Une « Bétonnière » qui brasse la polémique

Responsable des "Livres du Soir" Temps de lecture: 3 min

Wim Delvoye est un artiste flamand. Controversé certes mais célèbre dans le monde entier. Ses véhicules grandeur nature, son Cloaca, la machine à faire caca, ses cochons chinois tatoués font la une des revues d'art internationales. Un de ses énormes Caterpillar orne Central Park à New York, un autre trône sur la côte belge. Et une Bétonnière devait orner l'espace, entre quais au Foin et aux Pierres de Taille, qu'on aménage derrière le Théâtre flamand rénové. Le premier Wim Delvoye à Bruxelles. Une des rares sculptures d'aujourd'hui dans cette ville.

La Bétonnière ne s'installera peut-être pas à Bruxelles. Le Conseil d'Etat a annulé, le 27 avril, le permis d'urbanisme délivré par la ville de Bruxelles pour ériger ce monument d'une impressionnante grandeur mais d'une belle finesse de réalisation, puisque tout est dentelles d'acier, à la gothique.

Un comité de quartier s'est créé pour faire obstruction à cette construction. Il est mené par un des riverains qui ne veut pas de ce Wim Delvoye. Les habitants ont attaqué le permis sur des points de détail : l'absence de motivations précises quant à l'emplacement du monument et à sa sécurité, surtout pour les enfants.

Une bataille ou la guerre ?

« On avait répondu à ces questions dans les discussions avec les habitants, dit Henri Simons, l'échevin de la Culture, mais, c'est vrai, nous n'avons pas repris ça dans notre permis. Dont je rappelle qu'il a été visé par la Région bruxelloise. »

Comme la Bétonnière présente des ouvertures, les riverains ont eu peur que des enfants puissent s'y engouffrer et qu'elle devienne la poubelle du quartier. OK, on a réduit la largeur des trous et entouré la sculpture d'une enceinte protectrice. Mais ça n'a servi à rien : apparemment, on voulait la peau de ce Delvoye. Pas tous. Jean-Marie Stroobants, qui tient l'Office d'art contemporain, tout près, rue de Laeken, espère bien que Bruxelles va se battre en faveur de cette « belle oeuvre d'art ».

« C'est Bruxelles, se désole Wim Delvoye. C'est quand même impossible de faire quelque chose dans cette ville. Un monsieur a payé des avocats et ils ont trouvé une faille. Parce que ce monsieur estime que mon camion n'est pas chic et veut une statue d'un autre sculpteur. Trois ans de travail perdus ! »

L'artiste ne comprend pas. « Le Caterpillar de la mer est une mascotte pour les habitants qui se plaignent quand il est taggé. A New York, on a passé toutes les procédures. Mais ici... »

Scandalisé, Wim Delvoye ? Déçu oui, pas scandalisé. « Le monsieur, là, il a gagné une bataille, pas la guerre. »

Mmmwais ! Pas sûr que la guerre ne soit pas perdue. Bien sûr, il suffit de soumettre un nouveau permis d'urbanisme, bien motivé. Mais ça prendra des mois. Et puis surtout Henri Simons a-t-il la volonté de monter au front en cette année électorale ? Pas tout seul, sans aucun doute. Il attend de l'appui pour ne pas laisser béton. Bruxelles, encore un effort si vous voulez être vraiment contemporains.

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