MAITRE RENARD, PAR L'APPAT ALLECHE, SE VACCINE

Maître Renard,

par l'appât alléché,

se vaccine

Dès le 2 avril, le renard, par l'odeur de l'appât alléché, mordra à belles dents dans la croquette composée de farine et d'huile de poisson. Ses canines pointues déchireront du même coup un petit sachet de plastique dissimulé dans l'appât, libérant le vaccin antirabique.

La deuxième phase de la campagne de vaccination antirabique du renard, à l'aide du vaccin recombinant vaccine-rage, commence ce lundi. Vingt-cinq mille doses de vaccins vont être distribuées par hélicoptère au-dessus de 25 entités communales (1) de la province de Luxembourg.

Le renard roux est le principal vecteur de la rage. L'espèce est la plus sensible au virus et est la seule à maintenir l'épidémie. Aussi, pendant longtemps, l'objectif a été la réduction drastique de la population des renards, afin de parvenir à une densité telle que la transmission de la maladie soit impossible. Mais aujourd'hui, il est fini et bien fini le temps du gazage systématique des terriers. Cette mesure, appliquée pourtant durant des années dans plusieurs pays, s'est d'ailleurs révélée inefficace.

En 1978, la Suisse expérimente pour la première fois une nouvelle méthode: la vaccination par voie orale. Notre pays a commencé à expérimenter la technique en 1986, dans le cadre d'un projet européen, grâce à la collaboration de l'Exécutif de la Région wallonne, de l'inspection vétérinaire du ministère de l'Agriculture et du Fonds pour la Recherche contre la Rage (FoReRa), constitué par le service de virologie de la Faculté de médecine vétérinaire de l'université de Liège et par l'Institut Pasteur.

D'autres campagnes ont suivi mais elles n'ont pas toujours été assez intenses pour mettre un terme à la maladie.

Il faut frapper fort, de manière répétée et partout, précise le Pr Paul-Pierre Pastoret, qui dirige le service de virologie de la faculté de médecine vétérinaire de l'université de Liège. La rotation de la population des renards est très rapide. Si l'on veut réussir, il faut vacciner 75 % de la population. C'est une opération à long terme. Il faut en être bien conscient. Ne pas renoncer trop vite.

Un vaccin prometteur?

La campagne qui commence ce lundi fait partie d'un programme national d'éradication de la rage dans la zone contaminée de notre pays. Une première campagne s'est déroulée en novembre dernier et une troisième devrait avoir lieu en novembre prochain.

L'efficacité de deux types de vaccins et de deux méthodes de distribution va être comparée tout au long du programme. Le virus recombinant vaccine-rage (vaccin Rhône-Mérieux) est distribué par voie aérienne sur 2.200 km2. La souche atténuée SAD B19 du virus rabique (vaccin allemand) a été distribuée manuellement sur 8.000 km2, mais, pour la prochaine campagne, sera probablement elle aussi larguée par hélicoptère.

Le Pr Pastoret croit beaucoup en ce second vaccin, mis au point par le laboratoire Transgène à Strasbourg, grâce à l'ingénierie génétique: Il est efficace, inoffensif pour les autres espèces. Il résiste mieux aux conditions climatiques. La distribution par hélicoptère permet un meilleur contrôle des zones couvertes.

MARTINE DUPREZ.

(1) Léglise, Attert, Messancy, Musson, Etalle, Habay, Meix devant Virton, Rouvroye, Florenville, Vaux-sur-Sûre, Martelange, Arlon, Aubange, Saint-Léger, Virton, Tintigny, Chiny, Bastogne, Neufchâteau, Herbeumont, Bertrix, Libramont, Fauvillers.

Informations, tél.: 02-522.58.25.

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