est pour Rémy et moi une source d'inspiration permanente, commente Bruno. Lorsque l'on va chez lui, on a toujours un petit carnet et on note. D'ailleurs, Rémy a l'habitude de s'asseoir sur son carnet pour qu'on ne lui pique pas ses idées.

Cette union prend parfois des proportions comiques. Interviewé à propos de son dernier spectacle, Bruno a remarqué que le journaliste avait tout mélangé. Rémy était installé à Paris depuis 1979, Bruno faisait partie de l'équipe de «C'est arrivé...» et Lucas était attaché au service culture. Je suis super heureux que cela soit arrivé, poursuit Bruno. Quand on était petit, je me rappelle que lorsque l'un de nous trois tombait à vélo, les deux autres rappliquaient dare-dare. Indissociables.

Difficile d'éviter de parler de Paris si l'on sait qu'à treize ans d'intervalle, deux frères ont décidé de s'y installer. Bruno qualifie Lucas de «vrai parisien». Ce qu'en pense l'intéressé? De façon évidente, je m'y sens bien. Paris, c'est avant tout une entité professionnelle. La ville a un côté transitoire, on la traverse. L'origine? Je n'ai jamais joué sur ma nationalité. Les gens qui savent que je suis belge font parfois l'amalgame avec André Delvaux. Belvaux, Delvaux... À mon avis, ils pensent que tout ce qui se termine par «aux», c'est Belge. Un peu l'équivalent des Dupont-Durant chez eux.

Pour Rémy, l'idée de Paris a un caractère transitoire: J'aime Paris parce que j'aime les gens qui m'entourent. Mais, c'est beaucoup plus stressant... J'ai besoin de filmer chez moi avec des gens que je connais. Ici, le système de production est trop lourd.

NAMUR «IN MEMORIAM»:

GRANDEUR ET DÉCADENCE

Si Lucas avoue ne pas avoir d'idée ou de souvenir précis se rapportant à la ville, Bruno et Rémy ont quelques opinions sur le sujet. Pour Rémy, Namur, c'est l'arrivée en Art appliqué à l'Institut Félicien Rops, après avoir clôturé - plutôt mal, d'après lui! - sa 5e Moyenne et bien entendu sa rencontre avec Ben. J'étais à l'internat et là, je ressentais l'ambiance de Namur comme quelque chose de snob et cossu mais c'est là aussi que j'ai rencontré mes amis.

Travaillant à Namur depuis quelque temps, Bruno est plus à l'aise pour déballer ses opinions. Namur, c'est des grands dossiers comme le devenir du théâtre, l'aménagement du Grognon et c'est en même temps, l'accumulation de tares typiques aux petites villes bourgeoises, explique-t-il. À propos du film «C'est arrivé près de chez vous», l'amertume transparaît. Avant Cannes, on les considérait un peu comme des sales gamins, à présent tout le monde s'en revendique. Lorsque nous avons cherché après des sponsors susceptibles de soutenir «Modèle déposé» - une pièce interprêtée par Poelvoorde au théâtre du Blocry, à Louvain-la-Neuve -, j'ai envoyé trente courriers sur Namur. Pas un accusé de réception, sauf une banque...

L'image de Namur, bannie? À l'école, on nous apprenait que l'homme se retrouvait au confluent de fleuves. Le Namur de Rops, de Saint-Loup, de Baudelaire... Là je me sens bien. Parfum de grandeur et décadence.

CATHERINE DETHINE