QUAND BERCY JOUE LES BOUFFES PARISIENNES LE PREMIER SALON PERMANENT DE L'ALIMENTATION OUVRIRA SES PORTES FIN SEPTEMBRE.A TABLE!

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QUAND BERCY JOUE

LES BOUFFES PARISIENNES

Le premier Salon permanent de l'alimentation ouvrira ses portes fin septembre. À table!

A Paris, le premier Salon permanent de l'alimentaion va voir le jour. Et via le Trade Mart, des Belges en croquent déjà un morceau.

1.200 entreprises, 5.000 marques, 20.000 produits dans tous les domaines de l'alimentaire, de la table et de la cuisine, 300.000 m2 construits, plus de 4.000 places de parking, une superficie totale de 12 hectares, 700 chambres d'hôtel, une centaine d'animations programmées pour 1993/1994, 18 salles de cinéma, 50.000 m2 de bureaux, 200.000 visiteurs professionnels et 2,5 millions de «quidams» attendus chaque année en régime de croisière, des possibilités de banquets de 1.000 couverts...

Stop! On frôle l'indigestion tant la coupe est pleine! Le Quartier international du vin et de l'alimentaire, situé à Bercy, à un jet d'assiette du Palais omnisport de Paris-Bercy, frise en effet la démesure. Entre autres, premier centre d'affaires permanent consacré exclusivement aux secteurs de l'alimentaire et des arts de la table, cette gigantesque bouffe sera «attaquée» dès le 30 septembre prochain.

BERCY, PETIT DERNIER

D'UN CONCEPT QUI FAIT RECETTE

En réalité, explique Jean-Pierre Hennequet, le P-DG d'Euro-Développement, le concepteur du projet, nous appliquons un principe simple: réunir tout au long de l'année et dans un même lieu d'affaires, l'offre la plus large et la plus diversifiée possible. En d'autres termes, il s'agit de susciter la visite régulière des acheteurs professionnels et des acteurs de tous les circuits de distributions d'un secteur particulier d'activité. À vrai dire, dès l'Antiquité, ce concept faisait déjà ses preuves puisque les corps professionnels se regroupaient en quartiers spécialisés. Aujourd'hui, plus de 40 marchés permanents ou Trade Marts ont été créés à travers le monde, le projet de Bercy étant simplement le dernier en date.

Et visiblement, il a été mené rondement. Les premiers contacts avec la Ville de Paris, propriétaire du site, remontent ainsi à peine à 1986. Deux ans plus tard, le plan d'aménagement de la zone était adopté. Quant aux travaux proprement dits, ils ont débuté en 1991.

Entre-temps, un consortium financier intitulé «Zeus» (Zone d'évolution urbaine de la Seine) a été mis sur pied. C'est lui qui a été chargé de réaliser et de financer ce Quartier international du vin et de l'alimentaire. C'est lui aussi, dans huit ans selon les plans financiers actuels - dix ans si la crise perdure -, qui devrait récolter les premiers fruits d'un investissement global tournant autour du milliard de dollars (environ 36 milliards de francs).

Une somme dont le sixième (6 milliards de francs) est directement constitué par les fonds propres investis par les actionnaires. Et à chacun selon ses moyens! Ainsi, l'actionnariat du consortium se répartit entre la Compagnie de Suez (33 %), le groupe Crédit national (17,5 %), le groupe Banque nationale de Paris (17,5 %), le groupe Crédit foncier (17,5 %), Duminvest (groupe lyonnaise des Eaux-Dumez - 8 %), Euro-Développement (3,5 %) et enfin, un groupe certainement méconnu mais pourtant ô combien présent en Belgique, Trammel Crowl International (2 %).

Ce dernier est en effet ni plus ni moins que le premier spécialiste mondial des centres d'affaires permanents. Il exploite ainsi près de 1,5 million de mètres carrés de Trade Mart aux USA, en Europe et... à Bruxelles. Même plus, outre son berceau historique et son siège de Dallas, Bruxelles constitue le seul Trade Mart entièrement entre les mains du groupe, lequel se «contente» ailleurs d'apporter surtout son «know-how», son savoir faire.

On le constatera à la structure du capital, c'est encore le cas à Paris. D'ailleurs nous facturons nos multiples conseils, narre Konstantin Dubinsky. D'origine yougoslave, titulaire d'un passeport canadien, résidant une bonne partie de l'année en Italie mais travaillant en Belgique, cet homme à l'inimitable accent assurera en fait la seule présence belge véritable à Bercy.

Représentant pour l'Europe de Trammel Crow, il assume en effet la présidence du conseil d'administration du Brussels International Trade Mart dont il est par ailleurs l'initiateur. Et les Belges se trouvent d'autant plus isolés à Bercy, se lamente-t-il, que parmi les quelque cinq cents premiers exposants venus d'une vingtaine de pays, dont 60 % de Français, on n'en compte pas un seul. Enfin, ils ont encore le temps de venir...

Le Quartier international du vin et de l'alimentaire ne devrait en effet pas être achevé avant fin 1996. Seule la première phase, Bercy Expo, à savoir le centre d'affaires permanent et résevé uniquement aux professionnels du secteur, sera ouverte fin septembre prochain. Il s'agit en fait d'un important bâtiment de sept étages et de 56.000 m2 découpé en shows-rooms. Son coût s'élève autour de 1,6 milliard de FF (9,6 milliards de FB). La deuxième phase, quant à elle, se monte à 1,4 milliard de FF (8,4 milliards de FB) et comporte onze programmes (hôtels, centre de conférence, bureaux, complexes de manifestations temporaires...) dont l'ouverture est échelonnée entre fin 1994 et début 1995. Enfin, la troisième et dernière phase sera elle achevée en 1996.

UN MÉGA-PROJET QUI MISE AUSSI

SUR LE DIVERTISSEMENT

Représentant la moitié des investissements, cette troisième phase concerne plus particulièrement le grand public puisque un village commercial, installé dans des celliers traditionnels rénovés, sera érigé autour du thème de l'art de vivre à la française. En outre, un méga-complexe cinématographique (18 salles pour 5.000 places) sortira prochainement de terre.

En d'autre mots, se crée à Paris une structure quelque peu similaire (cinémas, boutiques et restaurants, spectacles, salles d'expositions permanentes...) à celle existant sur le plateau du Heysel, à Bruxelles. À cette différence près, et elle est de taille, que les proportions sont toutes autres. À Paris, la grande bouffe s'annonce vraiment plus abondante, plantureuse et pantagruélique que dans le film du même nom. Reste évidemment à souhaiter aux concepteurs du projet, surtout en ces temps où beaucoup d'entreprises rechignent à s'engager (de 2.000 à 3.500 FF le mètre carré par an selon l'emplacement du stand dans le centre d'affaires et la vue ou non sur la tour Eiffel!), de ne pas connaître la même fin que les acteurs du film...

SERGE KALISZ