Plusieurs escrocs adeptes de magie noire interpellés à Bruxelles La chasse aux marabouts est ouverte

Plusieurs escrocs adeptes de magie noire interpellés à Bruxelles La chasse aux marabouts est ouverte Quatre mandats d'arrêt délivrés, six expulsions: riche bilan pour la traque aux magiciens arnaqueurs.

Ils proposent de vous désenvoûter, de faire revenir l'être aimé ou encore de vous faire gagner beaucoup d'argent. Ce sont les marabouts, les chantres de la magie noire. Armés d'amulettes, de potions diverses ou encore... de gueule de crocodile, ce ne sont en fait que des escrocs qui ne vendent que du vent.

Alertée par les plaintes des victimes, la police de Bruxelles a mis sur pied mercredi l'opération «Gri-gri». Dès 6heures, près de quarante enquêteurs ont perquisitionné dans plusieurs communes de la capitale. Les limiers étaient notamment à la recherche d'indices à charge de Sidia D., alias le professeur Sid, un homme placé sous mandat d'arrêt au mois d'août dernier. Les intermédiaires et les complices du marabout étaient également dans le collimateur de la justice.

Plusieurs suspects avaient déjà été identifiés grâce au concours d'un officier de police schaerbeekois et de sa photothèque spécialisée. C'est à Berchem-Sainte-Agathe que les policiers vont faire leur première découverte d'importance. Dans une habitation de la chaussée de Gand, les inspecteurs tombent nez à nez avec Germaine, 42ans, et sa fille Sandy, 19ans. Interrogée, la mère reconnaît pratiquer le tarot et la voyance sur photo. Moyennant finances bien entendu. Elle explique avoir été sous l'emprise d'un certain professeur Caramba. Celui-ci l'aurait ainsi obligée à contracter un mariage blanc en sa faveur. L'appartement est en fait un véritable hôtel mystique. On peut y apercevoir des fioles remplies d'épices et d'insectes ainsi qu'une cinquantaine d'ouvrages consacrés à la magie noire, à la sorcellerie ou à l'exorcisme...

Plusieurs visites domiciliaires sont encore orchestrées à Anderlecht. Certaines sont très intéressantes: rue des Vétérinaires, on interpelle le professeur Seti. Ce dernier reconnaît avoir exigé 18.000 FB d'une cliente française. Le prix de deux consultations destinées à la guérir d'une maladie. Il dit aussi avoir reçu de l'argent d'un restaurateur anderlechtois. Après un premier versement de 5.500F, le marabout aurait menacé sa victime d'abattre le malheur sur son commerce si on ne lui remettait pas 12.000F supplémentaires. Du liquide noir, des plumes ainsi que des centaines d'affichettes publicitaires sont retrouvés sur les lieux.

Un peu plus loin, rue Brogniez, plusieurs personnes en séjour illégal reçoivent l'ordre de quitter le territoire. Cinq marabouts sont, eux, interceptés. L'un d'entre eux, un Sénégalais, dit bien connaître son homologue, le professeur Sid. Il raconte que son collègue ne serait autre que le neveu du Grand Marabout, un chef religieux africain. Dans l'immeuble, on découvre des dizaines de photos représentant des clients potentiels, des amulettes et une gueule de crocodile.

Bilan de l'opération «Gri-gri»: dix personnes ont été interpellées, six d'entre elles ont été confiées à l'Office des étrangers en vue d'expulsion. Les quatre dernières ont été placées sous mandat d'arrêt.

Ce vaste coup de filet devrait aider les autorités dans la lutte contre ce genre d'escroquerie. En effet, il est toujours extrêmement difficile de repérer les marabouts qui travaillent en toute discrétion. Il est également rare d'identifier leurs victimes. Quand elles s'aperçoivent de la supercherie, la plupart d'entre elles hésitent à porter plainte.

PATRICE LEPRINCE