Marchienne-au-Pont - Urban Dream 3 rassemble trente graffeurs européens jusqu'à dimanche Urbaine jouvence à la Porte Ouest

Marchienne-au-Pont - Urban Dream 3 rassemble trente graffeurs européens jusqu'à dimanche

Urbaine jouvence à la Porte Ouest

* Jean-Marie Canon, patron du programme Porte Ouest, a

remis des couleurs sur cette entrée de la ville. L'événement

accueille le Beau Vélo de Ravel samedi.

ENTRETIEN

MARCEL LEROY

Marchienne. Route de Mons. Une maman qui pousse un landau prend une photo polaroïd de la fresque réalisée sur un vaste panneau masquant des maisons en ruines. Les graffeurs hollandais ont déployé tout leur talent, annonçant l'arrivée des trente artistes sélectionnés par un jury indépendant. Riant avec son fils, la jeune femme admire la photo déjà sèche. Observant la scène de l'intérieur d'un café, Jean-Marie Canon a l'air content. Patron du programme Charleroi Porte Ouest, il se passionne pour l'art de la rue, aime voir les couleurs faire vibrer cette entrée de la grande ville déchirée par le déclin de l'industrie...

Pourquoi avoir lancé ce festival du graffiti dans ces quartiers ?

Au début, l'idée était d'embellir les quartiers proches de l'industrie. Ils souffrent d'une mauvaise image. Mais les gens qui habitent ici montrent leur attachement à ce coin de terre. Cela peut paraître étrange pour celui qui vient de l'extérieur. Pourtant, à Marchienne et Monceau, la vie associative est très importante. On recense plus de cinquante associations et trente clubs sportifs. Le premier festival, en 2001, a été la première étape d'un événement artistique qui dure. A la limite, nous aurions pu organiser un grand concert, mais nous n'aurions pas eu le même impact.

C'est-à-dire...

Nous avons prouvé qu'on pouvait lancer des projets d'envergure dans les quartiers difficiles. Le bourgmestre a montré qu'il nous faisait confiance. Et le premier festival a été un succès. Il a attiré les gens des quartiers où il se déroulait et un public extérieur. C'était le but recherché. En 2003, les graffeurs ont travaillé sur une grande surface de murs, écrivant une sorte d'histoire multiple, morcelée. Cette année, un thème a été choisi et deux espaces sont réservés aux créateurs. Ils devront harmoniser leurs approches, réaliser une oeuvre collective sur le thème du vélo. Le Beau Vélo de Ravel aura lieu au même moment (NDLR : le 28 août à 13 heures, au château de Monceau). Les cyclistes rouleront en appréciant les efforts des artistes de rue.

Charleroi est désormais connu dans l'univers des graffeurs ?

Notre site internet (NDLR : www.urbandream.be) a reçu 45.000 visites cette année. Les graffeurs parlent partout des murs de Charleroi. Peu de villes osent proposer de telles surfaces d'expression à ces créateurs. Charleroi a même ouvert un mur d'expression libre. Il ne faut pas confondre le tag, qui est un signe d'existence, et la recherche artistique des graffeurs. Avec une simple bombe de peinture, ils arrivent à réaliser des oeuvres impressionnantes. Il faut les voir sur le terrain, face à leur mur. Ils regardent longtemps, projettent mentalement leur vision puis se mettent à peindre. C'est fascinant.

Quelle caractéristique de cette édition mettre en lumière ?

La demande des riverains de la Providence. Le comité de quartier avait observé les graffeurs mettre de la couleur sur le gris. Ils avaient envie que leurs murs changent aussi. Ils ont organisé une buvette, se relaieront, prolongeront en quelque sorte l'histoire qui se dessinera sur les murs. C'est ce que nous attendions. Susciter une rencontre entre les gens, rebondir sur d'autres idées. Charleroi Porte Ouest, c'est bien plus que le festival Urban Dream 3. Un ensemble d'approches passant par le nettoyage des rues, la présence des éducateurs sur le terrain, la Maison des associations, la mission pour l'emploi, l'Espace citoyen du CPAS, le hall d'initiation sportive...

D'où viennent les graffeurs ? Comment vivent-ils leur passage par Marchienne ?

Leurs frais sont payés mais ils ne sont pas rémunérés. Beaucoup prennent congé pour venir s'exprimer à Charleroi. Sur quelque cent cinquante candidatures, le jury a retenu trente artistes. Ils viennent de Pologne, des Pays-Bas, d'Italie, d'Espagne, de France, d'Allemagne et de Belgique. Des Carolos sont présents. Toute l'année, nous entretenons une relation avec les graffeurs. Certains d'entre eux sont célèbres dans le milieu. Ils travaillent devant les gens, répondent aux questions, repartent avec une image de Marchienne à l'opposé des clichés. Grâce à la Province de Hainaut, nous avons pu leur proposer une exposition, dans le hall d'entrée de l'UT. Aujourd'hui, à côté du Cosmopolis de Paris et des festivals de Wiesbaden et de Dunkerque, Charleroi est une étape sur la route des graffitis. Avec eux, la ville affirme sa modernité.·