MEETING INTERNATIONAL DE NIVELLES "KILLING KIM" FRAPPE TOUJOURS DEUX FOIS

Meeting international de Nivelles

«Killing Kim» frappe toujours deux fois

La piste du stade du Parc de la Dodaine, à Nivelles, a beau être presque à sang, elle n'en conserve pas moins quelques relents d'élasticité bienvenus à certains endroits. Kim Gevaert, dans la foulée directe de la Malgache Rakontrondabe, et l'Ivoirien Olivier Zirignon, tout seul, comme un grand, ont eu l'occasion de s'en apercevoir, samedi, lors de la 11e édition du meeting organisé par le CA Brabant Wallon.

Zirignon, non annoncé mais bien présent, après une sortie en demi-teinte à Athènes - J'ai été jusqu'en quart de finale mais je revenais de blessure -, étudiant en psychologie à la Norfolk State University, en Virginie, où il s'entraîne en compagnie de Tim Montgomery et d'Andre Cason, a survolé le 100 m en 10.17, nouveau record de Côte d'Ivoire... et du stade à la clé.

Au départ, je voulais simplement gagner, battre le Jamaïcain (NDLR : Shelton), s'exclamait-il. Si j'avais su, je n'aurais pas levé le pied et les bras si loin de la ligne ! En tout cas, cela promet pour les Jeux de la Francophonie, où j'espère retrouver les Canadiens Surin, Esmie et Gilbert.

Kim Gevaert, rebaptisée «Killing Kim» par ses copines de la cellule sprint de la VAL, a préféré, pour sa part, jeter son dévolu sur les Universiades de Catane. Il faut dire que le premier rendez-vous de sa saison, les championnats d'Europe espoirs de Ljubljana, n'avait pas été une réussite. J'ai sans doute commis l'erreur de n'y courir que le 200 m, avouait-elle. J'étais partie de l'idée qu'il y aurait trois tours dans les deux épreuves de sprint et je ne voulais pas en faire de trop. Or, il n'y en a finalement eu que deux. Si j'avais su, j'aurais également disputé le 100 m...

Après une intense semaine de préparation en vue de son futur déplacement en Sicile, et alors qu'elle ne s'y attendait pas du tout, la petite bombe brabançonne, qui avait également un peu loupé son début de saison à cause de ses examens universitaires, a amélioré à deux reprises son record personnel et donc le record de Belgique junior, réussissant d'abord 11.58 en série, puis 11.52 en finale du 100 m. La voici aujourd'hui à 11 centièmes du «vrai» record de la distance, celui de Lea Alaerts, qui tient la route depuis 1977.

Je pensais pouvoir courir autour des 11.60, tout au plus, disait-elle. Je manque encore de puissance; j'arrive rapidement à ma vitesse maximale mais je ne parviens pas à la maintenir suffisamment longtemps. Logiquement, pour être au niveau de mon record indoor de cet hiver sur 60 m, je devrais encore aller plus vite.

Mais il n'y en a pas eu que pour le sprint à Nivelles, samedi. Sur 100 m haies, la Tchèque Rudova a approché son tout frais record national en 13.09, au marteau féminin, l'Australienne Sosimenko a réussi, avec 66,60 m, la cinquième performance de la saison, et, sur 5.000 m, Benoît «Z» a réussi son grand retour en se promenant en 13.56.09. Dommage qu'ils aient été si peu nombreux à apprécier le spectacle...

PHILIPPE VANDE WEYER

Robert Emmian, du tremblement de terre au frémissement de sable

Lorsque l'on compulse les listes mondiales, il faut désormais descendre jusqu'aux catacombes pour retrouver son nom. Lui, l'ex-champion et toujours -recordman d'Europe de la longueur - Mes 8,86 m ont fêté leur dixième anniversaire cette année ! - ne saute plus que par plaisir, celui qu'il donne et celui qu'il prend quand il peut se poster au départ de la piste d'élan, piquer un sprint un peu moins délié que par le passé et s'envoler là-bas, au milieu du bac à sable lui qui, naguère, flirtait avec ses extrémités. Je saute comme je suis, dit-il, son regard bleu illuminé d'un profond sourire, léger et aérien. Et tant pis si je vais moins loin...

Dans une indifférence quasi générale, Robert Emmian a remporté le concours du meeting international de Nivelles. Pour un petit centimètre - 7,55 m pour 7,54 m -, il a devancé Djeke Mambo et cela a visiblement suffi à son bonheur du moment. J'ai appris à me contenter de peu, poursuit-il. Je saute pour moi, pour mes amis et pour mon pays, l'Arménie. Et du moment que je m'amuse...

Ces moments de plaisir, il sait les savourer plus que quiconque. D'une part parce que, comme il l'affirme, il a atteint tout ce qu'il rêvait d'atteindre en tenant compte que j'ai eu, durant toute ma carrière, face à moi, un athlète de la trempe de Carl Lewis derrière lequel j'ai tout de même fini deuxième aux championnats du monde de Rome, en 1987. Et parce qu'il a appris à relativiser les choses depuis le 7 décembre 1988, le jour où son monde s'est littéralement écroulé. Le jour du tremblement de terre qui a ravagé le nord-ouest de l'Arménie et détruit Leninakan, sa ville natale. Le jour où son père s'en est allé, écrasé sous les décombres d'un immeuble de neuf étages.

Robert n'a rien oublié de cette journée tragique, lui qu'un miracle avait expédié, trois jours plus tôt, à Moscou pourfaire soigner une jambe endolorie. C'est mon père, comme s'il avait senti quelque chose, qui m'avait poussé à partir pour aller consulter les médecins de la Fédération. J'ai suivi son conseil. Son dernier.

A 11 h 40, le jour «J», c'est dans la capitale de ce qui est encore l'URSS, qu'il apprend, hébété, que son «chez lui» n'existe plus. Que la terre a tremblé et que les morts sont innombrables. Il essaie d'entrer en contact avec les siens sans y parvenir. Il rallie Erevan deux jours plus tard avant de filer rejoindre sa mère, qui a échappé comme par miracle à la catastrophe. Elle était sortie de l'immeuble depuis 10 secondes quand celui-ci s'est écroulé. Si l'ascenseur n'avait pas été justement à son étage lorsqu'elle a quitté l'appartement et qu'elle avait dû l'attendre, comme d'habitude, pendant une minute, elle y serait passée, elle-aussi...

Ce n'est qu'au bout de neuf jours de recherches intensives, neuf jours passés sans dormir ni pratiquement manger dans un froid piquant, qu'Emmian retrouve le corps de son père avant de lui offrir les funérailles qu'il mérite. Neuf jours d'horreur qui bouleverseront sa vieà tout jamais.

J'ai senti, dès cet instant, que j'avais une responsabilité vis-à-vis des miens, de ma mère, de mon frère et de ma soeur. J'étais celui qui avait «réussi» et je devais les aider. Mais le contrecoup a été terrible. Pendant six mois, j'ai eu une sorte d'allergie nerveuse qui m'a terriblement affecté. J'ai encore gagné les «Goodwill Games», en 1989, mais cela a pratiquement été mon dernier titre. De manière assez ironique, j'ai été pris en mains par un manager, en 1991, pratiquement au moment où j'ai cessé de gagner de l'argent grâce à l'athlétisme !

Robert Emmian vit aujourd'hui à Paris, avec sa femme et ses deux enfants. Il a été adopté au club d'Issy-les-Moulineaux où, entre deux entraînements, il distille son savoir aux jeunes désireux d'apprendre. Il n'a plus son «pied» d'antan, son changement d'entraîneur lui a sans doute été fatal, mais il conserve la foi.

A 32 ans, je me dis souvent qu'il serait temps d'arrêter. Mais quand les grands championnats approchent, je me ravise !

Ph. V.W.

Djeke Mambo

bientôt belge ?

Frustré de n'avoir été sélectionné ni pour l'Universiade ni pour les Jeux de la Francophonie - auxquels le Congo, aux dernières nouvelles ne participera pas... - Djeke Mambo, qui avait, du temps où il était junior, opté pour la nationalité zaïroise, envisage de demander sa naturalisation belge, comme l'a déjà fait son frère Kedjeloba.

«Z» change

d'entraîneur...

Benoît Zwierschlewski, dont certains pensaient qu'il avait abandonné l'athlétisme l'hiver dernier, a fait une rentrée remarquée sur 5.000 m, où il s'est baladé en tête pendant près de trois bornes pour s'imposer en 13.56.09.

Cela faisait près de deux ans que je n'avais plus fait de piste, expliquait un «Z» tout neuf, visiblement requinqué par un changement d'entraîneur. Avec Rudy Van Langendonck, la communication était devenue difficile. Nous avons cessé de collaborer il y a deux mois et je travaille désormais avec le Français Pascal Chirat, qui va m'aider à améliorer ma vitesse.

... et tacle la Ligue

«Z», qui a longtemps hésité à courir pour la Belgique ou pour la France pour exercer son talent avant d'opter pour la -deuxième pour d'évidentes raisons financières, a un avis assez pertinent sur la naturalisation de Mohammed Mourhit.

C'est un cadeau du ciel pour la Fédération belge mais ce n'est pas ça qui va l'inciter à se secouer, que du contraire. Elle ferait mieux de s'intéresser à la base, aux jeunes des quartiers...

Les principaux résultats du meeting international de Nivelles

HOMMES

100 m : (v. : + 1,7 m/s) 1. Zirignon (CIV), 10.17; 2. Shelton (Jam), 10.32; 3. Reets (ESC), 10.39; 4. Douhou (CIV), 10.46; 5. Snoeckx (P-B), 10.48; 6. Baxter (Aus), 10.61. Finale B : (v. : + 1,4 m/s) 1. Pacome (CIV), 10.34.

400 m : 1. Dwyer (Aus), 45.80; 2. Stack (Aus), 46.16; 3. Ekpeyong (Nig), 46.17; 4. Ravenet (Fra), 46.37; 5. Jamieson (Aus), 47.07; 6. Donovan (G-B), 47.20. Finale B : 1. Cowan (N-Z), 47.10.

800 m : 1. Carpentier (Spa), 1.48.31; 2. Bongaertz (P-B), 1.48.40; 3. Caplin (Fra), 1.49.34; 4. Gouriny (Mar), 1.49.60; 5. Kasmi (Mar), 1.49.85. 6. Hurka (Tch), 1.50.26. Finale B : 1. Legrand (Fra), 1.51.77.

1.500 m : 1. Benfares (Fra), 3.42.62; 2. Rahim (Mar), 3.43.05; 3. Bowden (Aus), 3.43.11; 4. Van den Brouck (ESC), 3.43.28; 5. Allem (Fra), 3.44.08; 6. Methot (Hera), 3.44.17.

5.000 m : 1. Zwierschlewski (Fra), 13.56.09; 2. Van Hest (P-B), 14.10.81; 3. Van Hooste (OEH), 14.14.18; 4. Kirkwood (N-Z), 14.15.44; 5. Tahir (FCL), 14.18.51; 6. Mjaouel (Mar), 14.28.79; Walem (AVT), ab.

110 m haies : (v. : - 0,2 m/s) 1. Aladefa (Nig), 13.79; 2. Grossard (AVT), 13.80; 3. Grava (Fra), 13.91; 4. Ootgers (P-B), 14.06.

400 m haies : 1. Coco (Fra), 49.75; 2. Jean-Théodore (Fra), 51.46; 3. Faems (ACW), 51.62; 4. Melchior (CABW), 52.14. Finale B : 1. Dauch (Fra), 51.97.

Perche : 1. Verbist (Fra), 5,20 m; 2. Rombaut (ESC), 5,00; 3. Duval (CABW), 5,00.

Longueur : 1. Emmian (Arm), 7,55 m; 2. D. Mambo (CABW), 7,54; 3. H. Branle (FCL), 7,32; 4. Hagspiel áPAut), 7,31; 5. Votava (Tch), 7,27; 6. Glali (Tun), 7,19.

FEMMES

100 m : (v. : + 0,7 m/s) 1. Rakontondrabe (Mad), 11.44; 2. Gevaert (Hera), 11.52 (record de Belgique junior); 3. De Caluwé (Wibo), 11.79; 4. Smythe (N-Z), 11.86; 5. Williams (G-B), 11.87; 6. L. Mortier (Hale), 12.03. Finale B : (v. : + 0,9 m/s) 1. Suchovska (Tch), 11.64.

400 m : 1. Poetschka (Aus), 54.11; 2. Lundgren (Suè), 54.12; 3. De Meyere (Hale), 55.12; 4. Matthijs (AVT), 56.09; 5. Cordy (Aus), 56.44. Finale B : 1. Amellal (RCB), 56.47.

1.500 m : 1. Dejaeghere (Maci), 4.15.23; 2. Smolders (Duff), 4.15.79; 3. Aboulahcen (Mar), 4.16.97; 4. Durward (Can), 4.17.77; 5. Tavares (Fra), 4.18.79; 6. Banninger (Sui), 4.18.85.

100 m haies : (v. : + 2,3 m/s) 1. Rudova (Tch), 13.09; 2. Sau Ying Chan (Chn), 13.33; 3. Correa (Fra), 13.34; 4. Tschomba (CABW), 13.55; 5. Grouwels (AVT), 13.86.

Longueur : 1. Zapadlova (Tch), 5,78 m; 2. Smythe (N-Z), 5,76; 3. Gilson (Ser), 5,69.

Marteau : 1. Sosimenko (Aus), 66,60 m; 2. McNaughton (Aus), 57,28; 3. Prochazkova (Tch), 52,38; 4. Petit (Arch), 51,52.