UN ANE MALTRAITE EN ESTREMADURE MOBILISE LES ASSOCIATIONS DE PROTECTION ANIMALE

Un âne maltraité en Estrémadure mobilise les associations de protection animale

Folklore et cruauté envers les animaux

Le sort de l'âne de Villanueva: une sensiblerie par trop médiatisée ou un bon prétexte pour demander de concilier folklore et respect des bêtes?

VILLANUEVA DE LA VERA

De notre envoyée spéciale

Depuis plusieurs jours, le petit village de Villanueva de la Vera, dans la province de Caceres, en Estrémadure (Espagne), vit au rythme des tambourins. Les habitants commémorent, aujourd'hui, la capture du brigand légendaire Pero Palo, qui hanta la région au Moyen Age et commit à leur égard de multiples exactions.

Traditionnellement, on promène, le mardi gras, à travers les rues du village, l'effigie du malfaiteur - en l'occurrence, un homme déguisé, juché sur un âne. Le jeu, au sens folklorique du terme, consiste pour les habitants à reproduire le plus fidèlement possible une scène de lynchage. Bien sûr, on ne blesse ni ne tue «Pero Palo». Mais il n'en va pas de même pour sa monture.

Le sort réservé à l'âne a ému, depuis plusieurs années déjà, les défenseurs des animaux. Selon ces derniers, l'animal est tiré par une bande de braillards, on lui lance des pétards dans les pattes et des coups de feu aux oreilles, on le frappe tout au long de la traversée du village, jusqu'à le traîner à genoux sur les lieux de l'exécution.

Jusqu'en 1989, l'âne, en effet, ne survivait pas à sa prestation. Depuis, suite à plusieurs campagnes de presse internationale et à l'intervention musclée des amis des animaux - les premiers furent les Britanniques du Donkey Sanctuary -, l'âne a la vie sauve mais il n'en reste pas moins, aux dires des protecteurs des animaux qui ont assisté aux festivités, profondément stressé. La version du maire de Villanueva est tout à fait différente.

Il ne se passera rien, comme il ne s'est rien passé les autres années, assure-t-il. Nous avons fait l'objet de calomnies. Cette fête, c'est bien autre chose que l'âne. Elle commence dès le samedi. Déjà dans le ventre de leur mère, les villageois apprennent à vivre au rythme du tambour. Dans notre civilisation agricole, l'âne est un compagnon.

Cette année, les amis des animaux se sont déplacés en masse des quatre coins de l'Europe. Veeweyde pour la Belgique, la Fondation Bardot pour la France, la Société royale protectrice contre la cruauté envers les animaux et le Donkey Sanctuary pour la Grande-Bretagne et plusieurs sociétés italiennes sont venues épauler les sociétés espagnoles, l'Associacion de defensia de los derechos de los animales et l'Associacion nacional de defensia de los animales.

Les villageois et les organisateurs de la Fiesta de Pero Palo, qui a par ailleurs été déclarée d'intérêt touristique national, ont toujours ressenti très mal cette incursion étrangère et cette «médiatisation» dans leurs «traditions» et des altercations violentes se sont déjà produites. Cette année, pourtant, le dialogue semble être de mise. Une rencontre entre les protecteurs des animaux, les responsables de l'office du Tourisme de la province de Caceres, et le maire de Villanueva de la Vera s'est déroulée, hier, à la mairie du village. Chacun a pu y développer ses arguments.

- Il ne faut pas que l'on considère que notre présence ici vise seulement à empêcher que l'âne de Villanueva soit maltraité, précise Roland Gillet, sénateur honoraire, bien connu pour sa passion envers les animaux, et qui a tenu à apporter son soutien aux différentes SPA. Ceci doit servir d'exemple. Il existe en Espagne quelque 3.000 fêtes de ce type-là.

On ne compte plus en effet les oies décapitées, les poulets battus à mort, les chèvres vivantes jetées du haut d'un clocher, les vachettes transpercées de lances ou de fléchettes, sans parler de la corrida.

- Nous ne sommes pas opposés aux fêtes mettant en scène des animaux, pour autant qu'on ne les fasse pas souffrir, poursuit-il. Notre intervention aujourd'hui a pour but de sensibiliser le peuple espagnol à la douleur animale, de sensibiliser également les autorités, afin que des mesures soient prises au niveau de la législation. Au moment où l'Espagne se veut membre à part entière de la CEE, nous voulons lui rappeler ses devoirs, notamment envers le respect des directives européennes. Au moment où le monde se prépare à l'exposition universelle de Séville, au moment où la saison touristique en Espagne s'annonce exceptionnelle, suite à la guerre du Golfe, nous demandons que soient extirpés les agissements de ceux qui ternissent son image.

Nous sommes décidés à mettre tout en oeuvre pour boycotter le tourisme, si les visiteurs doivent être offensés par l'horreur des sévices exercés sur des êtres que nous défendons chez nous. À ceux qui s'étonnent de l'ampleur de notre réaction devant les brutalités exercées sur des animaux, alors que des hommes, des femmes et des enfants innocents meurent dans le Golfe, nous disons qu'il s'agit simplement d'une question de respect envers n'importe quel être vivant.

Reste à voir si le message est bien passé parmi les villageois.

La fondation Brigitte Bardot a proposé au maire de Villanueva une escorte pour protéger l'âne des violences de la foule. Ce n'est pas nécessaire, a rétorqué le maire. Puisque tout le village veille à sa sécurité.

MARTINE DUPREZ