PRINCE EN POESIE,LE WAVRIEN MAURICE CAREME AURAIT EU NONANTE ANS AUJOURD'HUI UNE FONDATION TRES ACTIVE

Prince en poésie, le Wavrien Maurice

Carême aurait eu nonante ans aujourd'hui

Il y a nonante ans exactement, le 12 mai 1899, naissait à Wavre, Maurice Carême, poète de la joie. Pour évoquer aujourd'hui quelques traits du caractère de cet homme, dont l'oeuvre, faut-il le rappeler, a été traduite dans plus de quinze langues, nous aurions pu interroger Caprine, sa «bien-aimée», ou la Fondation Maurice Carême que préside Jeanine Burny. Mais nous avons préféré cueillir les souvenirs en dehors des sentiers battus et c'est pourquoi nous avons repris, en compagnie de sa cousine Marcelle Roquet-Carême et de quelques autres, le chemin de l'école buissonnière, chemin peuplé de jacinthes et de coccinelles, qui a sans doute donné au poète le goût de... la poésie.

Maurice Carême, chapardeur d'oeufs, maraudeur de vergers, chef de bande d'Indiens? Ce n'est pas exactement en ces termes que le qualifie sa cousine Marcelle, qui habite Basse-Wavre et qui a vécu à ses côtés une enfance merveilleuse.

J'habitais rue Saint-Job et lui rue Philippe Marschouw, se souvient-elle, et nous affectionnions de nous promener sur les collines à Chèremont. Il était de huit ans mon aîné et sa mère lui avait donné pour mission de me protéger des autres garnements. Il était d'une extrême gentillesse avec moi et nous nous voyions très souvent. Mais ce qui le caractérisait surtout c'était sa très grande générosité. Il ne calculait jamais rien, il faisait tout avec le coeur. C'est sans doute pour cela que sa littérature a été si féconde.

Il est pourtant vrai que Maurice était un polisson, poursuit-elle. Comme il ne faisait que des bêtises à l'école normale de Tirlemont, son père décida de l'envoyer travailler dans une ferme, après avoir demandé au fermier de ne pas épargner son fils. Après quelques jours de labeur, Maurice supplia son père de le renvoyer à l'école.

Et c'est ainsi que le polisson au grand coeur apprit à faire rimer nature avec culture. Car s'il aimait la première, il possédait la seconde... qu'il aimait bien partager.

Quand j'avais quinze-vingt ans, il me donnait des billets de faveur pour l'opéra ou le théâtre. Maurice commençait à fréquenter d'autres écrivains et artistes, et il aimait discuter avec eux après le spectacle. Moi, je me taisais et j'écoutais. Plus tard, quand mon mari est mort en Afrique, c'est encore lui qui m'a encouragée à écrire. Il trouvait que j'étais douée. Mes toutes les notes que j'avais prises ont été détruites et cela m'a coupé les bras.

Les premiers libraires

Maurice nous a beaucoup encouragés, mon mari et moi, quand nous avons ouvert une librairie rue du Pont du Christ en 1931, explique pour sa part Elisabeth Boden. Nous avons ainsi été les premiers à vendre ses livres à Wavre. C'est en 1935, après avoir reçu le prix triennal de poésie pour son recueil Mère, que sa carrière a véritablement démarré. Nous avons beaucoup vendu aussi La Lanterne magique. En fait, ce sont les enfants, via les écoles, qui étaient les plus friands de sa poésie.

Le poète avait-il la foi? S'il n'allait pas à l'église, il s'interrogeait constamment à ce sujet. Chaque fois que nous nous revoyions, Maurice m'assaillait de questions, se rappelle sa cousine Marcelle. «Pourquoi crois-tu?» me demandait-il invariablement. Et il rejetait alors mes arguments les uns après les autres. Les questions religieuses l'ont tourmenté toute sa vie.

Un gag? Il nous a été raconté par un autre Maurice Carême, qui a côtoyé le poète étant gosse, mais qui n'est probablement pas de sa famille. Devenu voyageur de commerce, nombreux étaient ses clients qui croyaient avoir affaire à l'écrivain. Il s'est toujours efforcé de les détromper, sauf une fois: quand il dédicaça des recueils de poésie au tenancier du café de la Bourse, à Wavre, Adolphe Van Dael. Le Maurice Carême en question avoua ensuite sa plaisanterie au poète qui en rit également et lui donna l'absolution!

Preuve que notre «prince en poésie» est très connu, et pas seulement en Belgique: alors qu'elle visitait les châteaux de la Loire, Elisabeth Boden rencontra une Bulgare qui avait hébergé le poète, alors président du Pen Club!

Aujourd'hui, sa dépouille repose dans un mausolée situé devant le cimetière de Wavre. Une promenade et un athénée portent son nom. Henri Masson, le propriétaire du cinéma «Palace-Diamant» et proche parent du poète, lui rend hommage chaque année en projetant le court métrage de Geneviève Grand'Ry Maurice Carême, poète de la paix, réalisé en 1966.

CHRISTIAN JOMON

et GUY OTTEN.

Une fondation très active

Créée le 4 décembre 1975, la «Fondation Maurice Carême» est aujourd'hui reconnue comme établissement d'utilité publique. Elle a pour but d'assurer et de promouvoir la diffusion de l'oeuvre de Maurice Carême ainsi que l'étude de celle-ci et de la personnalité de son auteur et ce tant en Belgique qu'à l'étranger.

Elle organise, avec l'accord et l'appui du ministère de l'Education nationale et de la Communauté française, ainsi que de la Commission francophone de la culture de l'Agglomération de Bruxelles, des animations poétiques et des conférences avec projections de films dans les établissements scolaires, ainsi que dans les cercles culturels en Belgique et à l'étranger.

A ce jour, plus de mille conférences ont été données depuis la mort du poète, en janvier 1978. La Fondation a permis la réalisation de thèses et de mémoires universitaires; a établi un fichier thématique des poèmes; a constitué une bibliothèque musicale dans laquelle se trouvent quelque 1.750 partitions sur les 2.180 enregistrées par les poèmes de Maurice Carême. D'autre part, elle assume un service permanent de renseignements et met à la disposition des chercheurs la bibliothèque et les archives.

La maison du poète est devenue un musée qui conserve le cadre de vie de Maurice Carême, avec les meubles d'époque, les peintures et les sculptures d'artistes belges dont notamment dix-sept portraits du poète.

Signalons enfin que le mercredi 7 juin, à 11 heures, à la maison d'Erasme, à Anderlecht, un prix Maurice Carême, d'une valeur de 50.000 F, sera remis à un poète belge dont le nom ne sera révélé que ce jour-là.

Fondation Maurice Carême, BP 7, Anderlecht 1, 1070 Bruxelles. Tél. 02-521.67.75.

Rue des Fontaines

Je suis né un grand jour de peine,

Mais né dans la rue des Fontaines.

Mes parents n'avaient pas d'argent,

Mais au pré, le linge était blanc.

Et la Dyle passait tout près

Avec des fleurs à son corset.

Lorsque ma mère l'entendait,

Ma mère aussi chantait, chantait.

Peintre, mon père montait au ciel;

L'échelle était son hirondelle.

Et là, au milieu des oiseaux,

Il apprenait des airs si beaux

Qu'il faisait, sans main ni cordeau,

Balancer tout seul mon berceau.

Que voulez-vous, c'est en chantant

Que chez nous l'on devenait grand.

J'ai souvent chanté comme on prie

Et chanté parfois en pleurant

Vive la sauge et l'origan! -

J'ai donc chanté - roulent les billes,

Comme l'anémone sylvie

Tremblote en avril dans le vent

Et chanté aussi pour chanter

Simplement, comme va la vie,

Chanté, comme le roseau plie,

Comme luit la lune d'été.

MAURICE CAR EME.

Poème extrait du recueil Brabant, paru en 1967.