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QUELLE PREVENTION POUR LES PEDOPHILES?

Journaliste au service Economie Temps de lecture: 4 min

Quelle prévention pour les pédophiles ?

Depuis le mois d'août 1996, le mot «pédophilie» est accroché de façon manifeste au blason de la Belgique. «Le Soir» a déjà abondamment abordé la prise de conscience collective (d'abord), politique (ensuite) que l'affaire Dutroux a déclenchée à travers le pays. Mais peut-être y a-t-il eu, aussi, des prises de conscience individuelles, des personnes qui se sont rendu compte, à travers l'horreur des révélations, qu'elles aussi avaient des tendances, des pulsions, voire étaient déjà passées à l'acte. Que faire dans ce cas, vers qui se tourner ?

Apparemment, dans notre pays comme dans beaucoup d'autres, il n'existe aucune structure d'écoute spécialisée ou adaptée à répondre aux problèmes de pédophilie. Le pédophile qui veut se confier à quelqu'un ne peut, logiquement, que se tourner que vers un psy ou un sexologue (donc se reconnaître malade mentalement comme première démarche !), ou encore à un policier (donc se reconnaître délinquant). Autant de solutions qui ne sont pas évidentes à assumer.

- Aux USA, une structure comme SOS Viol reçoit parfois des appels de pédophiles, explique la sexologue Françoise Louis-Morin, mais il n'y a pas de structure particulière. Même s'ils n'entrent pas dans l'objet de l'association, ils sont écoutés. Comment tourner le dos à quelqu'un qui demande de l'aide ? Une aide parfois mal appropriée, certains psychiatres, sollicités par des pédophiles, se seraient même déclarés incompétents à les soigner... Souvent, les personnes vers qui les pédophiles se tournent se disent que cet appel n'est pas le plus urgent, parce que beaucoup se disent que c'est un fantasme qui ne donnera pas spécialement lieu à transgression, poursuit la sexologue liégeoise. En plus, depuis les «affaires», certaines personnes qui ressentent des pulsions se demandent : «Suis-je aussi un Dutroux ?». Il faut aussi pouvoir leur apporter une réponse.

Pour cela, il faut une structure avec des personnes capables d'écouter sans porter de jugement, une structure où l'on aurait clairement établi le «suivi» ou l'absence de suivi apporté aux «confidences». Une sorte de SOS Pédophiles, en quelque sorte, qui n'existe à aucun niveau du pays (il existe de rares structures de prévention à l'égard des victimes, comme le Cipréa à Liège, mais pas à l'égard des abuseurs potentiels). Je ne crois pas que ce soit le moment, commente F. Louis-Morin, il n'y a pas de sensibilité publique à cet égard, et je crois qu'il y aurait beaucoup de réactions négatives si on dépensait de l'argent public pour ça. D'autant que le seul exemple de référence ayant existé en Belgique a très mal tourné.

UN MAUVAIS EXEMPLE

Faut-il rappeler, en effet, qu'en 1987 le Cries (Centre de recherche et d'information sur l'enfance et la sexualité) était montré du doigt et plusieurs de ses membres étaient arrêtés. Au départ, ce centre devait permettre aux pédophiles de partager leurs problèmes et éventuellement de les résoudre ensemble en suivant le cheminement habituel des thérapies de groupe. L'expérience a mal tourné : en guise d'échange, les membres ont aussi commencé à se refiler les bonnes adresses, des photos pornographiques...

PRÉVENTION

POUR ADOLESCENTS

Dans une récent colloque sur les abuseurs sexuels, Françoise Louis-Morin a aussi insisté pour qu'on mette sur pied un système de prévention à l'égard des adolescents, dans une conférence répondant au titre suivant : «De l'enfant victime à l'adolescent abuseur, un parcours obligé ?». Statistiquement, en effet, le pourcentage d'anciennes victimes devenant abuseurs à leur tour est fort élevé (plus de 50 %). Je propose donc un programme d'éducation sexuelle qui permette aux adolescents d'aborder leurs problèmes. A un âge très important au point de vue sexualité : celui des premières expériences, celui où on observe ses tendances. C'est une période importante dans la vie pour faire passer un message, résume la sexologue.

Enfin, comme le remarquait récemment le professeur Ch. Mormont dans le bimensuel de l'ULg : Comme 80 % des abus sexuels sont intrafamiliaux, il est absurde d'imaginer qu'une société puisse se protéger par des mesures de préservation et de répression.

Bref, s'il semble logique de s'occuper des victimes et de leurs proches, la logique même de la prévention voudrait qu'on agisse aussi à l'égard des pédophiles avérés ou potentiels. Mais qui osera mettre ce débat sur la table ?

É. R.

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